Le budget consacré à l’intégration des réfugiés ne se limite pas aux dépenses directement attribuées aux personnes protégées. Il concerne également l’hébergement, l’apprentissage du français, l’accès à l’emploi, le logement, les aides sociales et le fonctionnement des administrations chargées de l’asile et de l’intégration.
L’accueil et l’intégration relèvent en premier lieu de la dignité des personnes. Mais face au vieillissement démographique en France, la migration constitue aussi une nécessité économique.
Les principaux budgets consacrés à l’asile et à l’intégration
Le budget alloué au « Fonds Asile, migration et intégration » (FAMI) pour la période 2021-2027 est de 10,94 milliards d’euros.
Si le budget alloué à l’asile et à l’intégration progresserait légèrement, passant à 12 milliards d’euros, le financement de l’action sociale serait réduit, ce qui aurait un impact négatif sur les objectifs d’intégration.
Le système de gestion de ces fonds ferait l’objet d’une restructuration radicale : les différents « instruments » financiers liés aux affaires intérieures, jusqu’ici séparés par thématiques, seraient fusionnés dans un seul Fonds européen pour la cohésion économique, sociale et territoriale, comprenant également des domaines comme l’agriculture ou la sécurité.
En France, le budget consacré à la mission « immigration, asile et intégration » atteindra 1,58 milliard d’euros en 2019, soit 200 millions d’euros de plus qu’en 2018.
Une hausse de 14 %, alors que le budget général, lui, reste quasiment le même (+0,6 % en 2019).
Selon le ministère de l’Intérieur, « il y a un redimensionnement de la politique d’intégration ».
| Poste ou période | Montant ou évolution |
|---|---|
| FAMI, période 2021-2027 | 10,94 milliards d’euros |
| Budget européen envisagé pour 2028-2034 | 12 milliards d’euros |
| Mission « immigration, asile et intégration » en 2019 | 1,58 milliard d’euros |
| Crédits de l’intégration en 2019 | 395 millions d’euros |
| Formation linguistique en 2019 | 52 millions d’euros |
| Mission « Immigration, asile et intégration » pour 2026 | 2,16 milliards d’euros |
Le financement de l’hébergement des demandeurs d’asile
L’hébergement des demandeurs d’asile est une mission qui incombe à l’État : elle répond au principe constitutionnel de l’asile ainsi qu’aux obligations européennes de la France concernant les conditions matérielles d’accueil (CMA) des personnes demandeuses d’asile.
Pourtant, les CMA sont parfois refusées ou retirées sans examen approfondi des situations individuelles.
Les demandeurs d'asile ne sont pas tous hébergés : on estime qu’ils sont entre 40 000 et 70 000 à ne pas être hébergés dans le dispositif national d’accueil qui leur est dédié.
Selon les chiffres de la Cimade, seules 43% des personnes ayant une demande d’asile en cours seraient hébergées dans le dispositif national d’accueil.
Le dispositif national d’accueil a connu une forte augmentation de ses capacités entre 2012 et 2020 pour absorber la « crise de l’accueil », passant de 45 290 places à 107 214.
On assiste toutefois depuis 2025 à une réduction du parc d’hébergement : la loi de finances pour 2025 a supprimé près de 6 500 places d’hébergement pour demandeurs d’asile et annulé l’ouverture de 2 895 autres.
Au total, ces suppressions reviennent à une réduction de 9% du nombre de places, auxquelles de nombreuses associations, dont FTDA, s’étaient opposées.
Les réductions prévues pour l’année 2026 porteraient à 10 700 le nombre de places supprimées en 2 ans, soit une réduction de 10%.
Le nombre de places, initialement programmé à 132 000 fin 2024, ne serait donc que de 111 855 en 2026.
De nombreuses personnes exilées n’ont d’autre choix que d’avoir recours aux structures d’hébergement d’urgence de droit commun du 115 (SIAO), déjà largement saturé.
En 2024, 350 000 personnes étaient sans domicile et 4,2 millions étaient mal-logées en France, selon la Fondation pour le logement.
Parmi elles se trouvent de nombreuses personnes exilées, victimes des carrences du premier accueil des demandeurs d’asile, de l’insertion professionnelle, de l’accès au logement social, et d’une politique d’accès au séjour de plus en plus restrictive.

Le coût social et financier de l’absence d’hébergement
Nafissa, demandeuse d’asile, témoigne des 3 mois passés à la rue avec sa famille et de l’impact sur ses enfants : « La petite fait parfois des cauchemars. Elle a peur de se retrouver à la rue une nouvelle fois. Ça l’a marquée. »
Pourtant, selon les estimations de France terre d’asile, investir dans 8 000 places supplémentaires au sein du DNA permettrait d’économiser près de 14 millions d’euros par an, en raison de la différence de coût journalier avec une place en hébergement d’urgence généraliste, plus coûteuse et moins adaptée aux besoins des personnes exilées.
L’État français avait pourtant prouvé sa capacité à organiser les conditions d’un accueil digne des personnes exilées, en y investissant les moyens adéquats.
À l’horizon 2020, l’Etat prévoyait d’héberger 86 % des demandeurs d’asile, contre 50 % actuellement, selon ces documents.
Pour cela, l’objectif « ambitieux » du gouvernement était d’augmenter le parc d’hébergement, qui devait atteindre « plus de 97.000 places en 2019 », grâce, notamment, à la création de 1.000 places en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) et de 3.500 en hébergement d’urgence.
Pour équilibrer ces prévisions, le gouvernement tablait, en 2019 mais aussi en 2020, sur « une stabilité de la demande d’asile » et « une baisse de 10 % des demandeurs Dublin », les réfugiés déjà enregistrés dans un autre pays européen.
L’allocation pour demandeur d’asile
Les baisses d’investissement touchent également l’allocation pour demandeur d’asile (ADA), qui s’élève à 6,8 euros par jour et par personne.
Faute de places d’hébergement, 20 000 personnes perçoivent un montant additionnel de 7,4€/jour destiné à compenser l’absence d’hébergement dans le dispositif national d’accueil, portant le montant mensuel pour une personne seule non hébergée à 431,92 euros par mois - bien en dessous du seuil de pauvreté, à 1 288 euros.
L’ADA est la seule aide sociale de subsistance que les demandeurs et demandeuses d’asile peuvent toucher - elle est pourtant la seule prestation sociale à n’avoir pas été revalorisée depuis 2018, malgré une inflation cumulée de plus de 18%.
L’insécurité alimentaire est un par conséquent un problème récurrent : 36% des demandeurs d’asile en hébergement d’urgence souffrent de faim modérée ou sévère.
| Élément | Montant ou proportion |
|---|---|
| Allocation pour demandeur d’asile | 6,8 euros par jour et par personne |
| Montant additionnel sans hébergement | 7,4€/jour |
| Montant mensuel pour une personne seule non hébergée | 431,92 euros par mois |
| Seuil de pauvreté | 1 288 euros |
| Personnes percevant le montant additionnel | 20 000 personnes |
| Demandeurs d’asile souffrant de faim modérée ou sévère | 36% |
Le logement et la gestion du budget quotidien
Gérer un budget, c'est connaître les entrées et les sorties d'argent sur votre compte bancaire, pour prévoir les dépenses et éviter les situations difficiles.
Être autonome dans un logement coûte parfois cher : il est important de gérer le budget pour payer le loyer et les charges, en continuant à vivre normalement.
Si vous êtes souvent "à découvert" (compte bancaire en-dessous de 0€) :
- la banque prend automatiquement des frais, donc cela vous coûte encore plus d'argent.
- vous risquez d’avoir une réponse négative si vous demandez un crédit.
Avant l’installation dans un nouveau logement
- Transfert de courrier à la nouvelle adresse (option) : à partir de 47€. Tout est expliqué ici
- Contrat d’assurance habitation qui doit commencer le jour où vous arrivez dans le logement.
Pendant l’installation
- Premier mois de loyer
- Frais d'agence, si vous avez trouvé l’appartement grâce à une agence immobilière
- Ouverture des compteurs d’électricité, de gaz, et de la ligne téléphonique/internet
- Dépôt de garantie : maximum 1 mois de loyer, quand vous signez le contrat de location
- Une avance Loca-Pass (sans intérêts, ni frais de dossier) peut aider à payer le dépôt de garantie. Tout est expliqué ici.
- Frais de déménagement
Il y a des aides financières pour aider à payer le déménagement. Tout est expliqué ici.
Après l’installation
- Loyer
- Charges (électricité, gaz, internet, téléphone...)
- Assurance habitation.
Dans certains logements, les charges sont incluses dans le loyer (chauffage, eau…). Regardez bien votre contrat de location.
Quand vous signez un contrat (gaz, électricité, assurance habitation…), demandez un paiement "mensualisé par prélèvement bancaire", c’est-à-dire que l’argent est pris automatiquement sur votre compte chaque mois.
Cela permet d’organiser le budget, d’éviter de tout payer en même temps, et de ne pas oublier de payer les factures.
En fonction de votre situation, vous pouvez demander une aide financière pour payer une partie du loyer : APL (allocation personnalisée au logement).
Connaître vos revenus exacts (ce qui arrive sur votre compte : salaire net + aides sociales)
Garder la preuve des paiements (tickets de caisse, reçus de carte bancaire…) et vérifier régulièrement votre compte bancaire
Informer le propriétaire ou le bailleur social si vous avez des difficultés pour payer le loyer, avant d’avoir du retard
Prévoir les dépenses, mettre de l'argent de côté pour pouvoir payer, et répartir les dépenses sur plusieurs mois si possible :
- impôts au mois de septembre
- facture d’électricité plus importante pendant l’hiver
- nouveaux meubles, matériel pour le logement
- transports (abonnement transports publics, voiture, vélo).
Les prix de l’énergie (électricité, gaz) sont calculés et augmentent chaque année en janvier.
La règle 50 / 30 / 20
Pour bien gérer le budget total, la meilleure méthode est la règle 50 / 30 / 20 :
- 50% (la moitié) de vos revenus pour les dépenses obligatoires (logement, assurance, transport, courses, internet…)
- 30% (un tiers) de vos revenus pour les dépenses personnelles et pour le plaisir (vacances, vêtements, restaurant…)
- 20% (ce qu’il reste) pour économiser et mettre de côté.
Réduire les dépenses d’énergie
- Je baisse ou j’éteins le chauffage si je laisse les fenêtres ouvertes
- Je règle la température de mon chauffage (journée : 19° et nuit : 17°)
- La nuit, je ferme les volets et les rideaux pour garder la chaleur
- Je fais attention aux fuites sur les robinets ou la chasse d’eau
- Je ne laisse pas couler l’eau pendant que je me brosse les dents, fais la vaisselle ou prends une douche
- Je ne laisse pas la porte du frigo ouverte trop longtemps
- Je dégivre souvent mon congélateur
- Je mets le frigo loin du four et des plaques de cuisson
- J’éteins la lumière quand je sors d’une pièce et les appareils électriques si je ne les utilise pas (ordinateur, chargeurs…)
- Je choisis des ampoules basse consommation (LED)
- Je regarde l’étiquette-énergie quand j’achète un appareil électroménager (frigo, gazinière, machine à laver…). Plus la lettre s’approche du A, plus l’appareil permet d’économiser de l’énergie.
L’accès au travail comme investissement d’intégration
Les personnes exilées sont aujourd’hui souvent forcées à l’inactivité : à leur arrivée en France, les demandeurs d’asile n’ont pas le droit de travailler pendant les 6 premiers mois de leur demande d'asile.
Un accès plus rapide au marché du travail permettrait pourtant aux personnes de vivre dignement, ce que l’allocation pour demandeurs d’asile ne permet pas, mais aussi de faciliter leur insertion, de faire respecter leurs droits, et de permettre leur contribution à la vie économique et sociale du pays.
Selon le think-tank Terra Nova, permettre aux travailleurs et travailleuses étrangers d’exercer un métier est indispensable pour compenser le vieillissement de la population et pourvoir aux emplois disponibles, notamment dans les secteurs en tension tels que l’hôtellerie ou la restauration.
Le gouvernement entendait également réduire les délais de demande d’asile à « soixante jours » à l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).
Au total, 25 postes supplémentaires à l’Ofii (Office français d’immigration et d’intégration), 10 à l’Ofpra et 122 à la CNDA devaient être créés.
L’apprentissage du français et la formation civique
L’apprentissage du français pour toutes les personnes exilées et le plus tôt possible - dès la demande d’asile pour les demandeurs d’asile - est particulièrement difficile aujourd’hui, bien qu’indispensable à l’insertion socio-économique des personnes concernées.
Pourtant, les services d’enseignement du Français langue étrangère se dégradent très fortement.
Depuis août 2025, une grande partie des enseignements de français langue étrangère auxquels peuvent accéder toutes les personnes signataires du Contrat d’intégration républicaine ont lieu uniquement sur une plateforme numérique, et non plus en présentiel.
Le collectif inter-associatif Le Français pour tous dénonce un « échec annoncé de l’OFII pour accompagner les personnes dans l’appropriation et la maîtrise du français ».
Les élus ont regretté que la stagnation des crédits alloués à la formation linguistique pour les demandeurs de titres de séjour pluriannuels alors que rentre en vigueur au 1er janvier 2026, l’obligation d’avoir un niveau linguistique A2.
« Encore une fois, vous fixez des objectifs sans prévoir les moyens », a déploré la sénatrice socialiste, Corinne Narassiguin.
Le programme doit améliorer l’intégration.
La formation linguistique maximale est de 600 heures lorsqu'elle est suivie.
À partir du 1er janvier 2026, un examen civique est instauré à l'issue de la formation civique.
La formation est facultative, les étrangers pouvant se former par tous moyens.
Les formations linguistiques et civiques dans le cadre du CIR sont liées à l’intégration, dimension que l’on ne saurait négliger.
Les modalités de formation doivent être adaptées, car les difficultés de transport sont compliquées pour se rendre aux formations.
Depuis août 2025, une grande partie des enseignements de français langue étrangère auxquels peuvent accéder toutes les personnes signataires du Contrat d’intégration républicaine ont lieu uniquement sur une plateforme numérique, et non plus en présentiel.
Cergy-Pontoise: l’apprentissage du français commence pour les réfugiés
Le budget de l’intégration face aux dépenses de contrôle
Si les coupes budgétaires touchent les actions liées à l’accueil et l’intégration, le PLF 2026 pourrait marquer une forte augmentation de l’investissement dans la répression du séjour irrégulier.
En janvier 2024, la Cour des comptes a publié un rapport estimant à 1,8 milliards d’euros les dépenses relatives à la lutte contre l'immigration irrégulière pour l’année 2023.
Les places en centre de rétention administrative (CRA) représentent la majeure partie de ces dépenses : le coût annuel direct est estimé à 265 millions d’euros pour l’année 2024, soit 602 euros par jour et par personne.
Pourtant, le gouvernement organise une augmentation continue des capacités de ces centres avec un objectif de 3 000 places en 2027.
La mission « Immigration, asile et intégration » du projet de loi de finances pour 2026 a été adoptée avec des crédits en hausse de 80 millions par rapport à l’année dernière pour atteindre 2,16 milliards d’euros.
Une enveloppe est destinée à mettre en œuvre l’application du Pacte Asile et immigration, et le doublement de la capacité des centres de rétention administrative (CRA) à 3 000 places en 2029.
« Des moyens à la hauteur pour atteindre l’objectif de 3 000 places de rétention à l’horizon 2029 », a relevé la rapporteure LR Marie-Carole Ciuntu.
La présidente de la commission des lois, Muriel Jourda a salué « un budget qui préservait dans l’ensemble les fonctions régaliennes » même si la France « ne maîtrise pas les flux d’entrées sur son territoire ».
La sénatrice s’est aussi félicitée de l’affectation du budget Asile vers les personnels de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) avec 48 postes équivalents temps plein prévues en 2026.
À gauche, justement, les élus ont regretté que la stagnation des crédits alloués à la formation linguistique pour les demandeurs de titres de séjour pluriannuels alors que rentre en vigueur au 1er janvier 2026, l’obligation d’avoir un niveau linguistique A2.
Le sénateur communiste de Paris, Ian Brossat a relevé également que cette « hausse des crédits sert d’abord à financer la répression plutôt que l’intégration ».
« Vous dites que l’immigration doit être mieux organisée, mais vous consacrez l’essentiel du budget à la répression. »
Le Pacte Asile et immigration
La mise en œuvre en juin prochain du Pacte Asile et immigration a soulevé des interrogations.
Le Pacte prévoit notamment une procédure de filtrage aux frontières de l’Union européenne, pour accélérer le traitement des demandes d’asile pour les personnes peu susceptibles de l’obtenir.
Une enveloppe est destinée à mettre en œuvre l’application du Pacte Asile et immigration.
Le Pacte a été adopté le 14 mai 2024 et, d'une directive, il doit s'appliquer à partir de juin 2026.
Les dépenses liées à la rétention administrative
Les centres de rétention administrative bénéficient d’un plan d’investissement de 50 millions d’euros avec « plus de 450 places » supplémentaires prévues en 2018 et 2019.
L’ancien ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, avait annoncé 400 places supplémentaires mais « on a étendu le plan en cours d’année », indique-t-on à l’Intérieur.
Le gouvernement organise une augmentation continue des capacités de ces centres avec un objectif de 3 000 places en 2027.
Le doublement de la capacité des centres de rétention administrative (CRA) à 3 000 places est également prévu en 2029.
Les places en centre de rétention administrative (CRA) représentent la majeure partie de ces dépenses : le coût annuel direct est estimé à 265 millions d’euros pour l’année 2024, soit 602 euros par jour et par personne.
Cette orientation alimente le débat sur la répartition des crédits publics entre les fonctions de contrôle, l’hébergement, l’apprentissage du français, l’accès aux droits et l’insertion professionnelle.