Une fois l'accueil de jour fermé, plusieurs femmes exilées sont livrées à elles-mêmes chaque soir à Amiens.
Elles ne quittent pas leurs sacs à dos et cabas, qui contiennent toutes leurs affaires.
La journée, elles marchent entre les différents lieux d'accueil de jour pour manger, se laver, se reposer.
La nuit, elles sont livrées à elles-mêmes, contraintes bien souvent de dormir dehors, devant la gare d'Amiens (Somme).
Depuis des semaines, plusieurs demandeurs d'asile, dont une majorité de femmes et plusieurs enfants, n'ont pas de place en hébergement d'urgence : les 50 places déjà prolongées par la préfecture après la fin de la trêve hivernale, ont été fermées le 30 juin.
L'association Réseau éducation sans frontières réclame leur réouverture.

Esther est arrivée à Amiens au mois de mai après avoir fui Kinshasa au Congo début mars, laissant ses enfants et sa famille.
Depuis qu'elle a déposé sa demande d'asile, elle doit bien souvent dormir par terre, devant la gare d'Amiens.
"J'ai fui la prison pour venir chercher la protection ici. Je n'en ai jamais eu. Si le 115 ne nous prend pas, on dort toujours dehors".
Ils sont plusieurs, chaque nuit, à être dans cette situation selon Esther.
Des places en CADA qui n'arrivent pas
Dans une lettre ouverte au préfet et aux élus locaux, RESF 80 dénonce la "souffrance physique et morale" de ces femmes : "Les personnes se réfugient à l’intérieur de la gare à son ouverture vers quatre heures du matin mais les accueils de jour n’ouvrant qu’à neuf heures, les heures d’attente pour se laver, se réchauffer et se nourrir sont interminables. (...) Les nuits sur le béton se multiplient pour elles et leur santé décline."
L'association alerte aussi sur les conditions de sécurité, "inexistantes" : Esther raconte en effet avoir été agressée une nuit par un homme.
"Je n'étais pas profondément endormie, il me tirait les draps pour me violer. Je me suis battue pour me défendre. À la gare, il y a des gens qui viennent pendant qu'on dort pour nous toucher. On n'est pas protégées !"
Une fois leur demande d'asile déposée, les demandeurs et demandeuses sont censés être accompagnés par les services de la préfecture, grâce notamment au dispositif des CADA (centres d’accueil pour demandeurs d’asile).
Selon RESF 80, "plusieurs femmes attendent depuis des mois l'attribution d'une place en CADA".
Or, dans l'attente de la convocation de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), qui étudiera leur demande d'asile, "on va se défendre comment en dormant dehors ?" demande Esther.
La pastorale des migrants et l’accompagnement
Une bonne partie des migrants reçus sont de pays africains sub-sahariens de culture chrétienne.
Après une écoute précise de leur parcours, ils sont redirigés vers des administrations, des services ou des associations pour accompagner leur démarche administrative, leur recherche d’aide alimentaire et de cours de langue.
Pour ces derniers, c’est le département qui est responsable par le service de l’Aide Sociale à l’Enfance qui les reçoive en entretien et décide de leur prise en charge ou pas, le jeune rejeté par l’ASE doit faire appel à un avocat pour instruire un recours de sa minorité auprès du juge des enfants et pendant ce temps il doit faire appel au 115 qui les héberge dans les accueils d’urgence où se côtoient les hommes violents, alcoolisés et parfois sous l’emprise de produits illicites.
Pour les demandeurs d’asile, une fois le dossier de demande d’asile déposé, vient pour eux le temps des rendez-vous dans les bureaux sur Beauvais, Lille ou Paris.
L’entretien passé il faut attendre la réponse.
3 mois minimum d’attente, sachant que durant la démarche, bien qu’ayant une aide, la personne ne peut exercer de travail.
Tajamul Faqiri : un mineur isolé étranger à Amiens
Le service de la pastorale des migrants ouvre la présentation.
Le prêtre accompagnateur Bernard Massarini rappelle que ce service est né en 1914, sous le pape Benoît XV, suite à la demande d’un évêque d’Italie du nord, soucieux d’organiser une aumônerie des migrants italiens qui quittaient en nombre le pays pour les Etats-Unis.
En 2016, le pape François 2016 va réorganiser la pastorale des migrants la plaçant dans le “Dicastère du développement humain intégral”.
En 1968, Mgr Gérard nomme un aumônier des étrangers et migrants.
En 1993, le service diocésain s’associe à diverses associations pour faire un appel au droit au rassemblement familial.
Cette même année, à la suite des émeutes le service va participer à un travail collectif en rédigeant un rapport : “le livre blanc” qui cherche des solutions au logement, à l’emploi, à la culture.
En 1995, Mgr Noyer crée le service comme “commission nationale des migrants” avec une équipe d’une quinzaine de personnes.
Après une écoute précise de leur parcours, ils sont redirigés vers des administrations, des services ou des associations pour accompagner leur démarche administrative, leur recherche d’aide alimentaire et de cours de langue.
Doctrine sociale de l’Église et migrations
C’est enfin Mr Laurent Guillard, du Secours catholique de Lille, qui nous présente la doctrine sociale de l’Eglise sur le sujet.
Il commence par un quiz, pour nous permettre d’avoir une vision générale du phénomène des migrations.
Nous prenons conscience du phénomène migratoire.
Il touche 304 millions de personnes (3,6% de la population totale de la planète).
Le nombre de migrants en France a diminué de 38% en 2025.
Il nous rappelle que l’Eglise refuse de se situer dans les “extrêmes” : une logique purement sécuritaire ou une vision d’ouverture sans discernement.
Elle met à notre disposition des repères pour chercher ensemble un équilibre moral : entre hospitalité, justice et responsabilité politique.
L’histoire du peuple de Dieu est celle d’un peuple qui a connu la migration.
Avec le décalogue, nous recevons un code éthique, dont Jésus fera l’exégèse à ses disciples.
Entrer dans l’Alliance de Dieu envers son peuple, nous engage non seulement à la fidélité envers Dieu, mais aussi dans les relations sociales que nous tissons au jour le jour.
La dignité de la personne humaine est fondée sur le fait que l’homme a été créé à l’image de Dieu et qu’il est destiné à partager sa vie éternelle comme le rappelle le Concile Vatican II. (GS 22).
Appliqué à la question des migrations, ce principe signifie que le migrant est d’abord une personne, avant d’être un étranger ou un réfugié.
Ainsi, pour le chrétien, le migrant n’est pas simplement un individu à respecter selon des normes fixées par la loi, mais une personne dont la présence l’interpelle et dont les besoins deviennent un engagement dont il est responsable.
« Qu’as-tu fait de ton frère ? » (cf. Jn 4, 9).
Comme le disait le Pape Jean-Paul II, “la réponse ne doit pas être donnée dans les limites imposées par la loi, mais dans l’optique de la solidarité.
La destination universelle des biens : « Dieu a destiné la terre et tout ce qu’elle contient à l’usage de tous les hommes et de tous les peuples, de sorte que les biens de la Création doivent équitablement affluer entre les mains de tous, selon la règle de la justice, inséparable de la charité » (G.S. 69).
Enfin le bien commun : A travers sa recherche il s’agit d’œuvrer pour les droits humains, la lutte contre la pauvreté et l’exploitation, la solidarité, le partage des richesses, la justice …
Comme le disait Benoît XVI, “Aimer quelqu’un, c’est vouloir son bien et mettre tout en œuvre pour cela.
À côté du bien individuel, il y a un bien lié à la vie en société : le bien commun.
Le Catéchisme de l’Église catholique enseigne que « les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir, autant que faire se peut, l’étranger en quête de sécurité » (n°2241).
Cet accueil doit s’inscrire dans une recherche de justice et de solidarité entre les peuples.
L’Eglise reconnaît à toute personne, le droit de chercher ailleurs des conditions de vie dignes.
Ce droit s’accompagne de la volonté légitime de pouvoir vivre en famille.
Nous devons défendre également le droit de vivre en famille.
Benoît XVI dans son message pour la journée mondiale du migrant l’associait à celui de ne pas migrer : « Le droit de ne pas émigrer, c’est-à-dire de pouvoir rester dans sa patrie » (Message pour la Journée mondiale du migrant, 2013).
Le pape François quant à lui rappellera qu’accueillir les migrants est un devoir spirituel et moral.
Dans Fratelli Tutti, il dit que : “l’idéal serait d’éviter les migrations inutiles et pour y arriver, il faudrait créer dans les pays d’origine la possibilité effective de vivre et de grandir dans la dignité, de sorte que sur place les conditions pour le développement intégral de chacun puissent se réunir.
Mais quand des progrès notables dans ce sens manquent, il faut respecter le droit de tout être humain de trouver un lieu où il puisse non seulement répondre à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille.
L’an dernier, lors du jubilé des missionnaires et des migrants, durant l’année de l’espérance, le pape Léon proclamera : ” Aujourd’hui, les frontières de la mission ne sont plus géographiques, car la pauvreté, la souffrance et le désir d’une plus grande espérance viennent à nous.
Débats, tensions et action locale
Le débat qui va suivre fera émerger la question de l’islamisation de la France.
Le service de la pastorale des migrants dira que la plupart des personnes aidées congolaises, rwandaises, angolaises, sont de culture chrétienne.
L’un des participants évoque les jeunes générations chrétiennes, moins dans la générosité et dans la crainte de la montée d’un islam identitaire.
Plusieurs expriment la nécessité de diminuer le nombre de migrants et demande que nous laissions partir les migrants de la côte.
On rappellera que le désir d’Angleterre s’ancre dans l’histoire anglaise : le Commonwealth (Toutes ces pays qui pensent rejoindre la terre colonisatrice).
Le prêtre accompagnateur de la pastorale des migrants rappellera que lors de son temps de présence à Marseille il avait eu la chance de proposer des cours de religion comparée (bouddhisme, judaïsme, christianisme et islam) pour aider à défaire les discours identitaires.
Parcours que les jeunes ne manquaient jamais.
Un professeur de l’enseignement catholique exprimera la montée des tensions et la difficulté à ouvrir ces espaces d’échange, car les contrôles des temps d’enseignement rendent difficile ces temps de culture religieuse qui étaient dans le cadre de l’éducation civique.
Il a moins d’occasion de vivre ces moments d’échange.
| Élément | Informations |
|---|---|
| Accueil de jour | fermé |
| Places prolongées par la préfecture | 50 |
| Date de fermeture | 30 juin |
| Attente en CADA | plusieurs mois |
| Attente pour l’OFPRA | 3 mois minimum |
| Population migrante évoquée | 304 millions de personnes |
« Les amis de RESF 80 » cherchent à regrouper localement toutes les bonnes volontés désireuses d’apporter une aide, quelle qu’elle soit, aux migrants.
Ainsi, vous pouvez devenir membre de notre association et/ou faire un don, moyennant une cotisation minimum de 20€ en envoyant un chèque à l’ordre des « Amis de RESF 80 » à l’adresse suivante : Réseau Education Sans Frontières de la Somme, c/o chez Martine TEKAYA, appt B332, 51 rue du tour de ville, 80000 AMIENS, en laissant votre adresse postale et de courriel, votre numéro de téléphone sur « papier libre ».
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