Le solde migratoire du Maroc : émigration, transit et relations avec l’Europe

Les migrations marocaines vers l'Europe sont l'un des exemples des systèmes migratoires qui fonctionnent à la surface de la planète, le plus souvent à une échelle régionale.

Le Maroc est aujourd'hui à la fois un pays d'émigration, un espace de transit et un partenaire central de la politique migratoire européenne. Sa position géographique, ses liens historiques avec l'Europe, les écarts de développement et la situation de son marché du travail expliquent l'importance de ses flux migratoires.

Un pays d’émigration marqué par un solde migratoire négatif

Sur 32 millions de Marocains, 10 % vivent aujourd'hui à l'étranger. Le taux d'émigration annuel est d'environ 3,77 pour mille habitants.

Trois à quatre millions de Marocain·e·s vivent à l’étranger, soit jusqu’à 12 % de la population totale.[4]

Ces chiffres varient selon les années, les méthodes de comptage et la définition retenue de la diaspora, mais ils montrent dans tous les cas l'ampleur de l'émigration marocaine. Le nombre de départs et l'importance de la population installée à l'étranger contribuent à expliquer pourquoi le solde migratoire du Maroc est généralement négatif.

Cette émigration trouve son origine dans une croissance démographique qui, si elle a sensiblement ralenti depuis 20 ans, reste élevée : +1 % par an.

Le Maroc est un pays intermédiaire, avec un IDH de 0,582 en 2011, ce qui le place nettement en dessous de la moyenne planétaire (0,682), au 130e rang mondial. Surtout, le classement marocain est plus mauvais encore quand on le rapporte aux inégalités : 0,409 pour l'IDH ajusté aux inégalités.

Le différentiel de développement est donc très marqué avec son voisin du nord : l'Union européenne.

Les facteurs qui expliquent les départs

Une forte proximité géographique avec l’Europe

Le pays est séparé du continent européen par le détroit de Gibraltar. Il est bordé par la mer Méditerranée au nord et de l'océan Atlantique à l'ouest.

L'Union européenne est, en effet, un foyer d'immigration majeur pour le Maroc. Avec les enclaves espagnoles de Ceuta et de Mellila au Maroc, la présence des îles espagnoles des Canaries à une centaine de kilomètres du littoral atlantique marocain, et du fait de l'étroitesse du détroit de Gibraltar (15 km), les phénomènes de proximité jouent à plein.

Les frontières avec les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, situées au bord de la Méditerranée ont une longueur totale d'environ 16 kilomètres.

Cette partie de la frontière externe de l’UE se caractérise par une fracture sociale massive : le revenu par habitant au nord de la frontière est dix fois plus élevé qu’au sud.

Carte du détroit de Gibraltar et des routes migratoires

Des liens historiques et culturels anciens

De plus, le passé colonial du Maroc le rapproche également de l'Europe : placé sous contrôle international par la conférence d'Algésiras, en 1906, le pays devient, en 1912, un protectorat espagnol (au nord et au sud) et français (au centre).

Le Maroc est devenu indépendant en 1956.

Il retrouve son indépendance en 1956, mais ses liens historiques et culturels avec l'Espagne et la France restent très forts.

Dans les années 1960 et au début des années 1970, des accords bilatéraux officiels de recrutement de main-d’œuvre existaient entre le Maroc et plusieurs pays d’Europe occidentale.

Après l’arrêt du recrutement en 1973, la plupart n’avaient plus d’autres choix que la réunification familiale, le mariage ou une vie en Europe sans papiers, sous la menace constante de l’expulsion.

Les inégalités sociales et territoriales

Au Maroc, les écarts de développement entre les régions en plein essor économique telles que Tanger, Rabat, Casablanca, El Jadida et Marrakech et les zones rurales isolées telles que les montagnes de l'Anti-Atlas ou la région du Rif, ne cesse de se creuser.

Si la pauvreté absolue (selon les critères de l'ONU) a diminué entre 2001 et 2014, les disparités entre les zones urbaines et rurales ainsi que les écarts de revenus entre les classes supérieures et inférieures demeurent.

Entre 2014 et 2019 , les revenus des personnes pauvres ont légèrement augmenté, mais ceux-ci sont retombés au niveau de 2014 pendant la période de la Covid.

La croissance de l’économie formelle a eu peu d’effet sur la proportion des emplois informels mal rémunérés.

La moitié des Marocain·e·s sont travailleur·euse·s « indépendant·e·s » et seul un tiers des travailleur·euse·s ont un emploi avec un contrat de travail.

Les périphéries du Maroc comprennent notamment les montagnes du Rif et le Sahara occidental, mais aussi la région de l’Atlas, où s’est produit le grand tremblement de terre de 2023.

Ces régions sont gravement désavantagées sur les plans politique, social et économique par le gouvernement central et se caractérisent par une pauvreté généralisée, un chômage chronique et un manque de services et d’infrastructures de base.

Ces problèmes sont aggravés par la répression persistante des droits politiques et le mépris des diverses identités culturelles.

La répartition de la diaspora marocaine

Ces liens expliquent que 85 % des Marocains qui résident à l'étranger habitent en Europe (chiffres variables selon les sources).

Pays d’accueilNombre de Marocains
France1,2 million
Espagne550 000
Italie380 000
Pays-Bas280 000
Allemagne130 000

84 % de ces personnes résident dans l’UE.

Loin derrière, avec 9 %, viennent les pays du Golfe Persique, dont les forts besoins en main d'œuvre drainent des travailleurs de tout le monde arabe, puis le continent américain, avec 6 %.

Depuis les années 1990, le Maroc - devant la Turquie - représente le plus grand nombre d’immigrant·e·s dans l’UE, avec une tendance fortement ascendante par rapport à l’émigration algérienne et tunisienne.

Une concentration régionale des départs

Enfin, les migrations marocaines ne sont pas équivalentes dans l'espace.

La région du Rif, au nord du pays, a fourni près du tiers de l'ensemble des émigrés.

On estime que 40 % de la population rifaine a quitté le pays pour l'Europe, surtout septentrionale (de la Belgique aux pays scandinaves).

Les montagnes du Rif constituent un microcosme des inégalités structurelles au Maroc.

Depuis des décennies, les communautés locales de ces régions subissent un manque d’accès à l’éducation, des soins de santé insuffisants et un chômage élevé.

L’agriculture de petite échelle autrefois dominante, basée sur l’autosubsistance, a perdu de son importance, à l’exception de la culture du haschisch.

Les principaux effets de l’émigration sur le Maroc

Les transferts d’argent de la diaspora

L'effet sur l'économie marocaine est positif, même s'il n'est pas univoque.

Les remises (sommes d'argent transférées par les travailleurs immigrés au pays), qui représentent souvent plus du quart du revenu du travailleur émigré, équivalent au total à 10 % du PIB marocain et plus de 44 % des exportations du pays.

Cet argent (environ 5 milliards d'euros par an) est majoritairement consommé et investi au Maroc.

70 % des émigrés marocains ont réalisé un investissement dans leur pays avec l'argent gagné à l'émigration, essentiellement dans l'immobilier (maison ou petit commerce pour les vieux jours).

Les transferts de fonds soutiennent donc les ménages, la consommation, l'immobilier et certaines activités commerciales, tout en maintenant un lien économique durable entre les migrants et leur pays d'origine.

Les retours temporaires pendant l’été

Par ailleurs, une partie des migrants revient au Maroc pour les vacances d'été, générant des flux temporaires, mais massifs (plus de 2,5 millions de personnes).

Ces retours saisonniers s'ajoutent aux mobilités permanentes et renforcent l'intensité des relations entre le Maroc et les pays européens.

Un effet sur le chômage et le sous-emploi

L'émigration permet également de soulager une économie encore assez fortement affectée par le chômage et le sous-emploi (9 %, mais plus de 20 % chez les jeunes de 15-24 ans).

L’expansion de l’éducation au cours des vingt dernières années a certes permis de former une jeune génération instruite, mais le chômage parmi les jeunes diplômé·e·s de l’enseignement supérieur reste élevé.

Le chômage officiel a augmenté ces dernières années, atteignant 30 % dans certaines régions.

En tout état de cause, seulement 15 % des étudiant·e·s obtiennent leur diplôme de fin d’études secondaires.

La majorité des non-diplômé·e·s travaille dans le secteur informel - dans l'agriculture et le secteur des services - sans perspectives de progression et sans protection sociale.

Les deux tiers des emplois au Maroc et presque tous les emplois dans l'agriculture sont informels.

Plus de 40 % de la population marocaine dépend de l’agriculture, qui représente 17 % du PIB.

La perte progressive de capital humain

Toutefois, elle prélève également du capital humain de plus en plus qualifié.

Dans les années 1960, les émigrants marocains diplômés du supérieur représentaient 1 % des départs ; dans les années 1990, presque 16 %.

L'émigration répond ainsi au manque d'emplois et aux inégalités, mais elle peut aussi priver le pays de travailleurs formés dans des secteurs où les compétences sont nécessaires.

Le Maroc, pays de transit migratoire

En raison de sa situation géographique, le Maroc joue un rôle clé dans les mouvements migratoires sur le continent africain ainsi qu'entre l'Europe et l'Afrique.

Le pays est un point de départ et de transit important pour les personnes originaires de différents pays africains qui souhaitent traverser la mer pour rejoindre l'Europe.

Le Maroc devient alors un pays de transit et pas seulement d'émigration, un relais vers le rêve européen.

Les migrations Sud-Nord deviennent dès lors des migrations Sud-Sud-Nord, plus complexes.

La fermeture progressive des frontières européennes

Depuis les années 1970, l'Europe tend à fermer ses frontières plus rigoureusement : renforcement des contrôles aux frontières de l'espace Schengen, fermeture militarisée des enclaves espagnoles, patrouilles maritimes, création de l'agence Frontex en 2004, politique d'externalisation de l'asile (les pays méditerranéens devant jouer le rôle de pays de rétention pour les migrants), systèmes de radars d'alerte rapide à Gibraltar et aux Canaries, etc.

Cela conduit à une politique de surveillance et de contrôle toujours plus strictes des frontières en coopération avec l'UE.

Dans le même temps, le Maroc tente de tirer le meilleur parti possible de cette situation.

La diversification des routes migratoires

Pourtant, les flux migratoires clandestins vers l'Europe, en provenance de toute l'Afrique subsaharienne, tendent à se renforcer.

Le Maroc est une porte d'entrée de cette migration clandestine : jadis par Gibraltar, hier par les enclaves espagnoles, aujourd'hui par les Canaries ou, via certains modes de transports à plus long rayon d'action, vers le Portugal ou la côte espagnole, jusque vers Valence ou les Baléares.

En 1992, sous la pression de l'UE, l'Espagne a introduit l'obligation de visa pour les Marocain·e·s, contraignant les personnes à effectuer la traversée clandestinement à bord de petits bateaux.

Durant l’été de cette même année, environ 30 000 personnes ont traversé le détroit de Gibraltar, qui est devenu par la suite le plus grand charnier de l’Europe d’après-guerre.

Les organisations de défense des personnes migrantes et des droits humains en Espagne ont rendu publique la mortalité massive au large de Gibraltar : entre 1991 et 1996, entre 2 000 et 4 000 personnes auraient perdu la vie dans le seul détroit de Gibraltar.[5]

Détroit de Gibraltar: l'automne n'arrête plus les migrants

Le rôle du Maroc dans la politique d’externalisation de l’Union européenne

Le Maroc est riche en histoire et en cultures diverses, et est aujourd'hui confronté à de nombreux défis qui affectent profondément son économie, sa structure sociale et son paysage politique.

En raison de sa situation géographique à la frontière de deux continents, ainsi que de ses deux côtes bordant la Méditerranée et l'Atlantique, le Maroc joue un rôle important dans la politique d'externalisation de l'UE, notamment par le contrôle du détroit de Gibraltar et des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

Le Maroc entretient depuis des décennies des relations étroites avec l'Europe, dans lesquelles les questions de régulation des mouvements migratoires constituent un élément central et précaire.

Cette précarité réside principalement dans les pratiques contraires aux droits humains commises dans le cadre d'une complicité entre le Maroc et l'UE.

Le Maroc exerce donc une fonction de contrôle à la frontière extérieure de l'Union européenne, tout en demeurant un pays d'origine et de passage pour de nombreuses personnes migrantes.

Les autres frontières et les routes régionales

La frontière avec l’Algérie

À l'est, le Maroc partage une frontière avec l'Algérie qui s'étend sur environ 1400 kilomètres.

Les points de passage frontaliers sont officiellement fermés depuis 1994.

La ligne de frontière est sécurisée par des tranchées et des remblais du côté marocain, et par une clôture surveillée électroniquement par endroits du côté algérien.

De nombreuses routes de contrebande et de transit traversent cette frontière.

Depuis le début de 2022, la frontière est encore plus sécurisée en tant que zone de sécurité militaire.

Les prix pour passer clandestinement la frontière à Oudja, que la plupart des personnes migrant·e·s empruntent lorsqu’ils veulent tenter leur chance en Algérie, en Tunisie ou en Libye, ont été multipliés.

À ce jour, les expulsions massives de Marocain·e·s d’Algérie occidentale et d’Algérien·ne·s du Maroc oriental, qui ont eu lieu au cours des trois premières décennies suivant l’indépendance, sont instrumentalisées par les gouvernements dans le but de se renvoyer la responsabilité et d’alimenter les hostilités.

La fermeture de la frontière est également justifiée par le conflit du Sahara occidental et, depuis les années 1990, par la lutte contre le terrorisme djihadiste transfrontalier.

La frontière avec le Sahara occidental et la Mauritanie

La frontière sud avec le Sahara occidental, annexé à 80 %, s’étend sur 443 kilomètres.

Le Sahara occidental occupé par le Maroc est fortifié par de nombreux postes de contrôle militaire.

Du nord au sud, le Maroc a construit un mur de sable miné long de 2 400 km le long du Sahara occidental.

Des casques bleus de l’ONU sont stationnées le long de ce mur en tant qu’observateurs (MINURSO).

La frontière entre le Sahara occidental occupé et la Mauritanie est franchissable via un poste de contrôle fortement gardé.

Un nouveau poste-frontière a été annoncé par la Mauritanie et le Maroc.

La route prévue semble presque terminée.

La mise en œuvre de ce projet par les deux États risque d'entraîner des tensions entre la Mauritanie voisine et le Polisario.

Le Polisario est une organisation militaire et politique qui lutte pour l'indépendance du Sahara occidental.

Les conditions de vie et les dynamiques qui alimentent la mobilité

La pauvreté rurale

Dans certaines régions rurales, notamment dans la plaine du Gharb, de grands domaines et des fermes caractérisent le paysage et offrent un certain niveau de vie.

Cependant, ces régions contrastent fortement avec la pauvreté écrasante et la fragilité structurelle de la majorité du Maroc rural.

Cette pauvreté structurelle, qui se manifeste par le développement insuffisant d’importantes voies d’accès et de routes, a eu un impact fatal sur les victimes du tremblement de terre de 2023, car elle a rendu difficile l’accès des véhicules de secours et d’assistance aux zones touchées.

Les périphéries défavorisées

Les Sahraoui·e·s du Sahara occidental, une région disputée depuis des décennies et dont le statut politique reste incertain, vivent dans des conditions encore plus précaires que la population du Rif.

La majorité du territoire du Sahara occidental est sous contrôle marocain depuis le retrait de la puissance coloniale espagnole en 1975.

On y compte seulement 105 000 habitant·e·s originaires et 180 000 militaires.

De nombreuses familles du centre du Maroc ont des proches qui ont été déplacés vers le Sahara occidental pour des raisons salariales et de primes.

Le conflit prolongé autour de l'indépendance et de l'autodétermination[3] a conduit à une fracture sociale persistante dans cette région riche en matières premières mais défavorisée sur un plan social.

Si la colonisation du Sahara occidental et, surtout, le transfert de l'armée hors du cœur du pays ont stabilisé le centre du pouvoir royal, la marginalisation et l'oppression continues des zones périphériques contribuent non seulement à aggraver les inégalités sociales et économiques au sein du Maroc, mais menacent également la stabilité de l'ensemble du pays.

Le mécontentement et les frustrations des populations locales entraînent régulièrement des mouvements sociaux et des soulèvements.

La négligence active du régime royal envers les droits politiques de ces régions reste un obstacle fondamental à la démocratisation du pays.

Le chômage des jeunes et l’emploi informel

Les structures sociales semi-féodales et la corruption sont largement répandues.

La culture et l’exportation du cannabis ont été partiellement légalisées en 2021, et environ 1 million de personnes en dépendent économiquement.

Ces facteurs sociaux, économiques et territoriaux contribuent à maintenir une forte pression à la mobilité, notamment chez les jeunes et les personnes dépourvues de perspectives professionnelles stables.

Les transformations urbaines et leurs effets sur les migrants

Dans les centres urbains, les groupes de population aisés et défavorisés se côtoient de manière flagrante.

Le marché locatif n'est pas réglementé.

Les logements sont souvent surpeuplés, car de nombreux jeunes sans revenus dorment encore dans le domicile familial.

De même, les migrant·e·s noir·e·s vivent fréquemment à plusieurs dans une même pièce.

Les bidonvilles ont à plusieurs reprises été le point de départ de manifestations, mais aussi d’attaques djihadistes (Casablanca, 2003).

Depuis 1981, des plans de démolition des bidonvilles ont été envisagés à plusieurs reprises ; un nouveau programme quinquennal intitulé « Villes sans bidonvilles » a été lancé en 2024.

Cependant, ces programmes ne se contentent pas de démolir des logements bon marché qui servent également d’hébergement à de nombreux migrant·e·s, ils portent également atteinte au mode de vie communautaire des classes populaires urbaines.

Les limites du développement économique

Parmi les secteurs économiques traditionnels importants figurent l’exportation de phosphates, de produits agricoles et de poissons.

La famille royale exerce une grande influence sur les principales entreprises de ces secteurs (par exemple le monopole royal de l’Office Chérifien des Phosphates).

Le roi est l’une des personnes les plus riches d’Afrique.

L'économie marocaine est majoritairement composée de petites entreprises : 97,3 % des entreprises emploient moins de dix personnes et contribuent à hauteur de 54,2 % à l’emploi total.

Cependant, au cours des dix dernières années, un développement industriel moderne a émergé dans certains centres en dehors du pôle industriel traditionnel de Casablanca (ou Aïn Sebaâ).

Dans la région prospère de Tanger, le port de Tanger Med a été inauguré en 2007, et de vastes installations industrielles ont été construites à proximité, notamment la plus grande usine automobile d’Afrique, Renault TangerMed.

Plus de 200 entreprises chinoises devraient s’implanter dans la « Tanger Tech City ».

Au sud de Casablanca, près du port en eau profonde d’El Jadida, se trouvent la région d’exploitation du phosphate et l’industrie des engrais.

Une industrie produisant de matériaux de base pour les batteries et une « gigafactory » de batteries y sont actuellement en construction.

Il convient également de mentionner le nombre croissant de centres d’appels pour la région francophone.

Les grands projets tels que l’extension du réseau ferroviaire pour trains à grande vitesse ou les installations portuaires de « Tangier Med » sont financés par des prêts, principalement en provenance de la France et des États du Golfe.

L’initiative chinoise « Road and Belt » a également entraîné des investissements de plusieurs milliards.

La Chine cherche à tirer parti du fait que le Maroc a négocié des accords commerciaux privilégiés à la fois avec l’UE et les États-Unis.

Cependant, tous ces projets phares ont peu d’impact sur les « personnes ordinaires » vivant dans les quartiers pauvres des villes ou même à la campagne.

Le Maroc et les flux migratoires vers la France

Le Maroc conserve une place importante dans les flux migratoires vers la France.

Parmi eux, environ 23 300 étaient nés au Maroc, soit 7,4 % du total.

Le Royaume constitue ainsi le deuxième pays de naissance des nouveaux immigrés arrivés en France, juste derrière l’Algérie, avec 24 700 personnes.

Les trois pays du Maghreb représentent ainsi près de 63 000 nouveaux immigrés sur une seule année.

Les nouvelles projections de l’Insee publiées en juin montrent que le solde naturel français est devenu négatif depuis 2025.

Cette progression serait entièrement due au solde migratoire.

L’Insee retient une hypothèse de +150 000 personnes par an entre les entrées et les sorties du territoire.

Même avec cet apport, la population commencerait à diminuer à partir de 2037 pour atteindre 65,9 millions d’habitants en 2070.

Les projections montrent une évolution difficile à ignorer : la croissance de la population française dépend désormais, à court terme, d’un solde migratoire positif.

Des mobilités encadrées par des statuts différents

Les Marocain·e·s sont soumis à l’obligation de visa pour entrer dans l’UE, contrairement aux Européen·ne·s au Maroc.

De nombreux retraité·e·s français et espagnol·e·s passent leur retraite sous le soleil du Maroc.

L’Espagne délivre des visas pour les travailleur·euse·s saisonnier·e·s marocain·e·s, mais exclusivement pour les femmes mariées.

Après l’arrêt du recrutement en 1973, la plupart n’avaient plus d’autres choix que la réunification familiale, le mariage ou une vie en Europe sans papiers, sous la menace constante de l’expulsion.

Cela n’était possible que dans les villes comptant d’importantes communautés de migrant·e·s.

Les trajectoires migratoires marocaines associent ainsi mobilité de travail, regroupement familial, installation durable, retours saisonniers et passages clandestins.

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