Défis économiques et migratoires en Côte d’Ivoire

L’immigration est, sans nul doute, l’un des défis majeurs de ce siècle. Aujourd’hui, la planète compte 258 millions de migrants, soit 3,4% de la population mondiale. Quelque 258 millions sont des migrants internationaux, 40 millions des personnes déplacées à l’intérieur de leur pays et 25,9 millions des réfugiés ou des demandeurs d’asile.

La Côte d’Ivoire occupe une place centrale dans les dynamiques migratoires de l’Afrique de l’Ouest. Le pays est à la fois une importante terre d’accueil, un espace de circulation régionale et, de plus en plus, un pays d’émigration. Cette situation est étroitement liée à son histoire économique, à la demande de main-d’œuvre agricole, aux crises politiques et aux transformations sociales qui touchent la sous-région.

Une position majeure dans les migrations ouest-africaines

En 2019, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a recensé 8,4 millions de migrants en Afrique de l’Ouest. Moins de 10 % d’entre eux se rendent en Europe.

Les flux migratoires dans la sous-région sont dominés par des mouvements partant des États enclavés du Sahel vers les pays du littoral. Le profil migratoire de chaque pays est cependant différent : la Côte d’Ivoire et le Nigeria, deux États côtiers, accueillent le plus de migrants, avec respectivement 2,6 et 1,3 millions de Maliens, Sénégalais, Burkinabés et Guinéens.

Avec 2,6 millions de migrants recensés par l’OIM en 2020, soit environ 10 % de sa population, la Côte d’Ivoire est le pays qui en héberge le plus en Afrique de l’Ouest.

Les migrants sont originaires de principalement trois pays limitrophes et du Bénin : 56 % viennent du Burkina, 19,8 % du Mali, 5,8 % de Guinée et 2,7 % du Bénin.

Environ 70 % des flux migratoires en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale concernent des migrations temporaires, saisonnières et permanentes de travailleurs, les principales destinations étant les centres économiques tels que la Côte d’Ivoire, le Ghana et le Nigéria.

La CEDEAO jouit de la liberté de circulation pour ses citoyens en situation régulière. Par conséquent, on estime à 6 millions le nombre de personnes qui se sont déplacées au sein de la CEDEAO.

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale comptent environ 500 millions d’habitants, dont la moitié a moins de 15 ans. Cette région comprend certains des pays africains connaissant la croissance la plus rapide, ce qui va probablement renforcer le cycle des schémas migratoires et accroître la pression sur les centres urbains et les pôles économiques.

Carte des migrations en Afrique de l’Ouest

Les fondements économiques de l’attractivité ivoirienne

Dès son indépendance en 1960, la Côte d’Ivoire promeut l’immigration sur son territoire pour répondre à la demande de main-d’œuvre, principalement dans le domaine agricole.

La persistance des difficultés économiques, les inégalités sociales dans la redistribution de la richesse nationale et les effets des grandes famines de 1970 et 1980 ont contribué à installer le Mali dans une situation de crise socioéconomique particulière, qui a engendré le renforcement des flux migratoires vers la Côte d’Ivoire alors pays prospère et stable.

Ce pays avait alors besoin de bras valides dans ses plantations de café et de cacao, dans les activités maritimes et l’exploitation des ressources halieutiques, tout comme dans le secteur des transports.

Intervenant dans ces secteurs vitaux de l’économie ivoirienne, les immigrés maliens pouvaient constituer une importante rente économique, dont le rapatriement au Mali servait à amorcer le développement local des communautés, notamment rurales.

Selon lui, ce fut un phénomène historiquement ancien pour la Côte d’Ivoire. Par exemple, les Dioulas originaires du Mandé, aire culturelle à cheval entre le Mali, la Guinée Conakry et le Sénégal ont monopolisé le commerce de bétail, la presque totalité du commerce de la viande et du poisson séché.

Pourtant, ces populations originaires principalement du Mali et de la Guinée ne représentaient démographiquement qu’une faible proportion dans les années 1920.

Avec le développement des cultures de cacao, de café et de banane au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, les migrations ont connu un véritable boom.

Le pays établit des instruments juridiques, comme des accords bilatéraux sur la libre circulation des personnes et des biens, notamment avec le Mali et le Sénégal, et met en place des mesures incitatives comme l’accès à la propriété foncière ou aux services sociaux afin de rendre le pays attractif pour les travailleurs.

Les migrations entre le Mali et la Côte d’Ivoire

Notre réflexion ici s’attachera principalement à un cas de migration internationale : la migration transfrontalière entre le Mali et la Côte d’Ivoire.

Au-delà de ces considérations culturelles, on retiendra que les migrations internationales des populations maliennes ont pris une autre orientation. En premier lieu, elles étaient dirigées vers le Sénégal avant la Seconde Guerre mondiale, puis la Côte d’Ivoire.

Cette migration en masse, auparavant liée à la promotion de la culture de l’arachide pivot de l’économie, avait changé a profit de la Côte d’Ivoire.

Ainsi, face à la faiblesse de l’économie nationale, au caractère dualiste du système productif qui superpose une agriculture de subsistance à une agriculture de rente, le tout ajouté aux méthodes rudimentaires et au manque de professionnalisme des acteurs locaux, la migration devenait une solution palliative.

Le secteur agricole, en butte aux exigences d’une économie libérale, voit les bras valides prendre le chemin des centres urbains et déserter les campagnes.

L’exode rural renforce de fait le déficit agricole en terre malienne, pendant que les jeunes négocient entre migrations saisonnières plus rentables en direction de la Côte d’Ivoire et appréhension de l’avenir s’ils demeuraient au Mali.

En jetant un regard rétrospectif sur l’émigration malienne en Côte d’Ivoire, on s’aperçoit que le processus s’est ancré sur des fondements économiques majeurs.

Un grand nombre de migrants sont en effet à la recherche d’un meilleur avenir, ce qui leur est difficilement accessible vu le chômage structurel et une mobilité ascendante limitée dans leur pays d’origine.

« un meilleur salaire ou la possibilité d’envoyer de l’argent à mon foyer »

Contrairement à la croyance répandue, ces migrants économiques ne sont pas originaires des pays les plus pauvres et ne migrent pas principalement vers les pays « plus riches » en Europe.

Les migrants interviennent dans la vie socio-économique de leurs pays d’origine en y réinvestissant ou transférant une bonne partie du pécule gagné à l’étranger.

Les principaux facteurs des migrations

Plusieurs études menées par des organisations internationales comme l’OCDE et l’ONU identifient principalement trois facteurs à l’origine de l’émigration en Afrique de l’Ouest.

Le premier est d’origine socio-économique.

Quant aux deux autres facteurs déterminants qui peuvent mener à l’émigration, il s’agit de l’insécurité et des problèmes environnementaux.

Précisons que les personnes fuyant les conflits ou les persécutions politiques ont tendance à se réfugier dans les pays limitrophes.

Ces mouvements significatifs de population sont le résultat de multiples facteurs, tels que les risques de conflit, les effets du changement climatique, les évolutions socio-économiques dans les pays d’origine, d’accueil et de transit ainsi que les politiques migratoires des États, qui exercent une influence conjuguée sur les dynamiques migratoires.

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale font face à certains des plus grands défis mondiaux - le changement climatique et la désertification, la croissance effrénée de la population, notamment parmi les jeunes, les déplacements provoqués par les conflits.

Outre une gouvernance autoritaire, la perte d’emplois due à un manque de protection des ressources naturelles d’un pays est un autre facteur important dans cette région.

On estime que la pêche illicite, non réglementée et non déclarée (INN) coûte environ 0,26 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux pays de la région. Cela se traduit par la perte d’environ 30 000 moyens de subsistance, tout en faisant basculer 140 000 autres personnes dans la pauvreté.

Compte tenu des facteurs d’incitation actuels que sont la gouvernance irresponsable et les possibilités d’emploi limitées face à l’augmentation de la population jeune, les enquêtes Afrobaromètre indiquent que près de la moitié des Africains ont envisagé d’émigrer, ce qui représente une augmentation significative par rapport à la proportion enregistrée en 2016/2018.

La population de l’Afrique devant augmenter de 70 % d’ici à 2050, pour atteindre 2,4 milliards de personnes, on peut s’attendre à ce que cette pression migratoire se poursuive, modifiant les dynamiques de la sécurité, de l’économie et de la gouvernance dans chaque sous-région.

Une histoire marquée par l’ouverture et les tensions

En Afrique de l’Ouest, la question des migrations a longtemps été considérée comme un phénomène positif historiquement ancré, ne nécessitant peu ou pas d’action étatique.

Dès sa fondation, la CEDEAO érige la libre circulation en un de ses principes fondateurs. Elle souhaite « pallier les effets disruptifs de la création arbitraire de ses frontières » et définit les migrations comme un phénomène positif permettant d’enrayer chômage et pauvreté.

Ces protocoles ne font toutefois que consacrer des flux migratoires déjà existants en opérant une « légitimation par le haut des migrations intrarégionales ».

Néanmoins, les pays de la sous-région ont progressivement pris conscience de l’importance de porter attention aux flux migratoires.

En 2017, le président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, identifiait les migrations comme « l’un des trois défis majeurs qui auront un impact important sur l’avenir de notre planète et sur les relations entre l’Europe et l’Afrique ».

Cependant, à partir des années 1990, l’instrumentalisation du concept d’« ivoirité », couplé à une crise économique, mène à l’émergence d’un discours hostile envers les étrangers et l’instauration de mesures restrictives en matière d’immigration.

Ces mesures reviennent ainsi sur les politiques libérales des décennies précédentes, mettant en cause « les droits précédemment acquis ».

En 1990, l’État ivoirien entreprend l’identification des étrangers et instaure une carte de séjour pour une période de plus de trois mois.

Depuis 2002, dans un contexte de résolution de la crise socio-politique et avec la volonté « d’être à nouveau un pôle attractif de la sous-région », la Côte d’Ivoire impulse une nouvelle vague de mesures de libéralisation en matière d’immigration, amendant certaines lois promulguées lors de la décennie 1990.

Les crises politiques et les retours forcés

Cependant, suite à la crise politico-militaire de 2002 en Côte d’Ivoire, plusieurs de ces migrants ont décidé de retourner dans leur pays, par le biais d’un programme de rapatriement volontaire.

Des sous-préfectures comme Sikasso, Kadiolo, Kolondieba, Bougouni, Yanfolila, etc., et la ville de Bamako ont été alors prises d’assaut par des milliers de rapatriés maliens et de réfugiés de diverses nationalités, ivoiriens, guinéens, burkinabés et, dans une moindre mesure, sénégalais et mauritaniens, pour servir de nouvelles terres d’asile.

Avec le concours de l’État malien et des organisations caritatives, du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) et des populations locales, le rapatriement a été organisé et des cars réquisitionnés pour aider les victimes de cette crise à rejoindre le Mali.

Fin novembre 2002, plus de 2000 Maliens avaient pu rejoindre leurs régions d’origine sur 10’000 volontaires inscrits.

Dans le sud du Mali, zone agricole et minière par excellence, une vague de migrants allochtones s’est alors ajoutée aux populations et résidents locaux, occasionnant une explosion démographique qui s’est répercutée sur la gestion des ressources naturelles, l’emploi, l’éducation et la santé.

À partir des années 2000, alors que la Côte d’Ivoire est encore peu touchée par le phénomène d’émigration, les crises post-électorales de 2002 et 2010-2011 poussent des milliers d’Ivoiriens à quitter leur pays.

Les Ivoiriens fuyant les violences électorales se réfugient surtout dans les pays limitrophes, un scénario qui s’est reproduit en octobre 2020, lorsque 8 000 Ivoiriens, se sont réfugiés au Liberia, au Ghana et au Togo.

La migration massive, comme dans le cas du rapatriement des Maliens de Côte d’Ivoire, peut être perçue comme une crise en ce sens qu’une fois retournés au pays, les migrants de retour doivent interagir sur les ressources locales pour assurer leur réinsertion.

Il peut alors se développer de nouvelles situations contradictoires entre ceux qui sont demeurés et ceux qui reviennent.

La Côte d’Ivoire face au double enjeu de l’immigration et de l’émigration

Désormais, la croissance économique de la Côte d’Ivoire a permis à de nombreux Ivoiriens de supporter les coûts du périple migratoire vers l’Europe, à la recherche de meilleures perspectives d’emplois et de vie.

La Côte d’Ivoire fait donc face à un double enjeu : l’immigration et l’émigration.

Pourtant, le pays ne possède pas de politique migratoire globale et les acteurs en charge de la gestion migratoire sont fragmentés entre six ministères différents.

Plus précisément, le volet émigration a suscité un intérêt moindre et plus tardif de la part du gouvernement ivoirien que celui de l’immigration.

Néanmoins, le pays a créé une Direction générale des Ivoiriens de l’extérieur dont l’objectif est « l’assistance aux Ivoiriens qui vivent à l’étranger en encourageant et en coordonnant les initiatives visant leur regroupement » et « la promotion de leurs intérêts et leur protection ».

Afin de favoriser les retours de ses émigrants, la Côte d’Ivoire a également lancé des mesures incitatives comme l’octroi d’argent liquide et un accompagnement administratif.

De 2016 à 2019, le ministère de l’Intégration africaine et des Ivoiriens de l’extérieur a rapatrié plus de 5 000 personnes, principalement de Libye, mais aussi du Gabon et d’Angola avec la participation de l’OIM.

Cependant, d’après une enquête menée en 2017 par l’OCDE et le Centre Ivoirien de recherche économique et sociale, près d’un migrant de retour sur trois envisage d’émigrer à nouveau l’année suivante.

En effet, ils se heurtent toujours aux mêmes causes, le plus souvent d’ordre professionnel et financier, les poussant à quitter le pays.

Les flux régionaux et la pression sur les centres économiques

Le Mali et le Burkina Faso, pays enclavés, sont quant à eux d’importantes terres d’émigration.

Près de 10 % de la population burkinabè et 7,6 % des Maliens vivent en dehors de leur pays d’origine.

Enfin, d’autres États servent de zone de transit. C’est le cas du Niger, devenu un important pivot pour les migrants souhaitant gagner la Libye, l’Algérie ou l’Europe.

Le Sénégal, quant à lui, est à la fois une source importante d’immigrants, d’émigrants et un point de transit.

La détérioration de la situation sécuritaire au Sahel commence à engendrer d’importants mouvements de populations vers les régions du nord de la Côte d’Ivoire.

Ces flux risquent de fragiliser la résilience de communautés déjà vulnérables et de compromettre les accomplissements de la Côte d’Ivoire en matière de développement durable.

À l’aune des nouvelles tendances de la mobilité, l’OIM en Côte d’Ivoire a souhaité actualiser sa stratégie pays, dont les maîtres-mots sont la résilience, la mobilité et la gouvernance.

La Côte d’Ivoire, par exemple, accueille plus de 8 millions de migrants en provenance du Burkina Faso, 402 000 en provenance du Mali et 112 000 en provenance de la Guinée.

La différence entre ces données et les estimations de 2,6 millions de migrants recensés en Côte d’Ivoire s’explique par des périmètres statistiques et des périodes de mesure différents.

La baisse des départs irréguliers hors d’Afrique

La forte restriction des migrations irrégulières hors du continent, combinée à l'escalade des facteurs d'incitation, continuera à façonner les priorités en matière de gouvernance et de sécurité en Afrique et soulignera la nécessité d'une plus grande innovation régionale pour faire face aux mouvements de population intracontinentaux.

Les restrictions accrues imposées aux passages frontaliers intercontinentaux vers l’Europe et la péninsule arabique au cours de l’année écoulée ont entraîné une baisse spectaculaire de la migration irrégulière africaine hors du continent.

Les 146 000 interceptions d’Africains en situation irrégulière qui ont atteint l’Europe et les pays du Golfe en 2024 représentent environ la moitié des 282 000 interceptions enregistrées en 2023.

La forte baisse de la migration irrégulière africaine vers l’Europe reflète l’intensification des efforts d’interdiction financés par l’Union européenne en Afrique du Nord, Libye, Tunisie, Maroc et Égypte, et en Afrique de l’Ouest, Sénégal et Mauritanie.

Les trois quarts de ces décès sont dus à des tentatives de traversée maritime vers l’Europe via la Méditerranée et l’Atlantique.

Les interceptions en Afrique du Nord et en Afrique de l’Ouest ont contribué à une baisse de 70 % des interceptions européennes de migrants africains, jusqu’à 33 500 personnes, le long de la route de la Méditerranée centrale, principalement via la Libye et la Tunisie.

La route de la Méditerranée centrale a toujours été la route migratoire irrégulière la plus fréquentée par les ressortissants africains cherchant à gagner l’Europe.

Avec 36 000 migrants africains interceptés en 2024, la route de l’Atlantique est devenue le passage irrégulier le plus emprunté entre l’Afrique et l’Europe.

Le Mali était le premier pays d’origine de la migration irrégulière vers l’Europe en 2024, avec un total d’environ 16 500 personnes.

En 2023, la Guinée était en tête de liste avec environ 21 700 personnes.

Ces deux cas reflètent la répression croissante et la diminution des moyens de subsistance dans ces pays sous l’égide des juntes militaires ayant pris le pouvoir à la suite de coups d’État.

Les conséquences économiques et sociales des politiques restrictives

Dans les années 2000, certaines études ont noté un changement de stratégie de la CEDEAO et une influence de la politique migratoire européenne : dans son Approche commune sur la Migration de 2008, elle privilégie entre autres « le contrôle et la restriction des migrations interrégionales, et particulièrement vers l’Europe, au détriment de la consolidation de la liberté de circulation intrarégionale », menant au renforcement des contrôles aux frontières internes de l’espace ouest-africain.

Si les différents protocoles de la CEDEAO ont en partie favorisé les migrations au sein de la sous-région, l’absence de mécanismes de régulation juridiquement contraignants et de sanctions mène à une mise en œuvre seulement partielle de l’harmonisation entre la législation régionale et les législations nationales.

L’ambition de la CEDEAO d’établir une zone de libre-circulation se heurte en effet à la volonté de ses États membres, dépendant de leur contexte national respectif.

Des mesures visant à restreindre les flux migratoires ont été néanmoins mises en œuvre par les pays de la CEDEAO, reflétant dans certains cas un contexte politique et économique défavorable à l’arrivée de nouveaux migrants comme en Côte d’Ivoire, ou une pression subie par des partenaires internationaux comme au Niger.

Pourtant, si ces restrictions ont permis de limiter en partie le nombre de migrants qui s’installent et transitent sur leur territoire, elles ne permettent pas un meilleur encadrement du phénomène des migrations dans la sous-région.

Le plus souvent, les migrants empruntent de nouvelles routes migratoires, parfois plus dangereuses, vers des pays dont la législation est moins contraignante.

Les restrictions de circulation peuvent également fragiliser les économies locales qui dépendent des activités liées au passage, au commerce et aux services destinés aux travailleurs migrants.

Les droits et le bien-être des migrants

La protection des migrants est une valeur fondamentale de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Dans le monde, mais en particulier dans la région du Sahel, les abus perpétrés contre les migrants ont augmenté avec la multiplication des routes migratoires.

Les déplacements massifs de population sont aussi liés aux conflits et à un environnement instable.

En outre, on peut noter que 46,7 % des migrants en Afrique de l’Ouest sont des femmes exposées à des risques spécifiques comme le harcèlement et l’exploitation sexuelle.

En 2015, la CEDEAO a tenu à souligner la question du genre à travers un plan d’action « Genre et migration ».

Lorsqu’ils résident en Côte d’Ivoire et payent leurs cotisations, les migrants tout comme les nationaux sont éligibles au régime général de base de la Couverture Maladie Universelle.

Les droits des migrants aux services sociaux de base tels que la santé, l'éducation et la sécurité sociale constituent un élément important de la gouvernance migratoire.

Ils décrivent également les droits des migrants au regroupement familial, au travail, à la résidence et à la citoyenneté.

Les indicateurs de cette catégorie indiquent dans quelle mesure les migrants ont accès à certains services sociaux tels que la santé, l’éducation et la sécurité sociale.

La gouvernance des migrations

En 2015, l'OIM a élaboré le cadre de gouvernance des migrations (MiGOF) pour aider les pays à définir ce à quoi une « politique de migration bien gérée » pourrait ressembler au niveau national.

Le MiGOF a été accueilli par les États membres de l'OIM la même année.

Les indicateurs de gouvernance des migrations (IGM) sont un outil fondé sur des contributions de politique générale, qui donne une idée des moyens d’action que les pays peuvent mobiliser pour renforcer leur gouvernance des migrations.

Le but des IGM n’est pas tant d’établir un classement des pays sur la base de leur formulation et de leur mise en œuvre de politiques de migration, mais plutôt de servir de cadre pour les aider à déterminer si celles-ci couvrent tous les aspects de la question, et à identifier les lacunes et les domaines susceptibles d’être renforcés.

Une approche associant l’ensemble du gouvernement

Les indicateurs dans ce domaine évaluent les cadres institutionnels, juridiques et réglementaires des pays en matière de politiques migratoires.

Il passe également en revue l'existence de stratégies nationales de migration en phase avec le développement, ainsi que la transparence institutionnelle et la cohérence en matière de gestion des migrations.

Ce domaine étudie la mesure dans laquelle les gouvernements collectent et utilisent les données de migration.

Les indicateurs de cette catégorie évaluent les cadres institutionnels des villes en matière de migration.

Les partenariats régionaux et internationaux

Ce domaine met l'accent sur les efforts déployés par les pays pour coopérer sur les questions liées à la migration avec d'autres États et avec les acteurs non gouvernementaux concernés, y compris les organisations de la société civile et le secteur privé.

La coopération peut conduire à des améliorations de la gouvernance en alignant et en élevant les normes, en renforçant le dialogue et en fournissant des structures pour surmonter les défis.

Afin de garantir la sécurité des personnes sur les routes migratoires, si celles-ci n’ont pas de solutions légales pour émigrer ou rentrer dans leur pays, l’OIM, en association avec les états membres africains et l’Union européenne, a lancé, en décembre 2016, l’Initiative conjointe UE-OIM pour la protection et la réintégration des migrants afin d’apporter une aide d’urgence aux migrants bloqués dans leurs déplacements.

Le bien-être socio-économique et les retours

Ce domaine comprend des indicateurs sur les politiques nationales de gestion du bien-être socioéconomique des migrants, à travers des aspects tels que la reconnaissance des qualifications scolaires et professionnelles des migrants, les dispositions régissant la migration des étudiants et l’existence d’accords bilatéraux entre pays.

Les indicateurs se concentrent également sur les politiques et stratégies liées à l'engagement de la diaspora et aux envois de fonds des migrants.

Les indicateurs de cette catégorie évaluent les initiatives des villes en matière de mobilité des étudiants internationaux, d’accès au marché du travail et de conditions de travail décentes pour les travailleurs migrants.

La mobilité en période de crise

Ce domaine étudie le type et le niveau de préparation des pays lorsqu'ils sont confrontés à des aspects des crises liés à la mobilité et causés par des catastrophes, l'environnement et / ou des conflits.

Les questions sont utilisées pour identifier les processus en place pour les ressortissants et les non-nationaux pendant et après les catastrophes, y compris si l'aide humanitaire est également disponible pour les migrants comme pour les citoyens.

Les indicateurs de cette catégorie examinent le type et le niveau de préparation des villes face aux aspects des crises relatifs à la mobilité.

Des migrations sûres, ordonnées et régulières

Ce domaine analyse l'approche des pays en matière de contrôle des frontières et d'application des critères d'admission des migrants, la préparation et la résilience en cas de flux migratoires importants et inattendus, ainsi que la lutte contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants.

Cette stratégie doit aussi garantir la mobilité des communautés transfrontalières, qui pose des problèmes de gestion aux frontières en l’absence de systèmes de contrôle d’identité efficaces et du fait des capacités limitées de surveillance et de contrôle dans une région où les frontières sont longues et poreuses.

Les femmes, les jeunes et les populations vulnérables

Les femmes représentent 46,7 % des migrants en Afrique de l’Ouest et sont exposées à des risques spécifiques comme le harcèlement et l’exploitation sexuelle.

L’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale comptent environ 500 millions d’habitants, dont la moitié a moins de 15 ans.

Dans une région où les jeunes représentent les trois quarts de la population et où certains pays affichent un taux de chômage des jeunes de 50 %, la SADC encourage la libre circulation de la main-d’œuvre entre ses 16 membres, à l’instar de la CEDEAO ou de la CAE.

La pression démographique, le chômage structurel et la faiblesse des possibilités de mobilité ascendante renforcent la probabilité de départs saisonniers, circulaires ou définitifs.

La mobilité peut toutefois constituer une stratégie de survie, une source de revenus pour les familles et un moyen de diversification des activités rurales.

Les migrations, le développement local et la réinsertion

Arowolo part d’un postulat programmatif pour la réintégration sociale et économique de toutes les catégories de migrants retournant dans leur pays d’origine, alors que l’approche de De Hann se focalise sur la contribution de la migration comme facteur qui réduit la pauvreté.

Selon lui, les politiques ont tendance à ignorer l’apport de la migration dans le jeu économique local et national.

La migration peut soutenir les ménages grâce aux transferts d’argent, mais elle peut également créer une dépendance lorsqu’elle ne s’accompagne pas d’investissements productifs, d’un accès à l’emploi et d’une protection sociale suffisante.

Une migration massive, comme dans le cas du rapatriement des Maliens de Côte d’Ivoire, peut être perçue comme une crise en ce sens qu’une fois retournés au pays, les migrants de retour doivent interagir sur les ressources locales pour assurer leur réinsertion.

Le retour de populations nombreuses exerce une pression sur la gestion des ressources naturelles, l’emploi, l’éducation et la santé.

Le principal défi consiste donc à transformer les migrations en facteur de développement tout en réduisant les risques de précarité, d’exploitation et de réémigration contrainte.

Les pistes d’action pour la Côte d’Ivoire et la sous-région

De plus en plus de migrants changent de point de vue sur l’immigration - en particulier l’immigration illégale -, voulant essayer de s’en sortir dans leurs pays plutôt que de prendre des risques inutiles en allant à l’étranger.

La diminution des possibilités de migration hors du continent souligne l’importance des innovations politiques qui permettent de faire coïncider au mieux les travailleurs et les emplois.

Un plan de la Banque africaine de développement et de la Banque mondiale, baptisé « Mission 300 », vise à éclairer les foyers de 300 millions de personnes actuellement privées d’électricité d’ici à 2030.

Cela pourrait stimuler la création d’emplois sur le continent tout en atténuant un facteur de répulsion clé dans les zones rurales.

Le Ghana est devenu le cinquième pays à s‘engager à offrir un accès sans visa à tous les Africains, un pas en avant vers l’objectif de l’Union africaine de libre circulation pour tous les Africains.

L’Union européenne élargit les possibilités de visas de travail en faisant correspondre les compétences et les besoins entre ses États membres et divers pays d’origine, y compris de pays d’Afrique.

L’Allemagne a conclu des accords de migration avec de nombreux pays, dont le Kenya, le Maroc et le Nigeria, afin de mettre davantage de visas de travail à la disposition des travailleurs qualifiés, des chauffeurs de bus aux médecins, pour aider à combler la pénurie annuelle de main-d’œuvre de l’Allemagne, estimée à 288 000 travailleurs en raison du vieillissement de la population.

De tels arrangements peuvent contribuer à augmenter les envois de fonds et à fournir une expérience professionnelle qui peut être relayée dans le pays d’origine.

La Côte d’Ivoire doit également renforcer la coordination entre les six ministères concernés par les migrations, améliorer la collecte des données, consolider la protection des migrants et mieux articuler les politiques d’immigration, d’émigration, de retour et de réintégration.

La coopération régionale demeure indispensable pour préserver la libre circulation, lutter contre la traite des êtres humains et le trafic de migrants, sécuriser les frontières et garantir l’accès aux services essentiels.

Un cadre de gestion des migrations qui apportant des solutions pratiques, humaines et respectueuses des droits est nécessaire.

Migration, Environnement et Changement Climatique en Afrique de l’Ouest et du Centre

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