Comme dans les siècles passés, le monde du XXIe siècle connaît des migrations de population pour des raisons politiques, religieuses, économiques ou démographiques et, le plus souvent, sous l’effet de leur combinaison.
Concernant les immigrants eux-mêmes, nous devons d’abord nous demander si leur présence est neutre pour la société d’accueil ou si, au contraire, elle soulève nécessairement des enjeux culturels et sociaux. Si tel est le cas, la question de l’intégration se pose inévitablement, ce qui nous oblige à en donner une définition appropriée.
Une région façonnée par les migrations
Dès le XVIIe siècle, les persécutions religieuses ont mené les Alsaciens protestants à fuir.
Un premier type d’émigration est lié à la forte poussée démographique et à la pauvreté des populations alsaciennes : l’industrialisation progressive, les règles de partage des terres lors d’héritages et les rendements faibles de l'agriculture poussent les Alsaciens, essentiellement agriculteurs, à rechercher ailleurs un meilleur niveau de vie.
Régulièrement, certains jeunes gens partent aussi pour échapper au service militaire, alors que l’armée en guerre est ravagée par les épidémies.
De 1804 à 1810, de nombreux Alsaciens suivent un grand mouvement migratoire rhénan vers l’Est, s’installant en Russie tsariste et en Ukraine.
Outre Atlantique, le Nouveau Monde, déjà prisé au XVIIIe siècle, devient progressivement la terre d’accueil privilégiée des Alsaciens.
Entre 1815 et 1870, environ 45 000 d’entre eux embarquent ainsi pour les Etats-Unis.
La défaite de la France en 1871 et le rattachement de l’Alsace à l’Empire prussien par le Traité de Francfort accélèrent les départs de populations et provoquent une émigration d’un autre genre, qui peut être qualifiée « d’émigration patriotique » : les Alsaciens optant pour la nationalité française sont tenus de quitter la région.
Si certains partent s’installer dans la France « de l’intérieur », d’autres choisissent l’exil hors d’Europe, toujours vers les Etats-Unis ou l’Algérie.
Cette histoire rappelle que l’Alsace n’a jamais été une société culturellement immobile. Elle s’est constituée à la croisée de circulations, de langues, de religions et d’appartenances nationales différentes.

La culture alsacienne comme culture de frontière
Difficile de définir l'Alsacien en un seul mot.
C'est un tempérament à la croisée des chemins, né de ce mélange constant entre influences françaises et germaniques.
On pointe souvent du doigt le côté travailleur et ordonné de l'Alsacien, un héritage que beaucoup relient au modèle germanique.
C'est vrai, mais c'est incomplet.
Cette discipline ne l'empêche pas, bien au contraire, d'être un sacré bon vivant.
Les moments passés à table ne sont pas de simples repas, ce sont des rituels de partage.
« La mentalité alsacienne est ce que nous appelons une 'culture de frontière' (Borderland Culture).
Elle ne se définit pas par opposition, mais par synthèse.
Le mythe du 'bon Alsacien' travailleur dissimule une réalité plus complexe : une résilience forgée par des siècles de traumatismes territoriaux qui ont ancré une nécessité de contrôle couplée à une célébration vitale de l'instant présent.
L'Alsace affirme de plus en plus son identité à travers un « marketing territorial » bien huilé.
On leur reconnaît un sens aigu de l'accueil, une grande rigueur et un côté bon vivant.
C'est un caractère forgé par la résilience et l'honnêteté.
L'Alsace, c'est ce paradoxe réussi entre le sérieux au travail et le plaisir de bien vivre.
Pour les immigrés, cette culture peut donc apparaître à la fois comme un ensemble de pratiques concrètes et comme une identité régionale complexe, construite par la synthèse plutôt que par l’exclusion.
Migration, héritage culturel et intégration
Le fait que l’être humain n’est pas seulement une individualité statistique est un premier constat : son changement de domicile résultant d’une migration internationale ne peut se résumer à sa prise en considération dans les données démographiques des deux pays concernés et, plus précisément, dans leur solde migratoire.
Tout être humain naît, puis est élevé dans un contexte culturel propre à l’environnement familial et social des lieux de vie de son enfance et de son adolescence.
Aussi, lorsque les circonstances de la vie le conduisent à opérer une migration depuis son pays de naissance vers un autre, il amène avec lui tout un ensemble d’éléments immatériels qui constituent sa culture acquise au moment de sa migration.
Et ses traits culturels marquent nécessairement des différences avec ceux du pays dans lequel il vient habiter.
Une double tension se déploie, en fait.
D’une part, l’immigrant perçoit la non-conformité de certains traits de son héritage culturel avec ceux de son nouveau pays de résidence, comme des pratiques linguistiques ou maritales.
Il peut alors décider de modifier certaines pratiques, par exemple, d’accepter le mariage monogame alors que la polygamie est légale dans son pays d’origine.
C’est là un geste d’intégration.
D’autre part, la communauté politique du pays d’accueil, qui a ses propres traits culturels, peut être amenée à considérer que certaines caractéristiques culturelles et sociales de l’immigrant peuvent aller jusqu’à remettre en cause des us et coutumes à laquelle cette communauté est attachée et, donc, l’harmonie qui y règne.
Cette communauté politique peut alors se trouver froissée par l’introduction de certaines caractéristiques culturelles et vouloir s’y opposer.
Par exemple, nombre de pays ont mis en place des formations, souvent obligatoires, afin de favoriser la pratique, par les immigrants, de la langue du pays d’accueil.
Ce qui précède nécessite de préciser la définition du mot intégration.
Le dictionnaire français Robert en propose deux : selon la première, qu’il date du milieu du XXe siècle, l’intégration est une « opération par laquelle un individu ou un groupe s’incorpore à une collectivité ».
Cette définition est éclairée par le dictionnaire Robert dans la mesure où il indique, comme terme opposé à « intégration », le mot « ségrégation », celle-ci étant définie comme « le fait de séparer ».
Elle peut résulter d’attitudes de personnes qui choisissent de vivre séparément, d’avoir des comportements de vie qui les écartent des normes sociales courantes du territoire sur lequel elles habitent.
L’intégration est donc un enjeu engendré par l’immigration.
Dans le contexte alsacien, cette intégration ne signifie pas nécessairement l’abandon de toute culture d’origine. Elle peut prendre la forme d’une participation progressive à la vie locale, d’un apprentissage du français, d’une familiarisation avec l’histoire régionale et d’une rencontre avec les pratiques sociales de l’Alsace.
Les conditions contemporaines de l’intégration culturelle
À l’inverse de ce qui précède, d’autres pays d’immigration, et notamment les pays occidentaux, se placent non dans des logiques de ségrégation, mais d’intégration.
Ce choix consiste à octroyer aux immigrants de nationalité étrangère des droits dont il est considéré d’une part qu’ils sont conformes aux principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, et, d’autre part, qu’ils sont de nature à faciliter l’intégration.
Pour les pays européens, un autre élément d’intégration est fondé sur la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 et, plus particulièrement, sur son article 8 intitulé « Droit au respect de la vie privée et familiale ».
La politique d’intégration, totalement contraire aux politiques de ségrégation précisées ci-dessus, repose donc d’abord sur une égalité de droit dans de nombreux domaines de la vie économique et sociale entre les personnes nées dans les pays et celles venues y habiter, les immigrants.
Cette égalisation des droits peut conduire à donner aux immigrants, selon des réglementations variables selon les pays et leur histoire, un droit à la naturalisation conduisant à une totale similitude de droit entre les personnes qui sont des nationaux de naissance et les immigrants naturalisés.
Ces politiques d’intégration signifient une intégration formelle.
Mais engendrent-elles automatiquement une intégration réelle ?
Les migrations du XXIe siècle sont de nature fondamentalement différente de celles que l’humanité a pu connaître au cours de son histoire plurimillénaire.
Tout au long de l’histoire de l’humanité, et même encore pendant une partie importante du XXe siècle, le migrant qui quittait son pays pour s’installer dans un autre ne pouvait conserver de liens réguliers avec son pays d’origine et même guère avoir de liens périodiques.
En outre, les migrations contemporaines bénéficient de techniques de communication donnant aux immigrants la possibilité de relations aisées avec la terre d’origine par les informations qui en proviennent, par celles que les immigrants transmettent, ou par la réduction de l’espace-temps et des coûts de transport, facilitant les échanges ou les voyages entre le pays de résidence et le pays d’origine.
La migration contemporaine ne suppose donc plus nécessairement une coupure définitive avec les habitudes, les langues, les pratiques religieuses ou les références culturelles du pays de naissance.
Un immigré installé en Alsace peut ainsi participer à la vie sociale régionale tout en maintenant des liens réguliers avec sa famille et sa culture d’origine.
La langue française, premier moyen d’accès à la société alsacienne
Le français, notamment, a été considéré ici dans ce qu’il a de variable, incluant notamment ce qui pourrait correspondre à un français d’usage régional, alsacien.
La maîtrise de la langue du pays d’accueil constitue un facteur fréquemment associé à une attitude favorable à l’immigration.
Une méta-analyse de 100 études menées dans 36 pays montre que les citoyens préfèrent généralement les immigrés qualifiés et maîtrisant la langue du pays d’accueil.
Ces expériences de choix forcé nous ont déjà enseigné que les citoyens préfèrent les migrants qualifiés, rejettent ceux sans projet de travail, et qui ne parlent pas la langue du pays.
Les immigrés qui ont les meilleures compétences au niveau de travail, qui ont un plus haut niveau d'éducation et qui maîtrisent mieux la langue du pays ou unique, ce sont les immigrés préférés.
En Alsace, l’apprentissage du français ne constitue toutefois pas seulement une exigence administrative ou professionnelle.
Il permet de comprendre les échanges quotidiens, de fréquenter l’école, de participer aux associations, d’accéder aux services publics et de prendre part à la vie locale.
Fiche 46 - Le français : un apprentissage nécessaire
Fiche 47 - Les dispositifs disponibles en Alsace
Fiche 48 - Les lieux de formations en Alsace
Fiche 49 - Pour une amélioration de l’offre de formations dans les communes alsaciennes
La langue française peut donc être le premier outil d’intégration, sans pour autant effacer la diversité linguistique de la région.
L’alsacien : une langue régionale entre mémoire et usages
Tel qu’il se vit, se transmet et est utilisé dans la vie de tous les jours, l’alsacien est en perte de vitesse.
C’est d’autant plus fort chez toute une génération d’Alsaciens nés dans les années 1990, qui diront volontiers qu’ils ne le parlent pas ou plus ou mal ou « seulement quelques mots ».
Et pourtant, si à première vue cette langue peut ne sembler que très peu présente dans les usages de ces habitants d’Alsace, il est bien là : sous la surface a priori monolingue des individus, on retrouve la présence du dialecte dans le cercle plus restreint de la famille, dans les mots du quotidien ou même dans le français de tous les jours.
Et non seulement cette langue ainsi que les spécificités langagières qui en découlent existent, mais elles ont en plus la potentialité de générer tout un ensemble de discours sur les pratiques, les habitudes langagières et les locuteurs.
Historiquement, trois langues se croisent en Alsace : les parlers dialectaux alsaciens, l’allemand et le français.
Les réponses et réactions des informateurs sont assez consensuelles : si la proximité géographique, historique, et linguistique de l’allemand est bien admise, cette langue reste toutefois considérée comme exogène, quoique voisine.
On notera tout d’abord que la proximité linguistique entre l’allemand et l’alsacien semble aller de soi pour la totalité des informateurs, bien que le niveau de proximité et la façon dont il est considéré varient.
Aucun d’entre eux ne considère, cependant, que l’alsacien puisse être indissociable de l’allemand : tous vont dans le sens de son autonomisation linguistique.
Les informateurs ont bien plus de difficulté à définir le rapport entre alsacien et français, les informateurs mettant surtout en avant une proximité lexicale.
Dans les choix terminologiques qu’effectuent spontanément les informateurs pour nommer les parlers dialectaux d’Alsace, on a pu constater une préférence pour les termes à la fois les plus neutres (« langue ») et autonomisants (« l’alsacien »).
Ces catégorisations spontanées apparaissent plutôt comme des précautions utilisées afin de caractériser une entité qu’ils ne savent définir avec certitude.
Une langue surtout associée à la famille
Les premières analyses du corpus ont eu pour objectif de considérer comment les dix informateurs perçoivent la présence et la pratique de l’alsacien actuellement : de manière personnelle dans leur environnement quotidien, ainsi que plus globalement dans l’ensemble de la région.
Ainsi il ne semble pas se dessiner de profil-type de locuteurs dialectophones, et finalement non plus de stéréotypes au sujet de ces derniers.
Néanmoins, l’espace privé et le cadre familial semblent, sans surprise, apparaitre comme les seuls refuges sûrs de la présence du dialecte.
Tous les informateurs citent avant tout l’alsacien comme langue du contexte familial, allant souvent jusqu’à le restreindre exclusivement à cet usage.
Plus spécifiquement, il est parfois considéré que sauf en cas de compétences insuffisantes en français, l’utilisation du dialecte semble prendre une dimension qui fonde l’identité de la famille : on parle alsacien par choix ou par jeu, et non par nécessité ou normalité.
Dans le cadre professionnel, en revanche, si l’utilisation du dialecte peut ponctuellement représenter un atout, il n’est jamais considéré comme indispensable.
Cette situation peut faciliter l’entrée des immigrés dans la société alsacienne : la langue régionale est souvent valorisée comme marqueur culturel, mais elle n’est pas toujours présentée comme une condition indispensable de la participation sociale.
Une valeur culturelle plus qu’une utilité pratique
Concernant la possibilité de suivre des cours privés d’alsacien, les informateurs les imaginent essentiellement comme une sorte de quête, pour les Alsaciens, de leurs propres origines : c’est la valeur culturelle de la langue qui est clairement mise en avant.
On constate en revanche que l’utilité du dialecte est tout à fait absente des discours des informateurs.
Par ailleurs, lorsqu’il s’agit d’un enseignement de type scolaire, la stratégie exprimée diffère et c’est une sauvegarde à bien plus grande échelle dont il est question.
Enfin, la question de l’utilité de l’alsacien, son usage dans la société, tout comme son instrumentalisation : avec qui et dans quels buts, a été récurrente tout le long des entretiens.
Qu’ils aient une attitude plutôt positive envers l’alsacien, ou bien plus ambiguë, les informateurs sont quasiment tous dans une forme de déni de l’utilité de l’alsacien.
Une identité régionale accessible sans parler alsacien
De manière globale, le fait de savoir parler alsacien est considéré par tous comme constitutif de l’identité ou de l’appartenance à la région des locuteurs, sans être toutefois indispensable.
Seuls trois parmi les informateurs considèrent le fait de ne pas parler cette langue comme une erreur dans leur propre identité d’Alsacien.
Plus majoritairement, il est considéré que si l’alsacien n’est pas une donnée tellement importante pour justifier de l’identité alsacienne d’un Alsacien, il n’en demeure pas moins un élément fondateur de ce qui serait pour eux l’identité de l’Alsace.
Ainsi, l’attention est moins sur les locuteurs, mais donne plutôt l’idée de la langue comme une abstraction, un symbole de l’Alsace.
L’attribution d’une telle fonction symbolique permet aux informateurs à la fois d’admettre et de justifier le fait que l’alsacien puisse être moins pratiqué sans disparaître complètement de l’imaginaire régional.
Pour un immigré, cette distinction est importante : il peut reconnaître la valeur de l’alsacien et s’intéresser à la culture régionale sans être immédiatement considéré comme extérieur à l’Alsace parce qu’il ne parle pas le dialecte.
Et si l'Alsace m'était contée ... - PaysThurDoller.tv (décembre 2018)
Les attitudes des immigrés face aux codes sociaux alsaciens
On leur reconnaît un sens aigu de l'accueil, une grande rigueur et un côté bon vivant.
Pour s'y faire une place, inutile de forcer le trait : soyez patient, franc et honnête.
Le faux-pas du comparatif : Vouloir comparer l'Alsace à l'Allemagne est une maladresse qui agace.
Vouloir aller trop vite : La familiarité immédiate ? Oubliez.
L'Observation : Ne cherchez pas à briser la glace à tout prix.
L'Engagement Local : Le baratin ne fonctionne pas ici.
La Constance : La confiance, c'est un marathon, pas un sprint.
Respect des Codes : Intéressez-vous à l'histoire locale et à ce fameux droit local si particulier.
L'Échange Épicurien : Posez votre montre et partagez un repas traditionnel.
Ces attitudes décrivent moins une obligation d’assimilation qu’une manière de construire progressivement la confiance.
L’immigré qui souhaite s’intégrer à la société alsacienne peut donc être attentif aux rythmes relationnels locaux, montrer un intérêt sincère pour l’histoire de la région et prendre part aux moments de convivialité.
Les moments passés à table ne sont pas de simples repas, ce sont des rituels de partage.
Le repas traditionnel peut ainsi devenir un espace de rencontre entre des personnes d’origines différentes, au même titre que l’école, le travail, les associations ou les lieux de culte.
La place de l’école, du logement et des associations
L’intégration culturelle ne se limite pas aux relations individuelles.
Elle se construit aussi dans les institutions et les espaces de la vie quotidienne.
Fiche 50 - L’école et les enfants étrangers et/ou issus de l’immigration
Fiche 51 - Les dispositifs scolaires adaptés en Alsace
Fiche 52 - L’école et les familles d’origine étrangère
Fiche 53 - Le logement : vecteur d’intégration
Fiche 54 - Où logent les immigrés en Alsace ?
Fiche 55 - Enjeux et moyens d’actions pour les maires
Le logement peut être un vecteur d’intégration lorsqu’il permet une réelle mixité et favorise les contacts réguliers avec les habitants de la commune.
L’école joue également un rôle central, notamment pour les enfants étrangers et les enfants issus de l’immigration.
Elle constitue un lieu où se rencontrent la langue française, les histoires familiales, les références régionales et les expériences sociales différentes.
La participation locale contribue elle aussi à donner une place concrète aux résidents étrangers.
Fiche 60 - Citoyenneté des résidents étrangers et droit de vote
Fiche 61 - Associer les résidents étrangers à la vie publique locale
Fiche 62 - Consulter les résidents étrangers dans des instances spécifiques
Fiche 63 - L’étranger, un citoyen comme un autre
La participation des habitants permet de dépasser une conception limitée de l’intégration, réduite à la maîtrise de la langue ou à l’adoption de comportements majoritaires.
Religion, diversité et culture régionale
La culture alsacienne comprend également une histoire religieuse particulière et une pluralité de pratiques.
Fiche 30 - Actions interreligieuses & interculturelles en Alsace
Fiche 31 - Le pluralisme religieux en Alsace
Fiche 32 - Les cultes reconnus en Alsace-Moselle
Fiche 33 - Les cultes organisés dans le cadre du droit privé en Alsace-Moselle
Fiche 34 - La présence musulmane en Alsace
Fiche 35 - La diversité de l’islam
Fiche 36 - Islam militant
Fiche 37 - Conseil Français du Culte Musulman
Fiche 41 - Lieux de culte musulman
Fiche 42 - Lieux de culte musulman
Fiche 43 - Relations municipalités et associations cultuelles
Fiche 44 - Aïd el Kebir / Kurban Bayramï
Fiche 45 - Aïd el Kebir Kurban Bayrami
Ces espaces religieux et interculturels permettent aux immigrés de préserver certaines pratiques tout en établissant des relations avec les institutions et les habitants de la région.
L’intégration ne consiste donc pas à supprimer les appartenances antérieures, mais à rendre possibles des relations sociales dans un cadre commun.
Une réception de l’immigration plus nuancée que le débat public
Les sciences sociales s'intéressent depuis longtemps aux attitudes des citoyens face à l'immigration.
Qu'est-ce qui détermine alors la préférence ou l’hostilité face à certains migrants, expatriés, immigrés ou réfugiés ?
Le niveau d’éducation, l’origine, le genre, les compétences, les raisons de ces migrations, politiques, économiques ou climatiques ?
On dénombre 3 grandes façons de sonder cette hiérarchie, soit par le biais de sondages d’opinion, plus ou moins représentatifs de la population, soit par l’analyse des discours médiatiques, et troisième option, des enquêtes plus expérimentales.
Une méta-analyse de 100 études menées dans 36 pays montre que les citoyens préfèrent généralement les immigrés qualifiés et maîtrisant la langue du pays d’accueil.
Mais elle révèle aussi des attitudes envers l'immigration globalement plus positives que ne le suggère le débat public.
L’idée est de réanalyser ces mêmes expériences de choix forcé sur un plus grand nombre de données : 100 études, 140 000 répondants, 1 million 400 000 profils fictifs d’immigrants.
Résultat : oui, il existe un consensus transnational sur les attitudes face à l’immigration - au moins sur les 36 pays considérés.
La plupart des pays sont les pays du Nord, les riches, les plus développés occidentaux, alors on ne peut pas dire un constat vraiment global, la plupart des constats nous éclairent les attitudes dans le pays du Nord.
Ce que cela dit, c’est que malgré les discours ambiants hostiles à l’immigration, ou en tous cas l’espace médiatique qu’ils occupent, malgré le durcissement des politiques migratoires en Occident, les citoyens et citoyennes ne sont en réalité pas opposés à l’immigration.
C’est contre-intuitif - mais quand ils n'avaient pas besoin de faire de choix entre deux profils, les répondants étaient plutôt enclins à accepter la venue d’une personne étrangère à leur nation.
Ils étaient plus nombreux en proportion à les admettre plutôt qu'à les rejeter.
Ces résultats ne permettent pas de définir une attitude unique des Alsaciens face aux immigrés, mais ils montrent l’importance des critères de qualification, de langue, de projet et de contexte social dans la réception des nouveaux arrivants.
Les limites d’une hiérarchie entre immigrés
Autre apprentissage de cette grande étude, il y a des contradictions, par exemple une préférence pour les réfugiés par rapport aux immigrés économiques, et en même temps, un rejet de tout migrant souffrant de handicap ou de traumatisme - alors que fuir un pays en guerre ou un pays violent envers ses populations, c’est souvent en avoir payé, physiquement ou psychologiquement, les conséquences.
Judit Kende, qui commente cette étude dans un autre papier de la même revue, met en garde contre l’instrumentalisation de certains de ces résultats.
Car dire qu'on préfère les migrants qualifiés et en bonne santé, c'est aussi, implicitement, construire une hiérarchie de ceux qu'on juge indésirables.
La perspective pour les sciences sociales, c’est donc non seulement comprendre ces hiérarchies, mais surveiller les usages politiques qui peuvent en être faits.
Dans le contexte alsacien, cette prudence invite à ne pas réduire l’intégration à la seule capacité d’un immigré à travailler, à parler français ou à adopter rapidement les codes relationnels locaux.
Une telle approche risquerait de négliger les parcours de réfugiés, les situations de précarité, les difficultés de santé, les ruptures familiales et les obstacles administratifs.
Les lieux de rencontre entre immigrés et société alsacienne
La vie professionnelle peut constituer un espace d’intégration, même si l’alsacien n’y est jamais considéré comme indispensable.
Le français, les compétences professionnelles et la participation aux échanges locaux y jouent un rôle central.
Les associations, les établissements scolaires, les communes, les lieux de culte et les structures de santé sont également des espaces où les immigrés peuvent rencontrer la société alsacienne.
Fiche 25 - Les acteurs de l’intégration
Fiche 26 - Les acteurs de l’intégration
Fiche 56 - Santé et élus locaux
Fiche 57 - Soins, précarité et migrants
Fiche 58 - Le système de santé et les migrants en Alsace
Fiche 59 - Migration, santé et culture
Les relations municipalités et associations cultuelles peuvent favoriser la compréhension réciproque des pratiques et des besoins.
Les actions interreligieuses et interculturelles en Alsace peuvent également créer des occasions de dialogue.
Dans ces espaces, l’attitude des immigrés face à la culture alsacienne se forme dans l’expérience concrète : écouter, observer, participer, poser des questions et entretenir des relations régulières.
De leur côté, les habitants et les institutions locales contribuent à l’intégration lorsqu’ils rendent ces espaces accessibles et lorsqu’ils reconnaissent les immigrés comme des habitants à part entière.
Une relation fondée sur la réciprocité
La question de l’intégration ne peut être examinée uniquement du point de vue des immigrés.
La communauté politique du pays d’accueil, qui a ses propres traits culturels, peut être amenée à considérer que certaines caractéristiques culturelles et sociales de l’immigrant peuvent aller jusqu’à remettre en cause des us et coutumes à laquelle cette communauté est attachée et, donc, l’harmonie qui y règne.
Cette communauté politique peut alors se trouver froissée par l’introduction de certaines caractéristiques culturelles et vouloir s’y opposer.
Mais les pratiques culturelles alsaciennes elles-mêmes sont le résultat d’une histoire de frontières, de changements politiques, de migrations et de contacts entre langues.
La culture alsacienne ne se définit pas par opposition, mais par synthèse.
Cette caractéristique peut ouvrir un espace de dialogue avec les immigrés, dont les trajectoires personnelles enrichissent à leur tour les pratiques locales.
L’objectif n’est pas de produire une familiarité immédiate.
Vouloir aller trop vite : La familiarité immédiate ? Oubliez.
La Constance : La confiance, c'est un marathon, pas un sprint.
Pour s'y faire une place, inutile de forcer le trait : soyez patient, franc et honnête.
La rencontre entre immigrés et culture alsacienne se construit ainsi dans la durée, à travers la langue française, l’école, le travail, le logement, les associations, les pratiques religieuses, les repas et la participation à la vie publique locale.