Ferrero, Nestlé et les réfugiés syriens dans les plantations de noisettes en Turquie

En matière de production de noisettes, le nord de la Turquie est incontournable. La région abrite 600 000 fermes produisant ces fruits à coque, qui fournissent à elles seules 70 % de la production mondiale.

Pour les grands groupes agroalimentaires, impossible de ne pas se fournir là-bas. Problème : ces fermes exploiteraient un nombre grandissant de réfugiés syriens.

Les conditions de travail des employés, dont des enfants, seraient aussi dures que dangereuses, et leur salaire extrêmement bas, révèle une enquête du New York Times lundi 29 avril.

Récolte de noisettes en Turquie

Pourquoi la Turquie est essentielle à l’industrie de la confiserie

Le nord de la Turquie, le long de la Mer Noire, serait l’origine de 70% de la production mondiale de noisettes, destinée dans son immense majorité à l’industrie agroalimentaire.

Environ 70 % des noisettes produites dans le monde provenant du pays, « impossible de satisfaire la demande internationale sans acheter en Turquie », souligne le journal américain.

Une grande partie des noisettes turques se retrouvent dans des confiseries des grands noms de l’agroalimentaire, tel que Nestlé, Ferrero et Godiva.

Ferrero absorberait à lui seul le tiers des noisettes turques, dans des conditions économiques qui ont favorisé le recours au travail bon marché - notamment, de plus en plus, celui de réfugiés syriens.

Cette entreprise familiale - dirigée par Giovanni Ferrero, dont la fortune personnelle a été estimée à $22,3 milliards par Forbes - est un empire construit sur la noisette.

Un simple chiffre : Ferrero, fabricant du très célèbre Nutella, pèse à lui seul un tiers de la consommation mondiale de noisettes.

Les réfugiés syriens dans les fermes de noisettes

La Turquie est le pays qui accueille le plus grand nombre de réfugiés syriens. Plus de 3,3 millions de personnes y ont fui la guerre civile, d'après les données du Haut-Commissariat aux Réfugiés des Nations Unies.

Mais pour survivre, des milliers d'entre eux en sont réduits à effectuer des travaux pénibles, dangereux et sous-payés dans des fermes de noisettes, révèle une enquête du New York Times.

Aujourd’hui, un nombre croissant des saisonniers employés comme cueilleurs de noisettes sont des réfugiés syriens, une population particulièrement vulnérable.

Peu d’entre eux ont des permis de travail, de sorte qu’ils sont dépourvus de protection juridique.

Ne parvenant pas à décrocher un permis de travail du fait de leur statut de « protection temporaire », les réfugiés se dirigent donc vers l'agriculture, un des rares secteurs où un permis de travail n'est pas requis, explique le Times.

Ils sont ainsi « un nombre croissant » à être embauchés dans les milliers de fermes à noisettes dispersées sur la côte nord du pays.

Des conditions de travail dangereuses et précaires

Les cueilleurs de noisettes risquent de graves chutes depuis des lieux élevés.

Selon le quotidien américain, qui se fonde sur des témoignages directs, les familles travaillent sept jours sur sept à collecter les noisettes sur des pentes escarpées, 12 à 13 h par jour, pour un salaire journalier de 9 euros, avant racket par des intermédiaires.

Environ 200.000 réfugiés, dont des enfants, y seraient exploités dans de toutes petites exploitations d’environ 1,6 hectare chacune, en moyenne.

Mais « peu de consommateurs savent que derrière chacune de ces friandises se cache une culture réputée depuis longtemps pour ses dangers et ses difficultés, ainsi que pour la prévalence du travail des enfants, un fléau que le gouvernement tente de combattre depuis des années », pointe le New York Times.

Les réfugiés syriens se retrouvent « pris au piège » de cette industrie et sont victimes de mauvais traitement.

Qui aurait imaginé que consommer chocolat et noisettes revenait à cautionner le travail d’enfants et de réfugiés en Turquie ?

"Les fermes turques, les noisettes, et les réfugiés syriens"

Des revenus inférieurs au seuil de pauvreté

Ils perçoivent un salaire minimum (2.020 lires ou 300 euros par mois), mais cela ne suffit pas à maintenir une famille au-dessus du seuil de pauvreté du pays (6.543 lires turques ou 977 euros par mois pour une famille de quatre personnes).

Le salaire minimum, payé par la plupart des agriculteurs, ne suffit pas à maintenir une famille au-dessus du seuil de pauvreté.

Avec des salaires aussi bas, de nombreux réfugiés sont obligés de faire travailler leurs enfants à leurs côtés pour la récolte.

Les travailleurs réfugiés doivent également faire face à des intermédiaires non réglementés - appelés « dayibasi » - qui perçoivent au moins 10 % du salaire d'un travailleur, voire plus.

Dans certains cas, les intermédiaires accordent aux travailleurs des prêts entre les récoltes, ce qui se traduit par une forme de servitude sous contrat dans laquelle les travailleurs sont payés juste assez pour la nourriture et le logement.

Dans le pire des cas, les intermédiaires disparaissent avec les salaires qu'ils ont volés.

ÉlémentDonnée
Part de la production mondiale de noisettes fournie par la Turquie70 %
Nombre de fermes dans la région600 000
Salaire minimum évoqué2.020 lires ou 300 euros par mois
Seuil de pauvreté pour une famille de quatre personnes6.543 lires turques ou 977 euros par mois
Commission minimale des intermédiaires10 % du salaire d'un travailleur
Durée quotidienne de la récolte selon les témoignages12 à 13 h par jour
Superficie moyenne des exploitations évoquées1,6 hectare chacune

Une chaîne d’approvisionnement difficile à contrôler

Environ 600.000 structures indépendantes composent cette filière.

Mais superviser de manière exhaustive les exploitations de noisettes en Turquie est une entreprise d’une difficulté exceptionnelle, parce qu’elles sont très nombreuses et très indépendantes.

Elle est un minuscule rouage dans une filière complexe, avec de multiples niveaux, dont elle ne sait presque rien.

Elle ne connaît le nom d’aucun des acteurs du système, à part celui de son acheteur local, ni la destination finale de ses noisettes.

Sema Otkunc est une agricultrice de 70 ans qui a hérité sa petite exploitation de son père et continue à la cultiver par sens du devoir familial.

« Nous sommes à la merci du marché libre désormais, dit-elle. Les acheteurs disent ’Je donnerai ce prix’, et il n’y a rien que personne puisse faire. »

Les géants de la confiserie qui se trouvent au sommet de cette chaîne d’approvisionnement tendent à cacher leurs circuits d’achat sous un voile de secret, et aucun acheteur n’est plus opaque que Ferrero.

Le Code du travail en Turquie ne s'applique pas aux entreprises agricoles comptant moins de 50 employés, « de sorte qu'une grande partie de la surveillance de cette culture incombe aux entreprises de confiserie », écrit le journal.

Le Code du travail turc ne s’applique pas aux entreprises agricoles de moins de 50 employés, et la régulation de cette filière revient donc de fait aux entreprises agroalimentaires donneuses d’ordre.

« En six ans de suivi, nous n'avons jamais trouvé en Turquie une seule exploitation de noisettes dans laquelle toutes les normes de travail décent soient respectées », a déclaré au New York Times Richa Mittal, directrice de l'innovation et de la recherche de la Fair Labor Association.

Les enquêtes sur Nestlé et Ferrero

Une enquête réalisée en 2017 par la Fair Labor Association sur la chaîne d’approvisionnement en noisettes de Nestlé donne toutefois une idée des conditions qui y règnent.

Une enquête du New York Times révèle l’exploitation croissante des réfugiés syriens en Turquie, dans les fermes qui approvisionnent Ferrero, le fabricant du Nutella, mais aussi Nestlé.

« En Turquie, des réfugiés syriens exploités cueillent des noisettes pour Nestlé et Ferrero », 14 mai 2019 …Une enquête du New York Times révèle l’exploitation croissante des réfugiés syriens en Turquie, dans les fermes qui approvisionnent Ferrero, le fabricant du Nutella, mais aussi Nestlé……

Une enquête du New York Times révèle les conditions de travail déplorables dans les exploitations de noisettes qui concentrent 70% de la production mondiale.

Après les vagues de critiques quant à l’utilisation massive d’huile de palme, contribuant à la déforestation et à la destruction de l’écosystème de certaines espèces sauvages, les géants de l’agro-alimentaire sont de nouveau sous le feu des critiques.

La réaction de Ferrero

En réaction, Ferrero s’est exprimé sur le sujet, affirmant son attachement au respect des droits humains.

« Ferrero s’attache à fournir ses employés des conditions de travail sûres et décentes, a indiqué une porte-parole du groupe italien.

Ferrero déclare superviser un effort global pour interdire le travail des enfants et fixer des standards minimaux de rémunération et de sûreté.

Suite à cette enquête, le groupe Ferrero, fabricant du Nutella et en première ligne dans l’achat de ces noisettes, a réagi en affirmant être « déterminé à fournir à ses employés des conditions de travail sûres et décentes ».

Mais superviser de manière exhaustive les exploitations de noisettes en Turquie est une entreprise d’une difficulté exceptionnelle, parce qu’elles sont très nombreuses et très indépendantes.

Ferrero, une entreprise familiale devenue multinationale

Autrefois une petite confiserie dans la ville italienne d'Alba, Ferrero est devenu une multinationale fière d'être restée une entreprise familiale.

L'histoire du Groupe Ferrero est celle d'une famille piémontaise déterminée et de la réussite de trois générations successives.

A partir de 1946, les frères Pietro et Giovanni Ferrero ont commencé à travailler dans la petite pâtisserie familiale pour créer les produits qui allaient devenir l'image du nom Ferrero.

Pietro était le moteur en termes d'innovation et de créativité.

Par la suite, il a donné à son fils, Michele Ferrero, la plateforme permettant de lancer l'entreprise Ferrero telle qu'on la connait aujourd'hui.

Pietro était connu pour son amour de l'expérimentation : ses amis l'appelaient affectueusement "le scientifique" car il était toujours en quête de nouvelles saveurs et de nouvelles textures, avec l'envie de surprendre et ravir tous les palais de passage dans la pâtisserie familiale d'Alba, en Italie.

Son frère Giovanni était le génie commercial du duo.

Après la Deuxième Guerre Mondiale, la famille Ferrero est le premier confiseur à ouvrir des sites de production et des bureaux à l'étranger dans ce secteur, faisant de l'entreprise un véritable acteur mondial.

Son expansion internationale commence véritablement en 1956, avec l'ouverture d'une grande usine en Allemagne.

Peu de temps après, un second site international ouvre en France.

Le groupe connait ensuite une croissance très rapide.

La noisette au cœur de la naissance du Nutella

« Les traditions sont comme un arc. »

Tout a commencé directement après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.

Le chocolat était si cher que personne ne pouvait se permettre d'en acheter, du moins en Italie.

Nous avions notre propre formule pour le chocolat ; elle tirait ses racines des traditions d'Alba, connue entre autres pour la production des noisettes.

Notre idée était de proposer une nouvelle recette avec moins de cacao, en conservant les excellentes valeurs nutritives des noisettes.

Mon grand-père a consacré sa vie à la recherche de cette formule.

Il est enfin parvenu à élaborer une formule qu'il a simplement appelé Super Crême.

Ce qu'il y a de fascinant avec les entreprises familiales, c'est que 20 ans plus tard, son fils, mon père, a rejoint l'entreprise en disant " On peut encore améliorer ce produit : il existe de nouvelles technologies, de nouvelles manières d'exploiter cette recette qui a fait ses preuves ".

C'est alors qu'il a créé le Nutella, qui est né la même année que moi, en 1964.

Dans la famille, le Nutella est un peu comme mon petit frère !

La présence de Ferrero en France

L’arrivée de Ferrero en France se fera à la fin des années 1950.

L’entreprise rachète, transforme et modernise une ancienne usine textile à Villers-Ecalles, près de Rouen.

L’objectif : lancer la production de Mon Chéri en France.

Rapidement, une seconde étape accélère la croissance française : en 1961 commence la production de NUTELLA®.

Aujourd’hui, plus d'un quart de la production mondiale est réalisé en Normandie.

Quelques années plus tard, de nouvelles lignes de production sont ajoutées pour produire Kinder Bueno dont 2,5 millions de barres sont fabriquées chaque jour dans notre usine de Villers-Ecalles.

La croissance internationale et les acquisitions

Ferrero est passé d'un simple confiseur chocolatier à un des leaders du marché des produits d'épicerie sucrée.

Parallèlement à notre croissance organique, notre présence internationale ne cesse de s'étendre à mesure que nous intégrons de nouvelles catégories de produits et que notre empreinte se développe en Europe et aux Etats-Unis, grâce à des acquisitions stratégiques.

En outre, nous développons notre catalogue de marques bien établies, appreciées des consommateurs, ce qui nous permet de diversifier et de créer des opportunités de croissance passionnantes.

Le groupe Ferrero a annoncé l’acquisition de WK Kellogg Co, ajoutant à son offre un portefeuille emblématique de céréales pour le petit-déjeuner.

Le groupe Ferrero a annoncé l’acquisition de PowerCrunch, une marque américaine en forte croissance, connue pour ses snacks protéinés populaires, notamment ses barres gaufrettes et ses chips riches en protéines.

En 2023, le groupe Ferrero a annoncé l’acquisition de Fresystem, le leader du marché italien dans le secteur de la pâtisserie surgelée liée au « petit-déjeuner italien », dans le cadre de la stratégie de croissance de Ferrero sur le marché élargi de la pâtisserie sucrée surgelée.

La même année, Ferrero a également signé un accord avec Laurens Spethmann Holding AG & Co. KG (LSH) pour acquérir son site de production Medin, qui fabrique des barres de snacking à Faulbach, en Allemagne.

Les entreprises et marques affiliées

En plus des entreprises et des marques rachetées par le Groupe Ferrero, plusieurs acquisitions ont été réalisées ces dernières années par des entreprises affiliées à Ferrero* afin d'étendre notre présence dans diverses catégories comme les biscuits ou les collations aux fruits.

Cela a permis l'intégration de nombreuses marques iconiques à la famille internationale des produits Ferrero.

*Ces entreprises affiliées à Ferrero ne sont pas incluses dans les Etats Financiers Consolidés de Ferrero International S.A., la société mère du Groupe Ferrero.

« Seules les personnes qui disposent de connaissances approfondies, de relations authentiques, d'un sens des valeurs lié à leurs racines, pourront avancer dans le monde, sauront s'adapter à la mondialisation, sauront s'internationaliser.

  • Carambar & Co. produit et distribue des bonbons et chocolats emblématiques, appréciés depuis des générations par des consommateurs fidèles à travers l’Europe, notamment Carambar, Krema, Poulain, Lutti et Terry’s Chocolate.
  • Basée en France, avec des bureaux en Belgique et au Royaume-Uni, Carambar & Co.
  • Michel et Augustin commercialise des produits premium très appréciés, notamment des biscuits sucrés, des biscuits salés et des snacks.
  • Ces marques emblématiques sont principalement vendues en France ainsi que dans six autres marchés.
  • Les racines de Jelly Belly Candy Company remontent à sa fondation dans l'Illinois en 1896, et l'entreprise est toujours détenue et exploitée par les quatrième, cinquième et sixième générations de la famille de fabricants de bonbons Rowland.
  • Sa marque emblématique de bonbons Jelly Belly® est l'un des produits de confiserie les plus appréciés et les plus reconnaissables au monde depuis son lancement en 1976.
  • Dori Alimentos est l'un des principaux fabricants et distributeurs brésiliens de bonbons et de snacks.
  • Burton’s propose certaines des marques les plus appréciées du marché britannique des biscuits, notamment Maryland Cookies, Jammie Dodgers, Wagon Wheels, Paterson’s et Thomas Fudge’s.
  • Le Groupe Kelsen est connu dans le monde entier pour ses biscuits au beurre danois - notamment les marques iconiques Kjeldsens et Royal Dansk.
  • Kelsen est né en 1933 dans une petite boulangerie familiale du Jutland, au Danemark.
  • Ferrara est la première entreprise de confiseries non chocolatées aux Etats-Unis.

En janvier 2018, une offre spéciale à -70% sur le Nutella provoquait des émeutes dans certains supermarchés français : €1,41 pour un pot de 950g !

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