« L’Émigrant » de Charlie Chaplin : analyse d’un chef-d’œuvre entre burlesque, émotion et critique sociale

L’Émigrant, également connu sous le titre Charlot émigrant, est un court métrage réalisé par Charlie Chaplin en 1917 pour le studio Mutual. Onzième et avant-dernier court métrage réalisé cette année-là pour la Mutual, il était le préféré de Chaplin.

Le film raconte le voyage d’un groupe d’émigrants européens vers les États-Unis, puis les premières heures de Charlot à New York. Sur un bateau surpeuplé, parmi des voyageurs pauvres et épuisés, Charlot tente de survivre avec son mélange habituel de débrouillardise, de maladresse et de tendresse. À l’arrivée, l’espoir d’une vie meilleure se heurte rapidement à la pauvreté, à la violence sociale et à l’indifférence.

Parce qu’il réussit pour la première fois le mélange harmonieux de burlesque, de chronique sociale et de mélodrame qui caractérisera plusieurs de ses chefs-d’œuvre à venir, L’Émigrant marque un tournant essentiel dans la filmographie de Chaplin.

Un court métrage à la croisée du burlesque et du mélodrame

En 1916 et 1917, Charlie Chaplin se trouve dans la période où il construit son personnage. Parmi les douze courts métrages qu’il tourne alors pour la Mutual, L’Émigrant est le plus remarquable, car il marque un tournant important.

Alors que jusque-là ses films jouaient principalement la carte du comique pur, c’est dans L’Émigrant que Chaplin introduit pour la première fois un fond de situation tragique sur lequel l’humour vient prendre appui. Ici, il s’agit de la situation des immigrants qui arrivent aux États-Unis : traversée difficile, mauvais traitements par les services d’immigration et pauvreté.

Difficile de trouver plus tragique, et pourtant c’est l’humour qui domine. Le comique prend ainsi une dimension sociale, presque documentaire, qui élève incontestablement le film au-dessus de ses semblables.

Chaplin tournait d’abord la fin du film, la plus ouvertement comique : une pantomime chorégraphiée au millimètre dans un restaurant où le héros sans le sou est terrorisé par un serveur au physique d’ogre. Les gags sont tout aussi drôles dans la première partie à bord du bateau.

Au départ, le film ne devait comporter que la scène du restaurant. Cette origine explique en partie la construction en deux mouvements du court métrage : une première partie maritime, dominée par le voyage et la survie collective, puis une seconde partie terrestre, centrée sur la pauvreté, la rencontre amoureuse et la confrontation avec l’autorité.

Fiche du film

ÉlémentInformation
TitreCharlot émigrant
Titre originalThe Immigrant
GenreCourt métrage
Année1917
Durée20m
Autre durée indiquée25 minutes
ScénaristesVincent Bryan, Maverick Terrell
PaysÉtats-Unis
CharlotCharles Chaplin
KittyEdna Purviance
Autres interprètesAlbert Austin, Henry Bergman, Eric Campbell

Le film est généralement présenté comme un court métrage de vingt-cinq minutes, tandis qu’une fiche indique une durée de 20m. Dans les deux cas, il s’agit d’une œuvre brève dont la densité narrative et émotionnelle est étonnante.

Le voyage des émigrants vers l’Amérique

Sur un bateau au confort sommaire, bringuebalant au gré des vagues qui le heurtent, une horde de délaissés a choisi de mêler son destin à l’inconnu.

Quittant la pauvreté dans un élan de désespoir, les voyageurs approchent des côtes du pays de la liberté et de l’espoir, prêts à démarrer une nouvelle vie. Les premiers plans, assez sombres, contrastent fortement avec les comédies dont Chaplin était coutumier : sur le pont du cargo, des migrants pauvrement vêtus sont couchés les uns sur les autres, tandis que deux femmes pleurent dans les bras l’une de l’autre.

Un groupe d’émigrants vogue vers l’Amérique sur un paquebot surpeuplé. L’un d’eux, l’impavide Charlot, s’intéresse de près au couple touchant que forment une mère et sa délicieuse fille.

Le film conte l’histoire de ces millions d’Européens partis pour l’Amérique afin de fuir la pauvreté et les crises politiques. Venus groupés et nourrissant un espoir commun, ils sont ensuite sélectionnés, éparpillés sur le territoire et destinés à errer comme des âmes solitaires dans ce pays qui leur est inconnu.

On montre alors que ceux qui sont partis par leurs propres moyens pour attraper une main tendue découvrent finalement qu’ils sont destinés à ne pouvoir compter que sur eux-mêmes, quoi qu’il arrive.

bateau surpeuplé transportant des émigrants

Charlot, contrepoint comique d’une situation tragique

Les premiers instants du film installent une réalité collective marquée par la misère, l’épuisement et l’incertitude. Puis Charlot apparaît et apporte avec lui un contrepoint comique à la situation a priori tragique.

Jeux d’argent, vol, repas de fortune : autant de situations où la bonhomie de ce singulier personnage est la bienvenue.

Le vagabond n’efface jamais complètement la souffrance qui l’entoure. Il la rend visible autrement, en introduisant des gestes, des regards et des incidents comiques au cœur même de la détresse. Son corps devient un instrument de survie, mais aussi un moyen de révéler l’absurdité des rapports sociaux.

Le personnage de Charlot entrevoit également, pour la première fois, une relation durable. Sous ses aspects quasi documentaires, le film est aussi et surtout une romance.

La découverte de New York et l’espoir de la statue de la Liberté

Après la traversée, les immigrants découvrent New York et la statue de la Liberté. Ce plan rapproché semble concentrer en deux secondes les espoirs de tous les exilés du monde.

Cet espoir, que la statue de la Liberté incarne tout en toisant ironiquement les arrivants fraîchement débarqués, s’évanouit en une seule scène.

À peine sortis du bateau, tout juste libérés de leur prison de métal, les migrants se voient entassés comme du bétail derrière des cordons de sécurité.

Un membre de l’équipage les parque au moyen d’une corde. Charlot jette alors un nouveau regard éloquent en direction de la statue, puis vers le spectateur.

Cette furtive expression d’ironie du vagabond équilibre par contraste la douleur muette de la mère d’Edna. Le geste montre que l’image officielle de l’Amérique, terre de liberté et de recommencement, ne correspond pas à l’expérience immédiate des nouveaux arrivants.

Charlot, d’un coup de pied bien placé, dénonce avec humour cette situation inhumaine et dégradante. La scène transforme un geste burlesque en prise de position sociale : le rire devient une manière de contester l’humiliation infligée aux immigrants.

statue de la Liberté vue par des immigrants

L’Amérique de la liberté face à la réalité sociale

Débutant par ces quelques mots évocateurs : « After… broke and hungry », la seconde partie n’invite pas le spectateur à plus d’espoir.

Certes, la terre de tous les rêves est atteinte, mais Chaplin rappelle que la réalité sociale reste la même, à l’Ouest comme à l’Est.

Ce n’est pas une Amérique accueillante qui est ici montrée, mais une Amérique sans considération, hostile. La statue de la Liberté représente un idéal, tandis que les gestes des autorités et les conditions réservées aux immigrants révèlent une société dure et inégalitaire.

Chaplin avait l’habitude d’opposer les idéaux à la dure réalité. Charlot était plus qu’un pauvre bougre destiné à faire rire : il était un véritable témoin de l’histoire, que Chaplin envoyait à diverses époques critiques pour la société américaine et pour le monde entier.

  • La recherche de richesse dans un pays en construction dans La Ruée vers l’or ;
  • la fuite de la pauvreté dans L’Émigrant ;
  • l’engagement forcé et l’absurdité de la guerre dans Charlot soldat ;
  • la précarité généralisée après la crise de 1929 et l’industrialisation galopante dans Les Temps modernes ;
  • l’ascension et le danger des dictatures européennes dans Le Dictateur.

La scène du restaurant : pauvreté, violence et humiliation

Occupant le dernier tiers du film, la scène du restaurant symbolise la situation précaire dans laquelle les immigrants se retrouvent à leur arrivée en Amérique.

Après avoir trouvé de l’argent dans la rue, Charlot décide de prendre un repas dans un restaurant. Là, il est confronté à un serveur pour le moins tyrannique, comme un rappel de l’oppression et de la défiance des autorités vis-à-vis d’une classe sociale précarisée.

Le serveur est à l’image de cette Amérique : immense, bourru et implacable. Il est supposé servir les clients, mais il est désagréable, voire violent lorsque les clients manquent de monnaie.

Il n’est pas là pour faire des compromis. Il dicte la conduite des autres et les remet à l’ordre. C’est une Amérique de la liberté qui frappe, extorque et piétine.

Chaplin tourne cette violence en dérision grâce à une chorégraphie précise. La menace physique du serveur, interprété par le géant Eric Campbell, devient une source de gags, mais elle ne cesse jamais de rappeler la vulnérabilité économique et sociale de Charlot.

Le serveur au physique d’ogre est le « méchant » habituel des courts métrages de Charlot. Son corps immense peut être rapproché de celui de la statue de la Liberté : cette correspondance visuelle ne manque pas de sel, étant donné le caractère très peu libertaire du serveur.

Le circuit rire-émotion

Une interview que Charlie Chaplin donna au moment de la réalisation de L’Émigrant montre qu’il avait l’intention d’y imbriquer le rire et l’émotion, tout en s’inquiétant de ce que celle-ci puisse nuire à celui-là.

Le philosophe Gilles Deleuze a décrit le parfait équilibre qu’atteignent chez Chaplin ces deux formes de l’expérience humaine, ailleurs considérées comme inconciliables : « C’est un circuit rire-émotion, (…) sans que l’un efface ou atténue l’autre, mais tous deux se relayant, se relançant. (…) Il n’y a pas lieu de dire qu’on rit alors qu’on devrait pleurer. Le génie de Chaplin, c’est de faire les deux ensemble, de faire qu’on rit d’autant plus qu’on est ému. »

Dans L’Émigrant, le rire ne sert donc pas à neutraliser la souffrance. Il permet au contraire de la rendre perceptible. Le spectateur rit des gestes de Charlot, de ses maladresses et de ses stratégies improvisées, mais il reste conscient de la misère qui constitue l’arrière-plan de chaque gag.

Le film accomplit ainsi ce que Chaplin fera dans plusieurs de ses œuvres majeures : faire coexister l’émotion et le comique sans que l’un affaiblisse l’autre.

Une construction fondée sur l’ellipse

Le caractère très ramassé d’un film qui pourtant ne se précipite jamais tient aussi à son ellipse centrale, entre la première partie sur le bateau et la seconde à terre.

Cette ellipse est plus complexe qu’elle n’en a l’air, car elle suspend le pathétique entre deux possibilités contradictoires.

Son amplitude paraît relativement grande puisqu’elle recouvre le passage de vie à trépas de la mère d’Edna. Mais la possibilité qu’elle soit courte suggère la cruelle rapidité de sa mort.

Ce qui va également dans le sens d’une brièveté de l’ellipse, c’est l’aspect déprimant de l’Amérique que le film propose une fois à terre. Cette représentation traduit la rapidité du constat d’un fait éternel : ancien ou nouveau monde, la dureté sociale est partout la même.

La mort de la mère n’est pas montrée de manière spectaculaire. Elle existe dans le récit par ses conséquences, par l’absence d’un corps et par la modification du destin d’Edna. Cette discrétion renforce la dimension tragique de l’événement.

La symétrie entre le bateau et le restaurant

Une autre explication de l’extrême tenue qui permet à L’Émigrant d’harmoniser le rire et les larmes est la perfection de sa construction symétrique.

Cette construction passe par tout un jeu d’échos entre la première et la seconde partie. Dans chacune d’elles, on trouve :

  • une grande brute ;
  • une scène de restauration ;
  • une découverte réciproque d’Edna et de Charlot ;
  • un personnage qui observe Charlot avec méfiance ;
  • un enfermement, derrière la corde du bateau puis dans le restaurant ;
  • une intervention providentielle, de Charlot pour Edna puis de l’artiste pour le couple ;
  • une référence gestuelle de Charlot au sport, le base-ball lors de la partie de dés puis la boxe au restaurant.

Au sein de ce jeu de rimes visuelles, même la statue de la Liberté pourrait trouver sa correspondance dans le corps immense du serveur, ce qui ne manquerait pas de sel étant donné le caractère très peu libertaire de ce dernier.

L’effet de symétrie est encore plus sensible lorsqu’on remarque que deux acteurs de la troupe de Chaplin jouent un rôle différent dans chacune des deux parties.

  • Albert Austin interprète d’abord un immigré russe malade sur le bateau, puis le voisin de Charlot au restaurant.
  • Henry Bergman devient d’abord une grosse femme roulant sous Charlot, puis un artiste maniéré.

Ces symétries donnent d’autant plus de consistance tragique au corps qui ne fait pas retour dans la seconde partie du film : celui de la mère d’Edna.

La rapidité et la précision du style chaplinien

La rapidité et la concentration caractérisent le style chaplinien, même lorsque le film n’est pas fondé sur une chorégraphie endiablée.

Le spectateur inattentif risque ainsi de rater plusieurs détails essentiels : l’échange argent-pistolet lors de la partie de dés, la pièce qui tombe de la poche de Charlot, le liséré noir du mouchoir d’Edna qui traduit le deuil de sa mère ou encore telle phase précise de la circulation monétaire dans la seconde partie du film.

Ces détails ne sont pas de simples ornements. Ils participent à la construction du récit, à la caractérisation des personnages et à la circulation des rapports de pouvoir. L’argent passe de main en main, se perd, se récupère et conditionne chaque geste.

Le film est ainsi étonnamment riche malgré sa durée. Chaque mouvement peut avoir une fonction comique, dramatique ou sociale, et parfois les trois à la fois.

Une romance au milieu de la précarité

La relation entre Charlot et Edna Purviance donne au film sa ligne sentimentale. Charlot s’intéresse au couple touchant que forment une mère et sa fille, puis découvre progressivement Edna.

La romance ne constitue pas un simple ajout sentimental. Elle permet de donner un visage particulier à une tragédie collective. La migration n’est pas seulement présentée comme un phénomène historique : elle est vécue par des individus séparés de leurs repères, exposés à la maladie, au deuil, à la faim et à la violence.

La mère d’Edna représente la fragilité des voyageurs qui ont quitté l’Europe dans l’espoir de recommencer leur vie. Sa disparition rend encore plus précaires les conditions d’existence de sa fille.

Charlot intervient alors comme une présence providentielle. Il ne possède ni argent ni statut, mais il conserve une capacité d’attention et de solidarité qui le distingue des figures d’autorité et des personnages dominants.

Un film inscrit dans l’histoire de son temps

Dès avant Charlot soldat, La Ruée vers l’or et Le Dictateur, Chaplin fait ce qu’aucun autre cinéaste comique n’a même l’idée de faire à l’époque : tout en conservant la forme burlesque, il inscrit explicitement un film dans l’histoire de son temps.

Dans le cas de L’Émigrant, cette histoire est celle de la migration massive des populations européennes vers les États-Unis.

Venu en Amérique avec la troupe Karno, Chaplin lui-même n’a pas eu à subir les affres d’une telle migration ni à passer par Ellis Island, « cette île que, dans toutes les langues d’Europe, on a surnommée l’île des larmes ».

Mais, au moins dans l’esprit du spectateur d’aujourd’hui, la façon dont L’Émigrant ellipse le tristement fameux centre de triage fait exister celui-ci en creux.

Le film ne montre donc pas directement tout le processus administratif de l’arrivée. Il fait ressentir ce qui précède et ce qui suit : la foule contrôlée, les corps parqués, la séparation des individus et la brutalité d’un accueil qui transforme les promesses de liberté en expérience d’humiliation.

Ellis Island centre d’accueil des immigrants

Une œuvre sociale et presque documentaire

Avec The Immigrant, Chaplin initie un pan plus social de sa carrière.

Le film s’arrête alors qu’il pourrait continuer. Il se focalise principalement sur le sort de ces millions d’immigrants, les épreuves qu’ils ont dû franchir et surtout l’accueil que leur réserve cette terre promise.

Truffé de gags cocasses, mais toujours dans le but de mettre en scène les dérives de la société, L’Émigrant s’apparente à un prélude aux futurs films majeurs de Chaplin.

Sur la forme, il se présente comme une amorce, le début de quelque chose : une intrigue plus développée, une critique sociale plus explicite et une émotion appelée à prendre une place croissante dans le cinéma de Chaplin.

Le comique ne se contente plus de provoquer le rire. Il observe les institutions, les rapports de classe, la pauvreté et les contradictions entre les idéaux politiques et la vie quotidienne.

La réception politique du film

Lors de la mise en accusation de Charlie Chaplin par la commission présidée par McCarthy au début des années cinquante, L’Émigrant fut cité à charge par ses accusateurs.

La scène où son personnage reçoit un coup de pied de la part d’un employé du service d’immigration pour entrer aux États-Unis était, à leurs yeux, l’une des preuves manifestes de son anti-américanisme.

De force, Charlie Chaplin dut quitter les États-Unis en 1952 pour aller s’établir en Suisse jusqu’à sa mort en 1977. Il ne remit les pieds aux États-Unis qu’une seule fois, en 1972, pour recevoir un Oscar.

Cette histoire donne une résonance particulière au film. Une œuvre consacrée à l’arrivée d’immigrants aux États-Unis fut ensuite utilisée contre son propre réalisateur dans un contexte politique marqué par la suspicion, la dénonciation et l’accusation d’hostilité envers la nation américaine.

La place de « L’Émigrant » dans la filmographie de Chaplin

L’Émigrant officie comme une charnière dans la filmographie de Charlie Chaplin, autant dans son évolution en tant qu’artiste que dans le développement de son univers.

Le film annonce les futurs mélodrames comiques de Chaplin, notamment La Ruée vers l’or et Les Lumières de la ville. Il en contient déjà plusieurs caractéristiques : une société dure, un personnage marginal, une relation sentimentale fragile, la circulation de l’argent, l’opposition entre les idéaux et la réalité, ainsi qu’un équilibre permanent entre rire et larmes.

Charlot y est encore principalement le héros d’un court métrage, mais il commence à devenir un personnage capable de porter une histoire collective. Sa silhouette résume les contradictions d’un monde qui proclame la liberté tout en maintenant les plus pauvres dans la dépendance et l’humiliation.

L’artiste, encore principalement habitué au format du court métrage, se trouve dans une période charnière de sa carrière, basculant petit à petit du pur burlesque vers des intrigues plus développées et plus longues.

Il est particulièrement intéressant de découvrir L’Émigrant après ses principaux classiques afin de bien se rendre compte de sa place dans la filmographie de Chaplin. Le film apparaît alors comme une étape décisive vers les œuvres qui associeront plus largement la comédie, la critique sociale et le mélodrame.

Une œuvre reconnue pour son importance culturelle

Ce film plus que centenaire, sélectionné par la Bibliothèque du Congrès comme une œuvre « culturellement, historiquement ou esthétiquement significative », raconte l’histoire de millions d’Européens partis pour l’Amérique afin de fuir la pauvreté et les crises politiques.

Cette reconnaissance souligne la pluralité de l’œuvre. L’Émigrant possède une valeur esthétique par sa construction et sa mise en scène, une valeur historique par le sujet qu’il aborde et une valeur culturelle par la manière dont il a contribué à façonner la figure de Charlot.

Une actualité persistante

Bien que le film date de 1917, il est difficile, en le regardant aujourd’hui, de ne pas faire un parallèle avec ce qui arrive actuellement en Europe.

La traversée difficile, le mauvais traitement par les services d’immigration, la pauvreté et l’accueil hostile restent les éléments d’une expérience migratoire que le film met en scène avec une grande simplicité.

Cette actualité ne tient pas à une reproduction exacte des situations, mais à la persistance de certaines contradictions : l’écart entre la promesse d’une terre d’accueil et les conditions concrètes réservées aux nouveaux arrivants, entre la liberté proclamée et le contrôle des corps, entre l’espoir individuel et la dureté des structures sociales.

L’Émigrant est une comédie qui fait rire grâce à des gags toujours aussi excellents, mais qui laisse surtout un goût amer à l’arrivée.

L’espoir est toujours permis, et la fin promet un dénouement heureux, mais ce n’est jamais simple ni couru d’avance. Il y a toujours une sous-couche très dramatique dans les films de Chaplin, et L’Émigrant ne déroge pas à la règle.

tags: #chaplin #the #immigrant #resume