Le camp de Chatila est un camp de réfugiés palestiniens situé dans la partie ouest de Beyrouth, au Liban. Il est associé au camp voisin de Sabra dans l’histoire du massacre perpétré du 16 au 18 septembre 1982, pendant la guerre civile libanaise.
Durant plusieurs jours, des miliciens chrétiens appuyés par l’armée israélienne ont pénétré dans les deux camps et ont massacré des centaines de civils palestiniens, peut-être même des milliers selon les estimations. Le massacre a profondément choqué l’opinion internationale et a marqué un tournant dans la guerre civile libanaise.

Un camp palestinien dans l’ouest de Beyrouth
La présence de réfugiés palestiniens à Beyrouth s’inscrit dans le long conflit israélo-arabe. Depuis plusieurs décennies, des dizaines de milliers de Palestiniens vivent dans des camps installés au Liban.
Le camp situé à l’ouest de Beyrouth est une parcelle de terre d’un kilomètre carré. Environ 20 000 Palestiniens y vivent, auxquels s’ajoutent deux fois plus de réfugiés syriens.
Une situation intenable qui s’est détériorée avec la crise économique que connaît tout le pays.
| Élément | Information |
|---|---|
| Localisation | Ouest de Beyrouth |
| Superficie | Un kilomètre carré |
| Population palestinienne | Environ 20 000 Palestiniens |
| Autres réfugiés | Deux fois plus de réfugiés syriens |
| Événement principal | Massacre de Sabra et Chatila |
| Dates du massacre | Du 16 au 18 septembre 1982 |
Le contexte de la guerre civile libanaise
En 1982, le Liban est enlisé dans une violente guerre civile qui dure depuis plus de 7 ans.
Entre 1975 et 1990, la guerre civile libanaise oppose et rassemble successivement de nombreuses forces politiques, communautaires et militaires. Dans ce conflit d’ampleur régionale et internationale, la présence de l’Organisation de libération de la Palestine constitue un enjeu majeur.
En 1982, l’armée israélienne a envahi le Liban pour en chasser l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dans une opération nommée Paix en Galilée.
Au cours de l'été de cette année-là, l'OLP est contrainte de quitter le Liban.
La crise politique après l’assassinat de Bachir Gemayel
Un nouveau Président est élu dans le pays le 23 août : Bachir Gemayel, chef d'une milice chrétienne.
Il est assassiné quelques jours plus tard, le 14 septembre.
Pour garder l’ordre, les forces israéliennes entrent alors dans Beyrouth-Ouest, avec des Phalangistes chrétiens et des soldats des Forces libanaises, proches du président assassiné.
L’opération dans les camps de Sabra et Chatila avait pour objectif de retrouver les derniers combattants palestiniens présents.
C’est dans ces camps qu'un terrible massacre va se produire pendant trois jours.

Le massacre de Sabra et Chatila
Du 16 au 18 septembre 1982, des centaines de réfugiés palestiniens au moins ont été massacrés dans les camps de Sabra et Chatila, à Beyrouth.
Entre le 16 et 18 septembre 1982, en pleine guerre civile libanaise, les milices chrétiennes des Phalangistes libanais sont entrées dans les camps de réfugiés palestiniens de Beyrouth pour s'attaquer à la population.
Le bilan sera lourd : au moins des centaines de civils seront tués, sous les yeux passifs de l’armée israélienne qui occupait alors la ville.
Durant plusieurs jours, les miliciens vont méthodiquement massacrer des civils vivant dans ces immenses camps, où s’entassent depuis plus de 30 ans des dizaines de milliers de Palestiniens.
Les événements auraient vraisemblablement eu lieu dans la nuit du vendredi 17 au samedi 18 septembre, expliquait alors un reportage télévisé. Les Français apprendront plus tard que les événements avaient en réalité débuté dès le 16 au soir.
Les victimes étaient des hommes, des femmes et des enfants. Les témoignages des personnes qui ont échappé au massacre ont révélé la brutalité des violences.
Des témoignages et des images rares à la télévision
Le 18 septembre, la nouvelle est annoncée dans les journaux télévisés français, par, dans un premier temps, un constat des atrocités.
« Et puis cet épouvantable massacre dont l’horreur grandissait de minutes en minutes à mesure que nous recevions les dépêches il y a quelques heures, des dizaines, sans doute même des centaines d’assassinats d’hommes, de femmes et d’enfants dans deux camps de réfugiés palestiniens à Beyrouth-Ouest », entame d'un ton grave Patrick Poivre d’Arvor au cours du JT d'Antenne 2.
« Ils nous ont égorgés, ils ont égorgé des enfants, beaucoup d’enfants » : le reportage rapporte les témoignages glaçants des victimes qui ont échappé au massacre et montre des dizaines de corps sur le sol.
Les images témoignent de l’horreur : « Les traces de balles sur les murs prouvent que ces hommes ont été délibérément fusillés ».
Des plans difficiles et rares à la télévision sont diffusés. Le présentateur les justifie ainsi : « Les images que nous avons reçues il y a quelques minutes sont très dures, nous en avons ôté l’insoutenable, mais il fallait que vous soyez prévenus. »
Massacre de Sabra et Chatila: 37 ans après...
La question des responsabilités
Dans un conflit d’ampleur régionale et internationale, la question des responsabilités émerge rapidement, notamment car celle d'Israël pourrait être engagée, ses forces entourant alors les camps.
« Qui a donc massacré ces gens sans défense pendant 36 heures entre jeudi soir et samedi matin », interpelle Christine Ockrent dans une archive issue du journal de 20 heures du 20 septembre 1982.
« Il semble bien en effet que les hommes du commandant Haddad, inféodés depuis des années à Israël, soient à l’origine du massacre même si le commandant s’en défend », annonce-t-on.
Plusieurs enquêtes, au Liban et en Israël, ont effectivement tenté de désigner les responsables.
Les enquêtes au Liban et en Israël
L’enquête libanaise
Du côté libanais, l’enquête demandée par le nouveau président Amine Gemayel à Assad Germanos, le procureur du Tribunal militaire libanais, dès le 24 septembre, conclut à la responsabilité israélienne et déchargea les Phalangistes et les Forces libanaises.
Dix ans plus tard, une loi d’amnistie permit même d'écarter toute responsabilité pénale des miliciens libanais.
La commission israélienne
En Israël, l’une des plus grandes manifestations que le pays ait connues pousse l’État à investiguer.
À Tel Aviv, des milliers de personnes ont manifesté, soit près d’un Israélien sur dix selon les organisateurs.
« Le gouvernement israélien décidera probablement mardi après la trêve du Kippour de créer une commission judiciaire pour enquêter sur les massacres », annonce Christine Ockrent sur Antenne 2, en conséquence des mobilisations.
Du côté israélien, les Phalangistes furent reconnus coupables.
La responsabilité indirecte de l’État fut également attestée, notamment celle de Sharon pour avoir minimisé le risque de l’opération.
Le rôle d’Ariel Sharon
Dans le cadre d’une commission d’enquête en Israël, le général Ariel Sharon, alors ministre de la Défense, déclarera qu’il a pris seul la décision d'envoyer les milices chrétiennes sur les camps de Sabra et Chatila.
D’après une archive du 25 octobre 1982, il n’a pas informé le Premier ministre israélien des événements.
La responsabilité israélienne est ainsi examinée à travers le contrôle militaire exercé autour des camps et la décision de permettre l’entrée des milices chrétiennes.
Les responsabilités libanaises
Le 30 septembre, la journaliste Patricia Coste annonce de nouvelles découvertes, révélées par des journalistes américains : « Ce serait Bachir Gemayel lui-même, le président libanais chrétien assassiné, qui aurait organisé l'entrée de ses troupes, les Forces libanaises, dans les camps de Sabra et Chatila ».
Elle poursuit : « Les Forces libanaises donc devaient entrer dans les camps, interroger les habitants et éventuellement les arrêter et détruire leurs habitations. Mais l’opération a dérapé après la mort de Bachir Gemayel. »
Les enquêtes ont donc fait apparaître des responsabilités libanaises et israéliennes croisées, sans qu’une lecture unique de l’événement ne s’impose dans les années qui ont suivi.
Un événement longtemps marqué par le silence
La recherche consacrée au massacre perpétré dans les camps de réfugiés palestiniens de Sabra et Chatila interroge les fonctions de la littérature et de l’art relativement à un événement violent qui fait l’objet d’un tabou.
Elle part du constat d’un triple déficit d’histoire, de culte des morts et de justice.
Il s’agit d’un événement tu : on le dira tabou.
Les victimes n’ayant pas été enterrées, les œuvres déposent une stèle à l’endroit de son manque, rétablissant des égalités en direction de corps qui ne comptent pas.
Face à une irrésolution judiciaire qui signe le caractère indécidable de l’événement, elles opèrent, par leurs médiations symboliques, la clinique non seulement de l’humain, mais aussi du langage et de l’autorité du sens.
La littérature et l’art face au massacre
Un corpus d’œuvres a émergé dans les champs de la littérature, du cinéma et de l’art contemporain.
La recherche entend ainsi ausculter les fonctions politiques de la poétique.
Les œuvres ont vocation à dire ce que l’histoire tait.
Il n’y a pas seulement effraction du réel dans l’art, l’art est le temps à l’œuvre.
La littérature et l’art peuvent donc rendre visible un événement insuffisamment établi dans les livres d’histoire, donner une place symbolique aux victimes et interroger l’absence de justice.
Le massacre dans la mémoire journalistique et littéraire
Le récit documentaire consacré à cette histoire a été réalisé par Gaspard Wallut.
Le journaliste et écrivain Sorj Chalandon a couvert pour le journal Libération le massacre des camps de Sabra et Chatila.
En 2013, il publie un roman qui a pour cadre la guerre du Liban durant l'année 1982 : Le quatrième mur.
« L'idée de Samuel était belle et folle : monter l'Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé. Samuel était grec. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m'a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l'a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. »
Cette œuvre inscrit le massacre et la guerre du Liban dans une réflexion sur la mémoire, la violence, la fraternité et la possibilité fragile d’une trêve.