Sylvie Brunel et les réfugiés climatiques : comprendre une controverse géographique et politique

Sylvie Brunel est une géographe, économiste et écrivaine française, née le 13 juillet 1960 à Douai. Spécialiste des questions de développement, elle a travaillé pendant plus de quinze années dans l’humanitaire (Médecins sans frontières, Action contre la faim) et a publié une trentaine d’ouvrages consacrés au développement, en particulier aux questions de famine.

Professeure de géographie à la Sorbonne, Sylvie Brunel a travaillé pendant dix-sept ans avec Médecins sans frontières et Action contre la faim. Elle est connue pour ses livres et sa présence en tant qu’invitée sur les plateaux de télé. Sylvie Brunel, géographe, économiste et écrivain, est aussi enseignante à la Sorbonne et ancienne dame de l’humanitaire, de Médecins sans frontières à Action contre la faim dont elle a été présidente.

Les réfugiés climatiques dans les pays tropicaux

Mais au moment où l’Europe semble découvrir à quel point la chaleur et la canicule peuvent être préjudiciables, rappelons que plus de trois milliards de personnes vivent dans le monde tropical, entre le tropique du Cancer et celui du Capricorne, la plupart dans des pays pauvres.

Beaucoup sont en outre dans des zones de conflit. Pour ces habitants du monde tropical, le réchauffement climatique est la triple peine.

D’abord, parce qu’il intervient sur des territoires déjà soumis à des excès importants : sécheresses prolongées suivies d’inondations dévastatrices, ouragans violents, canicules insupportables. Or ces personnes vivent encore souvent dans des baraques aux toits de tôle. Elles n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement. Déchets qui s’accumulent, ordures non ramassées, latrines et égouts inexistants ou bouchés, les maux du sous-développement restent entiers et pénalisent particulièrement les femmes.

Ensuite, parce que les habitants de ces pays pauvres subissent les conséquences d’un changement climatique dont le Giec impute la responsabilité aux activités humaines, donc à l’émergence du « Nord » développé, suivie de celle de l’ex-tiers-monde.

Plus d'un milliard de personnes vivent aujourd'hui dans une pauvreté extrême. Au nom du développement durable1, nous sommes sans cesse exhortés à laisser une planète viable à nos enfants. Il nous faut tout mettre en oeuvre pour que le changement climatique n'entraîne pas demain des « hordes menaçantes » de réfugiés ou pour que la multiplication des épisodes violents aux basses latitudes - sécheresses, inondations, ouragans... - ne se traduise pas par des crises alimentaires brutales ou des guerres de l'eau.

Carte des zones tropicales et vulnérabilité climatique

Pourquoi la pauvreté accentue les déplacements

Les catastrophes climatiques ne produisent pas mécaniquement les mêmes effets partout. La vulnérabilité dépend aussi de la pauvreté, de la qualité des infrastructures, de l’accès à l’eau, de l’assainissement, de la gouvernance et de la capacité des populations à se protéger.

La montée des eaux menace les deltas, les estuaires et certains États insulaires, tandis que la multiplication des épisodes violents touche particulièrement les populations situées aux basses latitudes. Mais le sous-développement, la mauvaise gouvernance et la corruption rendent infiniment plus vulnérables aux maux de la nature.

Les îles tropicales souffriraient moins de la montée des eaux si elles cessaient de dilapider leur corail en matériaux de construction, de détruire leurs mangroves, de polluer leurs lagons, de tolérer la surpêche.

Qu’il faille une politique de coopération généreuse à l’égard des pays pauvres, personne n’en doute, mais trop souvent, le climat a bon dos pour se défausser de ses propres responsabilités.

La question des réfugiés climatiques se situe donc à l’intersection de plusieurs crises : crise environnementale, crise alimentaire, pauvreté, conflits et faiblesse des institutions. Les migrations ne peuvent pas être expliquées par le seul climat.

Le changement climatique et les responsabilités historiques

Une croissance à marche forcée, fondée sur les carburants fossiles, et notamment le charbon, la déforestation issue d’une agriculture minière, la destruction des mangroves et des forêts denses, des pollutions, les effluents des activités humaines rejetés sans traitement dans la mer et les cours d’eau, la consommation effrénée de sable et de coraux pour construire les marinas, les ports, les mégalopoles et les routes…

Les habitants des pays pauvres subissent ainsi les conséquences d’un phénomène auquel ils ont souvent beaucoup moins contribué que les pays industrialisés. Cette asymétrie nourrit les demandes de coopération, d’adaptation et de réparations pour les pertes et dommages.

Comprenant que, guerre économique oblige, le discours vertueux des pays riches n’allait quand même pas jusqu’à partager avec eux les technologies propres, les payes dits en développement exigent désormais des réparations pour les « pertes et dommages » que l’industrialisation du méchant Nord aurait causé au gentil Sud.

De l’histoire du climat à la notion de « dérèglement »

Aujourd’hui, il n’est pas de sujet plus chaud que le climat, devenu la grande religion planétaire depuis qu’il se serait déréglé, bien évidemment a cause des hommes, qui ont toujours adoré se placer au centre de l’univers.

Ce terme de «dérèglement», sans cesse employé, interpelle : y a-t-il dans l’histoire géologique de la Terre une période où le climat aurait été «réglé»? Existe-t-il un optimum climatique, une sorte de paradis perdu qu’il faudrait à tout prix recréer?

Le «petit âge glaciaire» qui frappe l’hémisphère Nord du XIVe au XIXe siècle provoque des hivers terribles où la Tamise, la Seine ou le port de New York gèlent. Il suscite bon nombre de guerres, de drames et d’exodes, mais on ne parle pas encore de «réfugiés climatiques».

Et s’achève dans la deuxième moitié du XIXe siècle, au moment où la révolution industrielle entraîne le décollage économique de l’Europe. Que les deux événements soient liés paraît hautement hypothétique car les quantités de gaz à effet de serre envoyées dans l’atmosphère restent encore très limitées et très localisées.

Mais cette crise climatique, responsable de ce que l’historien Jean Delumeau qualifie de «malheur des temps», laisse dans la mémoire des hommes une empreinte si négative que, dans les années 1970, la grande peur planétaire concerne un apparent refroidissement de la planète, alors en pleine explosion démographique.

Comment nourrir une population qui s’accroît à grande vitesse (l’apogée est atteint en 1963 avec +2.2% par a, contre -1,2% par an aujourd’hui) si les récoltes ne sont pas au rendez-vous?

Le rôle du GIEC dans le débat climatique

En 1988 les Nations unies créent un obscur organisme dont l’acronyme, depuis, a fait recette : le Giec ou Groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat.

Sa mission : démontrer la responsabilité de l’homme dans le changement climatique. Il va s’en acquitter avec brio, au point de recevoir en 2007 le prix Nobel de la Paix, conjointement avec Al Gore qui vient de ficeler son film Une Vérité qui dérange, montage apocalyptique sur ce qu’on appelle désormais le dérèglement climatique.

En 2014, la publication du cinquième rapport du GIEC enfonce le clou une fois de plus: le changement climatique est une réalité tangible et son origine anthropique ne fait plus de doute.

Multiplication des épisodes violents, fonte accélérée du pôle Nord (la recharge du pôle Sud faisant curieusement moins de gros titres), sixième grande extinction de la biodiversité, montée trop rapide des mers menaçant les deltas, les estuaires et certains États insulaires, la planète est définitivement malade.

Toutes les catastrophes naturelles, de Katrina à la Nouvelle-Orléans en 2005, au Vanuatu en 2015, tous les exodes et toutes les migrations sont désormais analysés comme des manifestations du fameux dérèglement climatique.

Car l’anthropocène a commencé. L’homme façonne la planète.

La première accusation est tout simplement grossière, voire insultante, puisque je suis objecteur de conscience. La deuxième accusation est à tout point de vue problématique. Je ne vois pas en quoi ce serait remettre en cause le GIEC que d’affirmer que celui-ci est une organisation étatique (cela figure même dans son intitulé, le «I» de GIEC renvoyant à «intergouvernemental»).

Le GIEC a été créé en 1988 à l’occasion du G7 de Toronto sous l’impulsion, notamment, de Margaret Thatcher.

Atténuation et adaptation : deux réponses distinctes

Comment agir face au changement climatique ? Schématiquement, par deux types d’actions.

Les premières, dites mesures d’atténuation (mitigation en anglais), consistent à tenter de limiter le volume de gaz à effet de serre, au premier rang desquels l’oxyde de carbone, envoyé par l’activité humaine dans l’atmosphère, avec l’espoir de ralentir le réchauffement de la planète.

Enclencher la transition énergétique, décarboner l’économie, le défi est de taille. Le capitalisme sachant parfaitement recycler les grandes peurs humaines, cela se traduit en pratique par une guerre des technologies dites propres, qui oppose anciens pays industrialisés et nouveaux pays émergents.

En misant sur un découplage croissant entre activité humaine et consommation d’énergie fossile, l’atténuation ouvre ainsi un formidable champ au progrès technique.

Le second type d’action s’appelle l’adaptation. Pendant longtemps, elle a eu mauvaise presse car elle supposait implicitement que l’atténuation avait échoué.

Mais comme m^me une diminution radicale des émissions de CO2 ne l’empêcherait pas de rester plus d’un siècle dans l’atmosphère, il vaut mieux dès à présent préparer les territoires aux conséquences du changement climatique.

L’adaptation ne se satisfait pas de solutions toutes faites et demande une grande connaissance des territoires à l’échelle locale.

Pour les populations exposées aux sécheresses, aux inondations, aux ouragans et à la montée des eaux, l’adaptation peut concerner les logements, les réseaux d’eau, l’assainissement, les systèmes d’alerte, l’agriculture et l’organisation des secours.

Type d’actionObjectif
AtténuationTenter de limiter le volume de gaz à effet de serre
AdaptationPréparer les territoires aux conséquences du changement climatique

Le monde tropical comme laboratoire du développement durable

Face au changement climatique, qui fait de l’excès la norme, le monde tropical est un laboratoire du développement durable

Face au changement climatique, qui fait de l’excès la norme et nous confronte à nos limites, le monde tropical est un laboratoire du développement durable.

La recherche de l’efficience énergétique et écologique, dans l’irrigation et dans les itinéraires techniques mis en œuvre en agriculture par exemple est aussi déjà une réalité.

La même évolution s’observe dans les nouvelles technologies, où la préoccupation de produire propre avec moins, de repenser le cycle de vie des produits, leur recyclage ou leur réutilisation, se généralise partout, y compris dans les pays émergents.

L’exemple de la Chine ou de la Corée du Sude le montre: à partir d’un certain niveau de vie, la protection de l’environnement devie une préoccupation, car les classes moyennes sont soucieuses de leur cadre de vie et ne veulent plus subir les ravages d’un environnement dégradé.

Bien sûr, les pays avancés mettent tout en œuvre aujourd’hui pour réparer ces maux. La Chine, notamment, malgré sa consommation toujours élevée de charbon, mise sur l’électrique, les panneaux solaires, la décarbonation, le découplage entre la richesse produite et la consommation de matières premières comme les rejets de CO2, au point d’être devenue la cheffe de file mondiale des technologies propres.

Les limites des solutions fondées sur le renoncement

Face au réchauffement de la planète, les solutions existent.

Elles ne consistent pas, comme le proclament certains prophètes des plateaux télé, à revenir à un passé idéalisé, à croire que les gens vont se remettre à fabriquer leurs vêtements et leurs meubles (tous les métiers manuels peinent à recruter, hormis l’artisanat de luxe) ou que nous allons bannir l’élevage pour cultiver des légumineuses, alors que seuls les troupeaux valorisent les sols pauvres et pentus, et qu’il faudrait étendre considérablement les terres cultivables si nous voulions nourrir l’humanité sans protéines animales.

Le boom du poulet frit, élevé loin de France en batterie, montre à quel point ceux qui nous jouent « Martine à la ferme » dès que la température s’élève sont hors sol.

«La meilleure énergie est celle qu’on ne consomme pas», «le transport le plus respectueux pour la planète est celui qu’on ne fait pas».

De telles formules font florès. On pourrait ajouter que l’être humain le plus vertueux est le pauvre qui ne mange pas, ne se déplace pas, ne se soigne pas.

Pour atténuer la violence de leur vision du monde, les nouveaux prophètes (qui ne s’appliquent pas toujours leurs propres règles) prônent à l’envi le lien social, censé pallier la quête vaine et sans fin du «toujours plus», l’accumulation boulimique de biens matériels.

On ne passe plus le permis, on n’a plus de voiture mais en compte sur le covoiturage et le si efficace TGV (à l’électricité nucléaire), l’appartement gracieusement prêté, les légumes du bon paysan de proximité.

Le café, le chocolat et autres denrees tropicales ont eux le droit de traverser la planète, le commerce de l’«équitable», judicieusement mis en oeuvre par quelques organismes péremptoires, permettant d’absoudre leur consommation.

Agriculture, sécurité alimentaire et changement climatique

Le changement climatique, la crise du Covid et la guerre en Ukraine ont remis l’alimentation au coeur des enjeux de société.

Mais les critiques sont incessantes, faisant de l’agriculteur le bouc émissaire de nos peurs. Quelle est cette société qui se permet de mordre ainsi la main qui la nourrit, souvent sans connaître la réalité du travail de la terre ?

Revenir à l’agriculture de nos aïeux pour nourrir de façon saine et sûre 10 milliards d’humains, c’est impossible !

Attentifs à nos attentes, les agriculteurs sont pleinement engagés dans la troisième révolution agricole : produire, mais aussi protéger la nature, grâce aux techniques les plus avancées, aux fondamentaux de l’agronomie, des sols, de la biodiversité.

Travailler avec le vivant, gérer le temps, ils exercent le plus beau métier du monde. Et ils possèdent toutes les clés du développement durable.

Ce sont eux, les premiers écologistes de la planète. Reconnaissons leur travail, respectons-les, accompagnons-les !

Et dans le débat sur les pesticides, sont avis est clair : « On a désarmé sur la question de la protection des plantes car on a oublié la peur de manquer ».

Selon elle, « il y a aujourd’hui une crise morale dans les campagnes françaises. Les gens ne savent plus où ils en sont : rémunérations aléatoires, critiques qui pleuvent, consommateurs qui idéalisent le passé… ».

Et elle se dit « inquiète » quand elle évoque l’avenir du secteur agricole. « Entre le bon score des écologistes aux Européennes et En marche et ses positions antiglyphosate, j’ai peur qu’on impose de plus en plus de contraintes aux agriculteurs au détriment du revenu », confie-telle.

Les controverses autour de Sylvie Brunel

Ardente défenseure du monde agricole, la géographe Sylvie Brunel s’est fait connaître aussi pour ses réserves à l’égard des analyses du GIEC.

En 2019, alors que le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) rendait un nouveau rapport alarmant, elle signait, aux côtés de 500 autres scientifiques, un courrier au secrétaire général des Nations Unies, contestant l’« urgence climatique » et estimant que les mesures prises pour baisser les émissions de CO2 étaient trop coûteuses.

En 2019, elle signait, avec 800 autres personnes, une lettre envoyée au secrétaire général des Nations unies affirmant qu’« il n’y a pas d’urgence climatique » ou que « davantage de CO2 bénéficie à la nature ».

Des arguments en totale opposition avec les derniers rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

Ce type de discours médiatique participe à la fabrication du doute sur les changements climatiques.

Sylvie Brunel est la preuve vivante que tous les climatosceptiques n’ont pas encore tous disparu du paysage audiovisuel.

Ses interventions dans la presse et sur les plateaux oscillent entre climatoscepticisme et climatorassurisme.

Le climatorassuriste aura tendance à reconnaître un réchauffement, mais dira plutôt que ce n’est pas si grave, qu’on exagère, et que l’homme s’est toujours adapté.

C’est exactement ce que Sylvie Brunel a fait lors de très (trop) nombreuses apparitions télévisées.

Dans Le Monde en juillet 2019, où elle déclare que “Le changement climatique n’est pas forcément une mauvaise nouvelle“.

En pleine canicule mi-juin 2022, avec des records historiques qui tombent dans plusieurs endroits en France, elle déclare “pas de panique”, puisque c’est “le quotidien quand vous vivez à Dakar“.

À Vert, Sylvie Brunel assure qu’elle «n’a jamais nié les crises dues aux chocs climatiques, bien au contraire», elle «n’a cessé d’appeler à l’urgence de l’atténuation et de l’adaptation».

La géographe parle à propos du papier du Monde d’un «titre réducteur pour un article de commande de leur part, bien plus équilibré que les caricatures qui en sont faites».

Quant à ma sortie malheureuse et inappropriée sur BFMTV de juin 2022, en pleine canicule, elle est due à ma formation de géographe tropicaliste : des millions de personnes vivent depuis des décennies l’enfer des crises climatiques dans l’indifférence générale (ce qui a motivé mon engagement dans l’humanitaire, pendant 17 ans).

Le Grand Prix de la Société de géographie

Malgré ce passé prestigieux, la Société de géographie est sous le feu de critiques, accusée d’être devenue un « bastion du climatoscepticisme ».

Deux de ses membres, le géographe Damien Deville et le cosmographe Maxime Blondeau, ont claqué la porte de la société savante le 6 novembre.

En cause : l’attribution, samedi 30 novembre, du Grand Prix 2024 de l’institution à la géographe Sylvie Brunel, pour l’ensemble de son œuvre et en particulier pour l’ouvrage Nourrir. Cessons de maltraiter ceux qui nous font vivre (Buchet-Chastel, 2023).

La professeure émérite à Sorbonne Université, âgée de 64 ans, a été au centre de polémiques pour avoir tenu ou relayé des propos climatosceptiques.

Qu’une société savante récompense quelqu’un qui n’a pas de crédit auprès des géographes pose question, et notamment celle-ci : quel rapport cette Société de géographie entretient-elle avec le consensus scientifique, et quel lien avec la jeune génération de manière générale ?

Damien Deville est docteur en géographie culturelle et chercheur associé au Laboratoire Médiations Sciences des lieux, sciences des liens de l’université de la Sorbonne.

Pour Vert, il revient sur les raisons de sa démission, liée notamment à la banalisation des propos controversés tenus par la géographe Sylvie Brunel.

La Société de géographie de Paris a décerné son Grand prix à Sylvie Brunel, qui a tenu à plusieurs reprises des propos qualifiés de climatosceptiques.

C’est un choix très problématique qu’a fait la Société de géographie, puisque Sylvie Brunel n’est pas du tout citée par la communauté des pairs, ses travaux ont pu être reconnus fut un temps, mais voilà une dizaine d’années qu’elle écrit davantage des essais politiques dont certains constats sont remis en cause par les scientifiques.

Le Grand prix remis à Sylvie Brunel fait partie d’une série de symboles qui envoient les mauvais signaux.

La Société de géographie défend davantage un agenda conservateur que scientifique, elle se rapproche plus du think thank que d’une société savante.

La Société ne finance d’ailleurs plus de recherches. Elle a un rôle de bibliothèque, et possède des cartes qui datent de l’époque napoléonienne.

Les critiques de Damien Deville et la réponse de Sylvie Brunel

J’ai annoncé ma décision après que l’institution a annoncé son choix de nommer Sylvie Brunel… c’était le jour de l’élection de Donald Trump.

Ils m’ont dit que c’était scandaleux que je mette des soupçons de climatoscepticisme sur Sylvie Brunel.

Le but de la tribune est de laisser une trace en tant que géographes. L’idée est de dire que la Société de géographie n’est plus la gardienne du temple.

Elle continue à exister, mais elle ne représente plus la discipline géographique, ni ses avancées, ni le consensus géographique.

Par ses méthodes de fonctionnement et ses arbitrages internes, la Société de géographie a coupé le cordon avec les géographes.

Dire que cette société n’est plus un repère soulève l’immense enjeu de recréer des figures collectives d’influence, qui sans imposer de codes, permettent à la science de se renouveler.

Après une longue traversée du désert dans l’univers médiatique, il faudrait que la géographie revienne sur le devant de la scène, parce qu’elle permet de penser la diversité des manières d’habiter la Terre.

C’est en ce moment que la géographie peut apporter au débat public, il faut donc faire attention à ses faux prescripteurs.

C’est important de comprendre que ce n’est pas parce que Sylvie Brunel a un doctorat qu’elle est légitime.

Elle a le droit de parler en son «je» et de le défendre, mais ne doit pas le faire au nom de la discipline.

À Vert, Sylvie Brunel assure qu’elle «n’a jamais nié les crises dues aux chocs climatiques, bien au contraire», elle «n’a cessé d’appeler à l’urgence de l’atténuation et de l’adaptation».

Je suis Sylvie Brunel et ne comprends pas l’intérêt d’un article juste consacré à appeler à la censure et au bâillon.

Rien, depuis cinq ans, dans mes livres, articles, prises de position, conférences, ne remet en question la réalité du changement climatique et des crises climatiques, auxquelles de plus en plus de personnes sont exposées, sur des territoires de plus en plus vulnérables.

Accabler des enseignants qui doivent aujourd’hui faire en sorte que la jeunesse se sente incitée à agir, à se former pour trouver des réponses, par l’atténuation comme par l’adaptation, (et bien sûr aussi, la sobriété… quand on a la chance de pouvoir se la permettre) au lieu de sombrer dans l’accablement, ce n’est pas constructif.

La controverse sur les médias et l’expertise

Nous sommes en pleine urgence climatique et les médias ne sont absolument pas à la hauteur des enjeux.

Nous l’avons encore vu lors de la sortie du dernier rapport du GIEC.

Il est pourtant marqué dans le résumé pour les décideurs du 2e volet du rapport du GIEC qu’ils ont un rôle très important à jouer dans la transition écologique.

La première est de ne plus inviter Sylvie Brunel sans contradicteur.

Une option potentiellement compliquée car il faudra quelqu’un qui connaisse bien les enjeux climatiques et qui aurait le temps, la patience et l’envie de réfuter tous ses mensonges et arguments fallacieux.

La deuxième solution, la plus simple, c’est de ne plus inviter Sylvie Brunel.

Nous avons la chance d’avoir des centaines de personnes compétentes en France pour parler du climat, de la biodiversité, etc.

Au même titre que le reste de la société, les médias doivent prendre leurs responsabilités.

Inviter un ou une climatosceptique en 2022 est tout simplement inacceptable.

Des dizaines de millions de Françaises et Français ne mesurent pas l’urgence climatique et les conséquences qu’un réchauffement de +1.5°C, +2°C voire plus aura sur leurs vies.

Sylvie Brunel joue du prestige de son titre de professeur des universités et de la réputation de la Sorbonne pour asséner des (contre)-“vérités scientifiques” qui n’ont pas le moindre fondement.

Certains crieront à la censure. Certains crieront à la chasse aux sorcières.

C’est essentiel de mettre en lumière des chercheurs comme Christophe Cassou ou Magali Reghezza-Zitt, géographe et excellente vulgarisatrice, qui ne lâchent rien.

Les politiques climatiques et la gouvernance internationale

En 1992 se tient à Rio de Janeiro le Sommet de la Terre, deuxième du nom. Le premier avait eu lieu à Stockholm en 1972.

Il avait donné naissance au concept d’«écodéveloppement», avec la création des premiers ministères de l’Environnement dans les pays riches, mais les inquiétudes concernant la planète avaient été aussitôt évincées par les préoccupations de la guerre froide.

Rio est au contraire la première grande réunion internationale après la disparition de l’Union soviétique qui, en faisant tomber le rideau de fer, crée pour la première fois un espace mondial où les ONG peuvent se déployer et s’organiser en réseaux grâce à l’apparition d’internet.

Les sommets mondiaux se succèdent, intercalés de réunions censées les préparer. La COP21 à Paris est ainsi la 21e réunion des «parties», les États, depuis Rio.

Le bilan s’avère hélas peu glorieux.

La parution du quatrième rapport du Giec, en 2007, débouche en 2009 sur le grand Sommet de Copenhague, quinzième du genre (COP15), qualifié de «réunion de la dernière chance» pour sauver la planète.

Mais les participants ne parviennent pas à trouver un terrain d’entente.

Seul lot de consolation: la création d’un «fonds vert» doté de 100 milliards de dollars par an (autant que l’aide publique au débeloppement, APD), destiné à permettre aux pays en développement de s’adapter au changement climatique.

En 2015, le fonds n’a pu réunir encore que 5 milliards de… promesses de dons.

Entre atténuation et adaptation, l’architecture mondiale de la gouvernance du changement climatique (pardonnez la pédanterie) progresse cahin-caha, de plus en plus touffue et complexe, mais elle progresse: remise en question des pratiques jugées néfastes, comme les subventions au charbon, multiplication des textes et des mécanismes de financement écologique, ainsi que des organismes censés les mettre en œuvre…

Les limites des engagements internationaux

Le Sommet de Paris mobilise donc pendant dix jours à proximité de Paris 40 000 délégués issus de 195 pays.

Une fois de plus, l’enjeu du Sommet est crucial : aboutir à un accord international contraignant, visant à limiter les émissions mondiales de gaz à effet de serre, de façon à rester en dessous de la limite fatidique de 450 ppm (parties par million), considérée comme déterminante pour ne pas dépasser 2°C d’augmentation des températures par rapport à l’ère préindustrielle.

Il y avait 270 ppm en 1870, 350 en 1990.

Chaque pays doit prendre ses propres engagements pour initier la transition énergétique.

Les résultats du Sommet ne sont pas encore connus, mais l’expérience montre qu’ils s’enlisent généralement dans des arguties sans fin sans parvenir à imposer au monde un accord international contraignant.

Les intérêts respectifs des États en présence divergent tant qu’il ne peut exister de consensus planétaire.

Que la Russie, le Canada et tous les pays nordiques bénéficient du changement climatique, qui leur ouvre de nouvelles routes, de nouvelles terres cultivables et de nouvelles ressources minières, est indéniable.

Les politiques climatiques souffrent de ce que Hardin qualifiait en 1968 de «tragédie des biens communs»: un certain nombre de ressources étant en libre accès, comme la haute mer, l’intérêt des fameuses «parties» est de se les approprier avant les autres.

Intérêt individuel immédiat s’oppose souvent à l’intérêt collectif lointain.

Si je prélève la ressource, je m’enrichis immédiatement, tant pis si la collectivité en subit les conséquences néfastes à long terme.

Des solutions locales pour protéger les territoires

Pourtant, les travaux d’Elinor Ostrom, Prix Nobel d’économie en 2009 (avec Oliver Williamson), montrent que les communautés d’acteurs locaux, lorsqu’elles sont associées aux bénéfices de la protection de leurs ressources, s’engagent collectivement dans des démarches visant à en assurer l’exploitation durable.

La recherche de l’efficience énergétique et écologique, dans l’irrigation et dans les itinéraires techniques mis en œuvre en agriculture par exemple est aussi déjà une réalité.

Les îles tropicales souffriraient moins de la montée des eaux si elles cessaient de dilapider leur corail en matériaux de construction, de détruire leurs mangroves, de polluer leurs lagons, de tolérer la surpêche.

L’adaptation ne se satisfait pas de solutions toutes faites et demande une grande connaissance des territoires à l’échelle locale.

Voilà pourquoi le discours culpabilisateur, qui jette l’opprobre sur certains et victimise les autres, est une stratégie beaucoup moins efficace que celle qui consiste à montrer les bienfaits des politiques respectueuses de l’environnement.

Celles-ci s’imposent d’elles-mémes quand elles permettent de faire des économies et de créer des opportunités.

Le débat sur le développement durable

Pendant longtemps, c’est l’idée de rareté, d’épuisement des ressources («nous n’avons pas de planète de rechange») qui a dicté le discours du développement durable.

Le concept (foireux) d’empreinte écologique et de limitation des ressources met l’environnement au premier rang, devant l’économie et le social.

Portée tous les cinq ans par les rapports du Giec, plus catégoriques et alarmistes à chaque nouvelle livraison, la menace climatique s’impose dans l’agenda international.

Tandis que se multiplient les COP (sur le climat, mais aussi sur la biodiversité, les océans, etc.), surgissent de multiples prophètes qui appellent leurs concitoyens à la rédemption en battant leur coulpe sur leur vie passée.

Selon elle, les idées en vigueur sur l’environnement notamment sont «basées sur des indicateurs biaisés», explique -t-elle au journal départemental.

Ses 17 ans dans l’humanitaire la font s’étonner des nouveaux courants de pensée qui circulent.

«Je me suis spécialisée dans les crises alimentaires, je suis allée dans les pays où les gens crèvent de faim. Puis je suis rentrée en France où on n’arrête pas de taper sur ceux qui nous nourrissent… Ca n’a pas de sens !», peut-on lire dans le journal du Nord qui se fait l’écho de son «franc-parler désarmant».

Pour des raisons économiques qu’elle expose dans l’article de Terres et Territoires, elle craint la montée du bio que l’on observe actuellement en France.

Une évolution qui risque, selon elle, de nous faire perdre des marchés à l’export.

Et d’évoquer l’Afrique du Nord ou le Proche et Moyen-Orient qui importent nos céréales.

«Si nous nous ruons vers le bio et perdons ces marchés, il n’est pas sûr qu’on puisse écouler notre production ailleurs».

«Notre solde d’exportations jusqu’ici très positif est en train de baisser, alors que celui des importations augmente au nom de la bio équivalence, qui veut que le bio de Haïti vaille celui de France, ce qui est faux.»

Quand elle parle des agriculteurs français, en revanche, elle assure que «leurs pratiques sont raisonnables».

Climat, migration et géopolitique - François Gemenne

La géographie face aux migrations climatiques

Après une longue traversée du désert dans l’univers médiatique, il faudrait que la géographie revienne sur le devant de la scène, parce qu’elle permet de penser la diversité des manières d’habiter la Terre.

La géographie permet d’examiner les relations entre les sociétés, les territoires et les milieux. Elle aide également à distinguer les causes immédiates d’un déplacement, les facteurs structurels de vulnérabilité et les décisions prises par les populations.

C’est en ce moment que la géographie peut apporter au débat public, il faut donc faire attention à ses faux prescripteurs.

Dire que cette société n’est plus un repère soulève l’immense enjeu de recréer des figures collectives d’influence, qui sans imposer de codes, permettent à la science de se renouveler.

C’est d’autant plus important de défendre la science comme repère dans un monde où tout se fracture.

Pour les habitants du monde tropical, le réchauffement climatique est la triple peine : ils vivent dans des territoires exposés, ils disposent de moins de moyens pour se protéger et ils sont souvent éloignés des lieux où se prennent les décisions internationales.

Le monde tropical est ainsi un laboratoire du développement durable, mais aussi un révélateur des inégalités devant les risques climatiques.

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