Activité professionnelle des immigrés ayant un emploi en 2007

En France, est considérée comme immigrée toute personne née étrangère à l'étranger. Certains constats, longtemps relativisés, sont aujourd’hui établis solidement dans l’espace public - à commencer par ce fait central : en moyenne, les immigrés en France travaillent moins souvent que les non-immigrés.

Cependant, les raisons de ce sous-emploi sont rarement évoquées en se fondant sur des chiffres reflétant l’ampleur des phénomènes en jeu. L’activité professionnelle des immigrés doit être analysée à partir de plusieurs dimensions : le taux d’emploi, le chômage, le niveau de qualification, les secteurs d’activité, la nationalité de naissance, le sexe, l’âge, la reconnaissance des diplômes et les discriminations.

La place des immigrés dans la population active

En 2009, la France comptait 2,5 millions d’immigrés actifs, soit 8,8 % de la population active totale ; une proportion assez constante depuis trente ans.

Parmi ces immigrés, un tiers vient des pays de l’espace économique européen, principalement du Portugal, et le reste d’autres pays, principalement d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

Le nombre d’immigrés* entrés en France en 2009 pour des motifs économiques était de l’ordre de 20 000, soit 0,04 % de la population totale. La même année, cette proportion était de 0,2 % pour l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni, et de 0,1 % pour l’ensemble des pays de l’OCDE.

La France ferme ses portes à l’immigration de travail.

Les immigrés sont souvent surreprésentés dans des secteurs précaires et mal payés, notamment dans la construction, ainsi que dans l’hôtellerie et la restauration.

IndicateurValeur
Immigrés actifs en 20092,5 millions
Part des immigrés dans la population active8,8 %
Immigrés entrés pour des motifs économiques en 200920 000
Part de la population totale correspondant à ces entrées0,04 %

Des taux d’emploi très différents selon la nationalité de naissance

Pour la première fois, notre analyse des micro-données du recensement permet de mesurer la part des personnes en emploi sur le territoire français par nationalité de naissance détaillée.

Les Portugais de naissance sont la nationalité de naissance la plus au « travail ». Ils sont les seuls dont le niveau d’emploi est supérieur - de deux points - à celui des Français de naissance.

Il est à noter que la quasi-totalité des nationalités du « top 10 » se situent en Europe de l’Ouest, à l’exception des Canadiens de naissance (6èmes) aux effectifs limités ainsi que des Libanais (10èmes).

Certains de ces chiffres sont à étudier avec précaution, dans la mesure où des nationalités ne comptant que peu de ressortissants à la naissance peuvent souffrir de biais dans leurs résultats.

Par exemple : si elles comptent une large part d’expatriés (voués à rester quelques années seulement), dont les conjoints les accompagnent sans travailler eux-mêmes.

Le constant est frappant : à tous les âges de la vie active, les personnes nées étrangères sont nettement moins en emploi que les Français de naissance - à l’exception des personnes nées d’une nationalité d’Europe du Sud (Italie, Portugal, Espagne) qui suivent des trajectoires similaires.

À âge égal, le taux d’emploi se différencie donc fortement selon la nationalité à la naissance.

Carte des taux d’emploi par nationalité

Une évolution du taux d’emploi liée à l’âge

Une première phase peut être décelée entre 15 et 25 ans, caractérisée par un taux d’emploi faible s’expliquant très largement par la part des jeunes en études.

Le fait que les taux d’emploi des personnes nées étrangères s’élève au-dessus des Français de naissance au-delà de 60 ans pourrait s’expliquer par des débuts de cotisations plus tardifs (certaines d’entre elles n’ont pas entamé leurs carrières en France) donc des droits décalés à la retraite.

Ainsi, les personnes nées avec une nationalité de la zone Italie/Espagne/Portugal sont plutôt âgées, alors que celles originaires d’Afrique hors Maghreb sont relativement jeunes.

Le calcul d’un taux d’emploi brut sur des populations structurellement différentes peut induire de nombreux biais.

Suivant le mode de calcul retenu, les disparités peuvent se trouver amplement majorés ou minorées.

Calculer le taux d’emploi parmi les plus de 15 ans sauf élèves/étudiants et retraités (n’étant pas supposés travailler) permet une approche beaucoup plus précise de la part des personnes travaillant parmi celles étant supposées le faire.

Cependant, de grands constats surgissent clairement quel que soit le mode de calcul retenu : les personnes nées de nationalités africaines au sens large (Maghreb et hors-Maghreb) connaissent des taux d’emploi nettement inférieurs aux Français de naissance, là où les pays d’Europe du Sud s’en approchent quasi-parfaitement.

Des écarts particulièrement marqués entre les femmes et les hommes

Le constat d’une disparité des taux d’emploi entre les sexes chez les personnes nées d’une nationalité étrangère est tout à fait saisissant.

Si les femmes sont, de manière générale, moins souvent en emploi que les hommes, cet écart est devenu minime parmi les Français de naissance (environ 4 points d’écart au pic d’activité des 25-54 ans : 86% chez les hommes, 82% chez les femmes).

Aux âges les plus actifs, le taux d’emploi des Turques de naissance est inférieur de 40 points à celui des hommes nés turcs.

Les écarts de taux d’emploi entre Français de naissance et étrangers de naissance sont donc bien plus marqués chez les femmes que chez les hommes.

À quarante ans : plus de 40 points d’emploi séparent les taux d’emploi des femmes nées françaises et nées turques.

Cependant, cette disparité par sexe ne doit pas faire oublier que, même chez les hommes nés de nationalités étrangères, le sous-emploi demeure notable - particulièrement pour les nationalités déjà évoquées chez les femmes : maghrébines, turque et subsahariennes.

Écart de taux d’emploi femmes hommes

Le chômage, une difficulté majeure

Des écarts persistants avec les non-immigrés

Les immigrés sont deux fois plus victimes du chômage que les non-immigrés.

La dégradation du marché du travail due à la crise a touché plus durement les immigrés hors Union européenne : leur taux de chômage a augmenté de 3,6 points entre 2008 et 2009, contre 1,6 point pour les non-immigrés.

Faiblement qualifiée pour une part, la main d’œuvre étrangère est la première victime des crises.

Ce fut le cas dans les années 70, les secteurs industriels frappés par la crise (automobile ou sidérurgie) ont d’abord licencié les salariés étrangers, notamment ceux d’origine nord-africaine et subsaharienne.

Ces derniers, à la différence des salariés portugais ou espagnols, travaillaient massivement dans ces secteurs.

Même scénario une décennie plus tard, dans le BTP ou l’automobile où près de la moitié des licenciements ont concerné des salariés étrangers.

Premiers licenciés, les travailleurs étrangers jouent un rôle d’amortisseur au chômage des autochtones ou « natifs ».

Le niveau de qualification ne suffit pas à expliquer les écarts

Le surchômage tient aussi aux niveaux de qualification : les immigrés sont en moyenne moins diplômés que les personnes nées en France.

40 % des immigrés de 15 à 64 ans disposent au maximum du brevet des collèges ou du certificat d’études primaires, contre 26 % pour l’ensemble de la population de cette tranche d’âge vivant en France, selon l’Insee (données 2014, dernière année disponible).

Or le chômage frappe d’abord les catégories socioprofessionnelles les moins qualifiées : en 2020, 47,7 % des personnes actives n’ayant aucun diplôme ou un brevet des collèges et ayant achevé leur formation initiale depuis 1 à 4 ans sont au chômage contre 22 % pour les niveaux BAC, CAP ou BEP et 10,5 % des personnes actives ayant un diplôme de niveau bac + 2 ou plus (source INSEE).

Mais le niveau de diplôme n’explique pas tout.

À diplôme équivalent, le taux de chômage des immigrés demeure supérieur.

Ainsi, 18,8 % des immigrés titulaires d’un baccalauréat sont au chômage, contre 9,8 % des Français nés en France du même niveau de diplôme, soit deux fois plus.

Pour les titulaires d’une licence et plus, les chiffres sont respectivement de 11,4 % et 5 % (Insee 2016).

11,2 % des immigrés sont au chômage contre 6,5 % des personnes nées en France sans ascendance migratoire selon l’Insee (données 2023).

Le taux atteint 13,6 % pour les actifs nés sur le continent africain.

Il est de 18 % pour ceux titulaires d’un CAP ou d’un brevet professionnel, contre 10,2 % pour les non-immigrés (données 2020).

Pour les diplômés de l’enseignement supérieur, les chiffres sont respectivement de 11,1 % et 4,4 %, presque trois fois plus donc pour les immigrés, alors même qu’ils acceptent davantage le déclassement, des conditions de travail difficiles et des bas salaires pour s’insérer dans l’univers professionnel.

Groupe ou niveau de diplômeImmigrésNon-immigrés ou personnes nées en France
Ensemble, données 202311,2 %6,5 %
Actifs nés sur le continent africain, données 202313,6 %
Titulaires d’un CAP ou d’un brevet professionnel, données 202018 %10,2 %
Diplômés de l’enseignement supérieur, données 202011,1 %4,4 %
Titulaires d’un baccalauréat, Insee 201618,8 %9,8 %
Titulaires d’une licence et plus, Insee 201611,4 %5 %

Les difficultés spécifiques des jeunes issus de l’immigration

De même, à situation socioéconomique égale (niveau de diplôme et origine sociale du parent de référence), les jeunes issus de l’immigration rencontrent plus de difficultés à s’insérer sur le marché du travail que les jeunes ayant des parents nés français.

Sur la période 2007-2009, le taux de chômage des 15-24 ans dont les deux parents sont nés français était de 19 %, alors qu’il était de 34,5 % pour ceux dont au moins un des deux parents était immigré des pays hors espace économique européen.

« Effet quartier » : Le taux de chômage dans les quartiers dits « prioritaires » de la politique de la ville s’élève à 23,4 % soit près de trois fois plus que dans les quartiers environnants (8,9 %), (« Bien vivre dans les quartiers prioritaires », rapport annuel 2019 de l’Observatoire national de la politique de la ville (ONPV), 2020).

Chez les jeunes actifs de moins de 30 ans, le taux approche même les 33 %, contre 15 % dans les autres quartiers.

La moindre qualification des habitants de ces quartiers ne constitue pas une explication suffisante puisque par exemple le taux de chômage est de 16 % pour les bac + 2 et plus, contre 6 % dans les quartiers avoisinants, soit près de trois fois plus.

Pour l’OCDE (Perspectives des migrations internationales 2021), la concentration des immigrés dans certaines zones, en particulier dans les quartiers pauvres et à la périphérie des grandes métropoles engendre des effets complexes sur l’intégration.

Si, dans un premier temps, cette installation peut être associée pour l’immigré à de meilleures perspectives d’emploi, à plus long terme, cette concentration nuit à l’acquisition de la langue du pays d’accueil et, bien souvent, à la scolarité des enfants d’immigrés.

Il semble également que la ségrégation résidentielle ait des effets plus négatifs sur les femmes que sur les hommes.

Pour l’OCDE, la priorité des pouvoirs publics ne devrait pas consister à prévenir la ségrégation résidentielle des immigrés, mais plutôt à renforcer la mobilité en dehors de ces zones.

L’EPIDE accompagne l’insertion professionnelle des jeunes

La concentration dans les emplois précaires et peu qualifiés

De manière générale, en 2020, 15,9 % des ouvriers non qualifiés étaient victimes du chômage (contre 6,9 % pour l’ensemble de la population active masculine) or les immigrés occupent plus souvent que les non-immigrés des postes d’ouvriers (29 % contre 18 %) et moins souvent ceux de professions intermédiaires (17 % contre 28 %).

Globalement, la proportion d’ouvriers est surreprésentée parmi les étrangers de naissance (toutes nationalités confondues) par rapport aux Français de naissance.

Pour les personnes nées d’une nationalité du Maghreb, du reste de l’Afrique ou de Turquie : la part des cadres, professions intellectuelles et professions intermédiaires est nettement inférieure à celle des Français de naissance.

Les immigrés sont souvent surreprésentés dans des secteurs précaires et mal payés, notamment dans la construction, ainsi que dans l’hôtellerie et la restauration.

La valeur faciale des diplômes masque des disparités d’employabilité très fortes.

En effet, de nombreux diplômes acquis à l’étranger ne sont pas reconnus en France.

Par ailleurs, les étudiants étrangers obtenant leurs diplômes en France connaissent plus souvent que leurs homologues natifs des parcours peu valorisables sur le plan de l’emploi.

Diplômes, compétences et déclassement

Parmi les personnes nées avec une nationalité d’Afrique du Nord ou d’un autre pays d’Afrique, la part des diplômés de niveau Bac+5 et Bac+3/4 est globalement similaire à celle des personnes nées françaises.

L’effet de structure d’âge mentionné précédemment joue un rôle en ce sens : les premières sont plus représentées parmi des classes d’âge où l’accès à des études universitaires longues s’est banalisé.

Même à diplôme équivalent, des écarts importants subsistent.

Pour se faire une idée du poids de cette variable relativement à celle du diplôme : une personne née d’une nationalité du Maghreb et diplômé d’un bac +5 occupe, en moyenne, moins souvent un emploi qu’un simple bachelier français de naissance (à 81 contre 82%).

Ces écarts suggèrent un manque d’adéquation entre le niveau formel de diplôme des personnes nées d’une nationalité extra-européennes et le type de professions réellement exercées.

Un phénomène de sous-emploi est aussi décelable chez les nés d’une nationalité des pays du Maghreb diplômés d’un bac+5 : ceux qui occupent des « professions intermédiaires » ne sont 78% en emploi, contre 89% chez les personnes françaises de naissance du même profil (soit dix points de moins).

A niveau d’études égal (ici, les « diplômés du supérieur »), selon l’étude PIAAC7 de l’OCDE : les capacités en « résolution adaptative de problème » des immigrés sont nettement moins bonnes que celle des natifs.

Or, cette compétence conditionne largement les capacités professionnelles des personnes, comme l’indique l’OCDE : « ces compétences […] sont essentielles pour que les individus puissent s’orienter et s’adapter efficacement aux exigences de l’économie moderne fondée sur l’information.

Ainsi, un immigré diplômé du supérieur, même parlant français à la maison, n’obtient que 248 points d’évaluation sur cette compétence-clé, là où un diplômé né en France en obtient 279.

Les immigrés diplômés de l’enseignement supérieur sont ainsi moins efficients à résoudre les problèmes que la moyenne des natifs, tous diplômes confondus.

Outre les niveaux en littératie, numératie9 et résolution adaptative de problèmes inférieurs aux natifs mis en lumière par l’OCDE, l’intégration professionnelle des immigrés pâtit parfois de l’inadéquation entre leurs soft skills10 et ceux attendus dans le monde professionnel français.

Les catégories socioprofessionnelles et l’accès aux postes qualifiés

Les catégories socio-professionnelles (CSP) correspondent à l’emploi pratiqué par les personnes ou au dernier emploi occupé.

Il est ainsi possible d’être inactif tout en appartenant à une CSP.

Il est intéressant d’observer les CSP des diplômés pour chaque groupe de nationalité.

Pour la population née d’une nationalité extra-européenne, on observe des taux d’inactifs n’ayant jamais travaillé (considérés comme une CSP à part entière) nettement plus élevés que chez les Français de naissance.

Si l’on additionne les cadres et les professions intermédiaires, la part est de 86 % chez les Français de naissance, contre 76 % chez les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord (dix points de moins) et 69 % chez les nés d’autres pays africains (dix-sept points de moins).

Il est possible de déterminer le taux d’emploi par catégorie socio-professionnelle (CSP) détaillée - la CSP des chômeurs et des inactifs correspondant à leur dernière CSP connue.

Néanmoins, en l’absence complète d’activité professionnelle il n’est pas possible d’assigner les individus à une CSP active.

La lecture des indicateurs suivants doit impérativement prendre en compte cet écart initial, qui induit une hausse artificielle des taux d’emplois dans chaque autre catégorie en excluant ces personnes n’ayant jamais travaillé de la base de calcul.

Au-delà du rattachement aux différentes CSP, leur situation au regard de l’emploi mérite d’être observée attentivement - et révèle des disparités au moins aussi fortes.

En ce qui concerne les cadres : bien que 13% des personnes nées d’une nationalité nord-africaine appartiennent à cette CSP, seuls 89,9 % sont effectivement en emploi - contre 94,3% chez les Français de naissance.

CatégorieFrançais de naissancePersonnes nées d’une nationalité étrangère
Cadres et professions intermédiaires86 %76 % chez les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord
Cadres et professions intermédiaires86 %69 % chez les nés d’autres pays africains
Personnes appartenant à la catégorie des cadres et effectivement en emploi94,3%89,9 % pour les personnes nées d’une nationalité nord-africaine
Professions intermédiaires chez les diplômés d’un bac+589%78% chez les nés d’une nationalité des pays du Maghreb

La situation dans les professions médicales

Les professions médicales constituent l’un des cas exemplaires des difficultés de recrutement en France.

L’analyse par profession médicale comparées à la population de plus de 15 ans (hors étudiants et retraités) montre que les étrangers de naissance originaires d’Afrique subsaharienne ou de Turquie sont nettement sous-représentés parmi les médecins, au regard de leur poids dans la population.

Les personnes nées d’une nationalité d’Afrique du Nord ou d’Europe du Sud sont représentés à un niveau « normal » parmi les médecins, cohérent avec leur part démographique.

Dans cette partie, les professions analysées correspondent à celles définies par le Gouvernement comme relevant de cette situation.

Si les personnes nées étrangères sont effectivement surreprésentées dans ces professions, le déséquilibre entre l’Ile-de-France et le reste du pays est significatif.

Cette différence peut contribuer à expliquer la vision parfois déformée, sur ce sujet, de certains responsables politiques et intervenants médiatiques (concentrés géographiquement à Paris).

Ces derniers semblent souvent considérer que « l’immigration de travail » serait la seule solution pour pallier aux besoins en recrutement de ces métiers.

D’autre part, le coût de la vie en Ile-de-France apparaît désincitatif pour ceux qui exerceraient ces professions.

Nationalité française et trajectoires professionnelles

Une différence flagrante réside dans l’écart constaté entre les personnes nées citoyennes de pays européens et celles nées ressortissantes du reste du monde.

En effet, chez les premières : la différence de taux d’emploi entre les Français par acquisition et les restés étrangers apparaît marginale (entre 2 et 5 points suivant les nationalités).

L’écart constaté chez les extra-européens de naissance entre devenus Français et restés étrangers peut partiellement s’expliquer par la sélection opérée lors de la naturalisation par décret (qui représente environ la moitié des acquisitions de la nationalité depuis l’an 2000).

Celle-ci, en effet, prend en compte le critère d’autonomie économique dans l’acceptation ou le refus d’une procédure.

Les emplois interdits aux étrangers non européens

En outre, les immigrés qui n’ont pas la nationalité française, ou qui ne sont pas originaires d’un pays de l’Union européenne, sont exclus d’environ 5,4 millions d’emplois, soit un poste de travail sur cinq en France.

Selon notre estimation, en France, cinq millions d’emplois sont interdits aux personnes qui ne disposent pas de la nationalité d’un pays de l’Union européenne.

Pour environ quatre millions d’entre eux, il s’agit de postes de la fonction publique qui relèvent de missions « de souveraineté » (militaires, policiers, fonctionnaires des impôts par exemple), mais aussi de la fonction publique d’État et des collectivités territoriales (à l’exception des médecins des hôpitaux et des enseignants de l’université).

Impossible pour un étranger extra-européen d’être professeur des écoles ou employé de mairie titulaire, par exemple.

S’y ajoutent environ un million d’emplois du secteur privé interdits aux étrangers non européens (débitants de boissons, buralistes, etc.), dont l’accès nécessite un diplôme français (infirmiers hors hôpitaux, techniciens de laboratoire médical, opticiens, etc.) ou une autorisation d’exercer (médecins, pharmaciens, avocats, etc.).

Parmi les autres discriminations figurent les 5,3 millions d’emplois interdits aux étrangers ou les difficultés administratives pour obtenir une autorisation de travail.

Type d’emploiNombre approximatif
Emplois interdits aux personnes ne disposant pas de la nationalité d’un pays de l’Union européenne5 millions
Estimation globale des emplois concernés5,4 millions
Postes de la fonction publique et missions de souverainetéEnviron quatre millions
Emplois du secteur privé concernésEnviron un million

Langue, réseaux professionnels et discriminations

Les immigrés les plus récemment arrivés peuvent maitriser imparfaitement la langue française, ce qui constitue une difficulté pour occuper certains emplois.

De plus, ils ne disposent pas tous des mêmes réseaux de relations dans le monde du travail que nombre de personnes nées en France.

« Effet origine » : les discriminations sont plus ou moins importantes, selon l’origine des immigrés : de faibles pour les ressortissants des pays d’Europe du Sud, elles frappent principalement les ressortissants d’Afrique du Nord et d’Afrique subsaharienne.

Enfin, les immigrés subissent des discriminations qui restent difficiles à quantifier, même si les opérations de testing prouvent leur existence.

Leur impact global sur le taux de chômage est moindre, mais ces discriminations sont ressenties de façon particulièrement violente par ceux qui les subissent.

De même, les diplômes de certains étrangers ne sont pas reconnus en France de sorte que l’écart d’accès à l’emploi entre immigrés et non immigrés est plus grand pour les immigrés qualifiés.

Ainsi, les immigrés diplômés sont aussi surexposés au chômage et de manière plus importante que les non-diplômés.

Les limites des données disponibles

Habituellement, l’« enquête Emploi » conduite par l’INSEE est l’une des pièces centrales du dispositif statistique de connaissance de l’emploi et du chômage.

Cependant, si l’INSEE diffuse des fichiers détaillés, ceux-ci ne contiennent qu’une petite partie des informations collectées.

Dans l’édition 2020, la variable permettant de distinguer les Français de naissance (y compris par réintégration), les Français par naturalisation, mariage, déclaration ou option à leur majorité, et les étrangers était encore disponible - mais sans aucune information supplémentaire.

L’accès transparent à cette enquête aurait permis de mener des études plus approfondies encore sur les immigrés, leurs descendants, et leur rapport à l’emploi.

L’INSEE explique les apports et limites méthodologiques du recensement à travers sa documentation.

En particulier, le recensement est une moyenne sur cinq ans - ce qui peut lisser certains effets conjoncturels.

La présente étude se fonde sur la notion de « nationalité à la naissance » et non celle d’immigré.

De la même façon, notons que les calculs basés sur la notion de « population active » - à commencer par le taux de chômage - ne sont pas non plus adaptés : car si cette méthode écarte bien les étudiants et retraités, elle exclut également toutes les personnes inactives diverses (bénéficiaires de minima sociaux, femmes au foyer…) et ne permet pas d’appréhender l’ensemble des difficultés d’intégration dans l’emploi.

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