École religieuse ouverte aux émigrés français : accueil, intégration et parcours scolaire

Après leur arrivée en France, certains jeunes émigrés trouvent dans une école religieuse un cadre scolaire, humain et éducatif qui facilite leur intégration. L’accueil ne se limite pas à la transmission des connaissances : il permet aussi de retrouver des repères, d’apprendre le français, de nouer des relations et de préparer l’obtention d’un diplôme.

Mustafa, Rodrigue et Salah ont tous les trois été accueillis dans l'Enseignement catholique après leur arrivée en France. Une chance pour ces jeunes de s'intégrer et d'obtenir un diplôme mais pas seulement.

«Quand un jeune arrive dans une classe, cela booste l'ensemble de la classe car ils sont vraiment très très motivés», témoigne Isabelle Tissier, directrice adjointe du lycée Saint-Félix-La Salle à Nantes.

Pourquoi ouvrir les écoles religieuses aux jeunes émigrés ?

C'est également ce que soulignait Louis-Marie Piron, secrétaire général du Comité européen pour l'Enseignement catholique (CEEC), intervenant lors du webinaire :

«Cet accueil est très utile, voire indispensable, pour ces jeunes migrants en termes d’intégration et d’apprentissage. Nous leur devons au titre de l’application de la Charte sociale européenne, et également au nom du respect de leur dignité.

Cet accueil est aussi utile, voire nécessaire, pour nos établissements et pour nos élèves. Il leur apporte une ouverture à l’autre différent et il leur apprend à vivre cette ouverture sans crainte.

L’intégration repose ainsi sur une double dynamique. Les jeunes nouvellement arrivés bénéficient d’un accompagnement scolaire et social, tandis que les élèves déjà présents découvrent d’autres parcours, d’autres cultures et d’autres expériences de vie.

Le rôle de l’établissement ne consiste donc pas seulement à accueillir un élève supplémentaire. Il s’agit de créer une communauté capable de faire une place à chacun, de reconnaître les différences et de permettre à tous de progresser ensemble.

Une communauté scolaire fondée sur l’inclusion

Autre retour d’expérience partagé lors de ce webinaire suivi par 45 participants de différents pays : celui d’Anne Munro, qui dirige un établissement catholique dans le secondaire près de Glasgow, en Écosse.

Elle y accueille depuis plusieurs années de jeunes élèves ukrainiens, ghanéens, philippins… en travaillant particulièrement la notion de communauté.

Emanuella Victor-Asia, jeune Nigérianne scolarisée dans son établissement, a témoigné de l’accueil qu’elle a reçu.

Celui-ci a « profondément façonné ma perspective sur la diversité, l'inclusion et le pouvoir de la communauté, a-t-elle insisté.

La communauté scolaire s'est surpassée pour que je me sente la bienvenue. Les enseignants ont pris le temps de comprendre mon parcours et m'ont encouragée à partager ma culture avec mes camarades de classe.

Ce n'était pas seulement une reconnaissance de mes différences.

Élèves migrants dans une classe catholique

L’exemple de l’accueil des réfugiés en Autriche

En Autriche, une autre cheffe d’établissement de l’enseignement catholique a expliqué comment son pays accueillait les jeunes amenés par les différentes vagues migratoires.

Après avoir scolarisé de nombreux migrants venus du Moyen Orient depuis 2015, l’Autriche voit arriver depuis 2022 de jeunes réfugiés ukrainiens.

Nombre d’entre eux sont scolarisés gratuitement dans le réseau catholique et bénéficient d’un parcours administratif allégé grâce à une bonne collaboration avec l’État et les autorités religieuses.

Pour permettre leur intégration, l’École catholique autrichienne mise beaucoup sur la médiation et l’apprentissage par les pairs, impose l’allemand en 2de langue, réalise un important travail avec les parents.

DispositifObjectif
Scolarisation gratuiteFaciliter l’accès à l’école
Parcours administratif allégéSimplifier l’arrivée dans le système scolaire
MédiationFavoriser la compréhension entre les élèves et les familles
Apprentissage par les pairsRenforcer l’intégration au sein du groupe
Allemand en 2de langueFaciliter l’apprentissage de la langue du pays
Travail avec les parentsAssocier les familles au parcours éducatif

Une école temporaire pour les enfants migrants récemment arrivés

A l’occasion de la journée mondiale des réfugiés, reportage à Ivry-sur-Seine dans la seule école qui se trouve à l’intérieur-même d’un centre d’hébergement d’urgence qui accueille 439 personnes.

Un établissement qui s’adresse à des enfants migrants dont les familles viennent d’arriver en France.

Ils sont principalement Afghans, Soudanais, Irakiens… Certains ont déjà été scolarisés dans leurs pays mais d’autres n’ont jamais connu le milieu scolaire comme Shahan, 9 ans.

Sa famille afghane est arrivée il y a huit mois au centre (la durée moyenne est de deux mois).

Shahan est l’un des meilleurs de sa classe : il commence à maîtriser le français, parle aussi quelques bribes d’italien, souvenir de son parcours migratoire, et rêve de devenir "professeur d’ordinateur".

Les 45 élèves actuellement scolarisés auraient pu aller en classe adaptée dans une école ordinaire puisque l’école est obligatoire en France.

L’idée de cette école dans le centre, gérée par l’Education nationale, est de les prendre en charge le plus vite possible, sans attendre que des places se libèrent dans des écoles d’Ivry ou des communes alentours.

Les premiers apprentissages

Au programme : leçon de français bien sûr, apprentissage des bases de l’école, le règlement, les horaires, etc…

Autre objectif : occuper des enfants traumatisés souvent par ce qu’ils ont vécu.

C’est le but de l’atelier organisé par l’Unicef ce jour-là : dix enfants ont le champ libre pour prendre des photos dans le centre ou peindre un tableau.

Une seule consigne : répondre à la question "quelle est votre école idéale ?"

Les œuvres seront exposées en septembre.

Karen a dessiné de petits motifs géométriques et « surtout beaucoup de couleurs » glisse-t-elle satisfaite de son œuvre.

Karen a 14 ans, elle est Copte d’Egypte, arrivée il y a cinq mois avec sa mère qui a été enlevée, violentée puis relâchée :

A six ans, j'ai été dans une école copte à Alexandrie. L'école que j'aime c'est ici, pas là-bas...

En Egypte, les professeurs nous tapent. Si on ne fait pas nos devoirs ou si on se tient mal, ils nous frappent avec une grande règle.

Shoukayra, 18 ans, a fui les Talibans en Afghanistan.

Elle a dessiné deux tableaux, très différents au cours de la semaine d’atelier :

Dans mon premier tableau, j'ai dessiné une femme en burqa, c'est l'histoire des femmes afghanes qui ne peuvent pas s'exprimer, qui souffrent et ne sont pas libres...

Ensuite, j'ai peint une figure sans voile, sans bouche mais avec des yeux ouverts vers la vie.

Sans bouche, c'est parce que je me sens encore coincée ici car je ne parle pas bien français.

Selon Stéphane Paroux, le directeur, ils vont mettre six mois à un an pour apprendre les bases du français.

De l’établissement d’accueil à l’école ordinaire

Tout comme Bruno Morel, le directeur général d’Emmaüs Solidarité qui gère le centre, il s’interroge sur l’intérêt de dupliquer ailleurs cette école expérimentale.

Une nécessité disent-ils sur le parcours migratoire des enfants, car l’école leur permet de s’occuper et de se structurer à leur arrivée en France mais il faut vite ensuite les orienter vers des écoles ordinaires pour mieux les intégrer.

L’école d’Ivry-sur-Seine ouverte en février 2017 achève sa première année scolaire complète.

Cette organisation répond à une situation précise : des enfants arrivent dans un centre d’hébergement, parfois sans avoir été scolarisés auparavant, et doivent recevoir rapidement les premiers repères scolaires et linguistiques.

Le passage ultérieur vers une école ordinaire permet de poursuivre l’intégration dans un environnement plus large, au contact d’élèves vivant dans la commune ou dans les communes voisines.

Les écoles catholiques et l’apprentissage du français

L’intégration des émigrés français ne concerne pas uniquement les enfants et les adolescents. Elle touche également les adultes qui doivent apprendre le français pour travailler, accomplir leurs démarches et stabiliser leur situation.

L’école religieuse peut alors prendre la forme d’un accompagnement linguistique organisé dans un établissement ou dans un centre paroissial.

« Comment appelle-t-on le fait de recycler ? », interroge Claire, une ancienne professeure de Lettres bénévole au Secours Catholique.

« Le recyclage », tente Oksana, une réfugiée ukrainienne arrivée il y a trois ans sans connaître un mot de français.

« Tout à fait ! », félicite l’enseignante en notant sur le tableau la bonne réponse.

Les huit apprenants, réunis ce matin-là pour un cours de français destiné aux élèves confirmés, font de même sur leur cahier.

Du lundi au jeudi, une équipe d'une vingtaine de bénévoles du Secours Catholique anime des ateliers d’apprentissage du français langue étrangère (FLE) au premier étage du centre paroissial Saint-Pierre de Chaillot, situé dans le 16è arrondissement de Paris.

L'équipe organise aussi, une fois par semaine, un atelier de conversation convivial ouvert à tous durant lequel les participants discutent pendant une heure autour d'un thème choisi.

Cette année, 125 personnes, d’âge et de nationalité différents, se sont inscrites aux ateliers.

Réunis en petits groupes, les débutants découvrent le français tandis que les apprenants de niveau intermédiaire ou confirmé espèrent parfaire leur maîtrise de la langue à l’écrit et à l’oral.

Le français, l’autonomie et les démarches administratives

Cet accompagnement linguistique est d'autant plus important pour ces expatriés que la loi dite « Immigration », qui entrera en vigueur d'ici fin 2025, impose des niveaux de langue plus élevés aux personnes souhaitant demander ou renouveler un titre de séjour ou acquérir la nationalité française.

Avec l’aide des bénévoles du Secours Catholique, Sunny, un commis de cuisine originaire du Bangladesh, prépare le test du diplôme d’étude en langue française (DELF) de niveau B2, devenu obligatoire pour les demandes de naturalisation.

Jusqu’ici le diplôme de langue de niveau B1, que Sunny détient déjà, suffisait.

Le jeune homme de 35 ans, installé dans l'hexagone depuis plus de 10 ans, dit se sentir ici chez lui.

Oksana, qui vit en France depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine, souhaite, elle aussi, être naturalisée.

La jeune femme espère ainsi mettre fin à la situation précaire dans laquelle elle se trouve.

Renouveler son autorisation provisoire de séjour tous les six mois est une « grande source de stress », dit la vendeuse dans une grande galerie marchande parisienne, qui, comme plusieurs de ses camarades, aménage ses horaires de travail ou pose une journée de congés pour pouvoir assister à l'atelier de FLE.

« On a l’impression d’être constamment le nez dans les démarches administratives. Et si on n’oublie de prendre rendez-vous à la préfecture, on peut perdre son titre de séjour et donc se retrouver sans emploi. On ne peut pas avoir de stabilité et préparer l’avenir dans ces conditions ».

Les difficultés liées aux exigences linguistiques

En exigeant des niveaux de français « surélevés », la loi « Immigration » «va exclure beaucoup de monde, notamment les personnes qui ont été peu scolarisées », alerte Catherine, bénévole responsable de l’atelier linguistique, qui permet à des personnes présentes sur le sol français, depuis parfois plusieurs années, de « gagner en autonomie et sortir de la précarité ».

« Pour certains apprenants, qui se débrouillent très bien à l’oral, il leur faudra beaucoup de temps pour atteindre les niveaux en lecture et en écriture qui sont désormais exigés ».

C’est le cas de Nadia, une Marocaine de 64 ans qui vit en France depuis 21 ans.

L’an dernier, cette femme de ménage, qui parle très bien français, a décroché le DELF de niveau A2 - qui correspond au niveau d’un collégien en quatrième.

Pour être au point à l'examen, il lui a fallu suivre assidument les cours de français dispensés par le Secours Catholique pendant trois ans.

« C’était très dur de retenir toutes les règles de grammaire et de conjugaison, confie Nadia, qui a quitté l’école à l’âge de cinq ans. J’espère pouvoir encore progresser ».

Comment enseigner les langues aux enfants ? Mary nous explique tout et nous livre son expérience !

Frassati-International : une école catholique accueillant des élèves étrangers

Frassati-International est une école catholique pour garçons située dans les Vosges pour des élèves âgés de 12 à 20 ans.

Ces étudiants peuvent venir durant toute l'année, entre 1 et 12 mois se greffer aux classes françaises.

Une journée à Frassati commence avec un petit-déjeuner français typique !

Les cours ont lieu de 9h à 13h, du lundi au vendredi.

Les étudiants reçoivent 3h de cours de français langue étrangère et continuent avec 2h d'autres matières comme l'histoire, la géographie, la philosophie, l'histoire de l'art.

Élément du parcoursOrganisation
Public accueilliÉlèves âgés de 12 à 20 ans
Durée d’accueilEntre 1 et 12 mois
Horaires des coursDe 9h à 13h, du lundi au vendredi
Français langue étrangère3h de cours
Autres matières2h d'histoire, de géographie, de philosophie et d'histoire de l'art
ActivitésSport, détente et étude l'après-midi

Une immersion linguistique et culturelle

Différents voyages culturels sont organisés tout au long de l'année.

Chaque mois, les élèves visitent Paris ainsi que d'autres villes françaises et séjournent au sein de familles françaises 1 ou 2 week-end.

Fondés en 2007, le Collège et le Lycée accueillent chaque année plus de 150 élèves venant de toute la France.

Les élèves obtiennent tous les ans d’excellents résultats aux examens nationaux.

L’établissement a l’ambition de développer chez les élèves le goût pour le travail intellectuel, un esprit critique positif, ouvert au monde et aux autres, et la capacité à vivre avec les autres dans un climat d’amitié sincère.

L’établissement est accessible, tant aux enfants doués intellectuellement qu’à ceux qui ont moins de facilités.

Pour atteindre cet objectif, l’enseignement et le travail personnel sont individualisés et adaptés à chaque élève.

Les cours sont dispensés le matin.

Sport, détente et étude l'après-midi.

L'accès aux téléphones et les connexions internet sont limités dans l'enceinte de l'établissement, durant la semaine, pour écarter beaucoup de sollicitations factices.

C'est donc une vision optimiste et joyeuse qui anime le corps enseignant et les éducateurs : "la tristesse doit être bannie des cœurs catholiques".

Le cadre de vie et le projet éducatif

Pier Giorgio Frassati était un étudiant et alpiniste italien.

L'école se situe à Mandres-sur-Vair dans un cadre naturel empreint de beauté, loin de beaucoup de sollicitations factices.

Ce village français typique est à quelques kilomètres seulement de la ville de Vittel, connue mondialement pour son eau minérale.

La bâtisse se situe dans un cadre remarquable : parc et pièce d'eau.

Une famille désirant inscrire un enfant doit évidemment souscrire à ce projet éducatif.

L'enfant doit être volontaire.

En tant qu’école catholique, Frassati propose différentes activités spirituelles.

Ces activités n’ont pas de caractère obligatoire pour nos élèves internationaux mais sont des occasions renouvelées de progresser en français et d’interagir culturellement.

Conditions d’accueil et coût de la scolarité

Les étudiants peuvent venir durant toute l'année, entre 1 et 12 mois.

La scolarité s'élève à 2300 € par élève et par mois.

Elle comprend la prise en charge à l'aéroport, les cours, la vie à l'internat, la vie en famille le week-end, les sorties culturelles, les voyages à l'étranger, etc.).

ÉlémentInformation
LieuMandres-sur-Vair dans les Vosges
ÂgeDe 12 à 20 ans
DuréeEntre 1 et 12 mois
Tarif2300 € par élève et par mois
AccueilPrise en charge à l'aéroport
HébergementVie à l'internat et vie en famille le week-end
ActivitésSorties culturelles et voyages à l'étranger

La rénovation permettra de développer 300 m² de surface utile comprenant les chambres, les salles de bains et la cuisine, avec bien sûr les mises aux normes électriques et le chauffage, ainsi que des travaux de terrassement pour accéder au bâtiment.

Au rythme de croisière et selon les travaux envisagés et l'encadrement prévu, l'établissement pourra accueillir 15 élèves ce qui génèrera en année pleine des recettes de près de 400 K€.

Les remboursements annuels prévus sur 5 années s’élèveront à 84 K€.

La capacité d’autofinancement de 2020 permettra d’absorber la montée en puissance de l’activité.

La place de la religion dans l’accueil des émigrés

Accueillir un jeune émigré dans une école catholique ne signifie pas nécessairement lui imposer une appartenance religieuse.

Les activités spirituelles proposées aux élèves internationaux à Frassati n’ont pas de caractère obligatoire.

La question religieuse s’inscrit dans un contexte français marqué par la sécularisation et par la diversification des appartenances.

Le mouvement de sécularisation se poursuit en France, tandis que les populations issues de l’immigration présentent des affiliations religieuses diverses.

Coproduite par l’Ined et l’Insee, l’enquête Trajectoires et Origines 2 (TeO2), collectée en 2019‑2020, est une réédition de l’enquête TeO1 (2008‑2009).

Elle porte notamment sur la santé, la transmission des langues et de la religion.

L’enquête met en évidence la poursuite du mouvement de sécularisation.

La part des personnes qui se déclarent sans religion augmente, passant de 45 % à 53 % en dix ans.

En 2019‑2020, 8 % des catholiques fréquentent régulièrement leurs lieux de culte.

Les pratiques religieuses à domicile ou dans la vie quotidienne sont beaucoup plus fréquentes.

La religion peut également être liée à l’identité, à la transmission familiale et aux parcours migratoires.

Les descendants d’immigrés peuvent se revendiquer de la religion de leurs parents, mais ils peuvent aussi déclarer ne pas avoir de religion.

La socialisation religieuse et la religiosité à l’âge adulte dépendent notamment de la place occupée par la religion dans la famille dans laquelle la personne a grandi.

Dans une école religieuse ouverte aux émigrés, cette diversité implique de distinguer clairement le projet éducatif de l’établissement, les activités proposées et la liberté de conscience des élèves.

École catholique, laïcité et pluralité des convictions

On dit que la laïcité à la française est peu compréhensible ailleurs.

En France même, le mot recouvre au moins deux réalités distinctes : la laïcité proprement dite qui est la revendication de l’autonomie du pouvoir temporel face au spirituel ; ensuite le laïcisme, qui est une doctrine antireligieuse considérant toute transcendance comme une atteinte à la liberté de l’homme.

Depuis les Lumières et la Révolution Française le courant laïque joue de cette ambiguïté : il proclame qu’il admet toutes les religions mais il veille en fait à toutes les soumettre à lui.

Ce n’est pas l’autonomie du profane et du religieux qu’il cherche mais la soumission du religieux au profane.

Mais aujourd’hui, la décentralisation et l’Europe sont à l’ordre du jour, ce qui affaiblit les vieux Etats et, par le fait même, leur idéologie centralisatrice.

D’autre part, le laïcisme reposait sur le dogme positiviste du dépérissement irrémédiable dur religieux face à la montée de la science.

On sait ce qu’est devenu ce mythe, d’autant que le religieux, loin de disparaître, se transforme.

L’Islam pose des problèmes inédits et l’ignorance religieuse des jeunes Français est devenue telle que l’Etat a établi une initiation au fait religieux à l’école laïque.

La diversité des élèves accueillis dans les établissements religieux oblige donc à conjuguer identité éducative, respect des convictions et ouverture à l’autre.

Une histoire marquée par les migrations des religieux

L’ouverture internationale de certaines écoles religieuses s’inscrit dans une histoire plus ancienne, marquée par les déplacements de religieux français vers d’autres pays.

Le frère André Lanfrey, 60 ans, est né à Chambéry, Savoie, France.

Il est entré chez les Frères Maristes à 17 ans.

Il est docteur en histoire de l’université de Lyon devant laquelle il a soutenu la thèse : Sécularisation, Séparation et guerre scolaire. Les catholiques français et l’école (1901-1914) qui vient d’être publiée par les prestigieuses éditions du Cerf (Paris 2003).

En 1902 la congrégation a environ 1600 frères hors de France dont 600 français, et un peu plus de 4000 en France.

Depuis 20 ans la congrégation a fondé plus d’écoles hors de France (180) qu’en France (66).

C’est dire que 1903 ne fait qu’accélérer un mouvement de fond.

Cette année-là plus de 500 frères partent d’Europe, au moins autant se répartissent en Europe, notamment dans les maisons de formation en Italie (Grugliasco?), Espagne, Belgique.

Les années suivantes le mouvement continue de manière plus modeste.

Ces déplacements ont contribué à diffuser des modèles d’éducation religieuse dans différents pays et à renforcer les échanges entre établissements.

La transformation de l’enseignement catholique français

C’est à partir de 1886 surtout que s’établit une école catholique française puisque les sœurs et les frères n’ont plus le droit d’enseigner dans les écoles publiques.

Les derniers frères sortent de l’école publique en 1892.

Pour les sœurs le remplacement est plus long car l’Etat manque d’institutrices laïques.

C’est d’ailleurs à cette époque que les congrégations commencent à utiliser les services d’auxiliaires laïcs, dont le nombre augmentera brusquement avec la sécularisation, l’école catholique annexant à elle de nombreux professeurs et institutrices indépendants ou travaillant jusque là dans des écoles privées non confessionnelles.

Freiné de 1920 à 1965 par une reconstitution des congrégations, ce processus de laïcisation de l’enseignement catholique est aujourd’hui terminé : les sœurs, les frères et les prêtres ne sont plus qu’un tout petit pourcentage de l’enseignement catholique, et pas nécessairement aux postes de commande.

La formation religieuse s’améliore aussi : on établit les grands exercices de Saint Ignace et le second noviciat.

C’est grâce à ce personnel mieux formé et parfois plus motivé que l’institut parvient à s’établir solidement en de nombreux lieux du monde et à résister en France.

Cette histoire montre que l’école religieuse a toujours évolué au contact des transformations sociales, politiques et culturelles.

Les éléments à examiner avant une inscription

Une famille désirant inscrire un enfant doit évidemment souscrire à ce projet éducatif.

L’enfant doit être volontaire.

Les étudiants peuvent venir durant toute l'année, entre 1 et 12 mois.

Les familles peuvent également examiner la place accordée à l’apprentissage du français, l’organisation de l’internat, les activités culturelles, les échanges avec les familles françaises et les modalités d’accompagnement scolaire.

Pour un élève récemment arrivé, la maîtrise de la langue constitue une priorité.

Le rythme des cours, l’adaptation de l’enseignement et la possibilité de rejoindre ensuite une école ordinaire sont également des éléments importants du parcours.

Pour les adultes, les ateliers de français langue étrangère peuvent aider à progresser à l’écrit et à l’oral, à préparer le DELF et à gagner en autonomie dans les démarches administratives.

Pour les jeunes migrants, l’accueil dans une école religieuse peut ainsi associer formation scolaire, apprentissage linguistique, accompagnement humain, ouverture culturelle et participation à une communauté éducative.

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