Le 5 mai 2025, Bruno Retailleau a présenté une circulaire consacrée aux naturalisations des étrangers et adressée à l’ensemble des préfets. Le ministre de l’Intérieur assume un durcissement des critères et veut marquer le fait que « devenir français, ça se mérite ».
Bruno Retailleau a revendiqué une « rupture » en dévoilant une circulaire, datée du 2 mai, appelant les préfets à appliquer de façon stricte les dispositions légales de la procédure de naturalisation en France. Mais sur le fond, cette circulaire ne va rien changer, ou presque rien : les critères annoncés figuraient déjà dans les textes précédents.
Les trois critères que Bruno Retailleau veut resserrer
Le ministre de l’Intérieur a détaillé trois critères qui vont être resserrés pour obtenir la nationalité française : le respect des lois, la maîtrise de la langue et l’autonomie financière.
Le respect des lois
« Le premier effort paraît tellement évident, mais il faut le rappeler, c’est le respect de nos lois », a déclaré Bruno Retailleau.
Il demande aux préfets de rejeter les demandes des étrangers qui auraient été en situation irrégulière par le passé. La circulaire appelle ainsi les représentants de l’État à examiner plus strictement le parcours administratif des demandeurs.
Le texte de cinq pages, auquel est annexée la charte des droits et des devoirs du citoyen français, rappelle que « la jurisprudence établit la naturalisation non comme un droit, mais comme une décision souveraine du gouvernement ».
Un niveau de français relevé
Bruno Retailleau a insisté sur la nécessité de mieux « connaître notre langue, connaître aussi et reconnaître l’histoire de France ».
Le niveau de l’examen oral de français va être relevé. Le ministre veut ainsi renforcer les exigences linguistiques imposées aux étrangers qui demandent la nationalité française.
Ces critères de naturalisation figuraient déjà dans les textes précédents. Ce qui change, c’est le ton : il est « musclé » et « martial ».
La création d’un examen civique
« Nous allons créer, à partir du 1er janvier 2026, un examen civique qui permettra de connaître auprès du demandeur sa connaissance de notre histoire par sa connaissance de la culture civique », a déclaré le ministre de l’Intérieur.
Dans la circulaire, Bruno Retailleau prévoit d’instaurer, par décret, un « examen civique » lors de la demande de naturalisation, en lieu et place de l’entretien d’assimilation réglementaire actuellement en vigueur.
Cet examen doit permettre d’évaluer la connaissance de l’histoire de France et de la culture civique par les demandeurs.
L’autonomie financière des demandeurs
Enfin, en matière de travail, les préfets devront vérifier « si les demandeurs disposent de ressources suffisantes pour ne pas dépendre justement des aides sociales », a poursuivi Bruno Retailleau.
La circulaire vise à rehausser les attentes de l’État français en matière d’« autonomie financière » des demandeurs. Le ministre veut que les personnes sollicitant la nationalité française puissent justifier de ressources suffisantes et ne dépendent pas seulement des aides sociales.
| Critère | Mesure annoncée |
|---|---|
| Respect des lois | Rejet des demandes d’étrangers ayant été en situation irrégulière par le passé |
| Maîtrise du français | Relèvement du niveau de l’examen oral de français |
| Connaissance civique | Création d’un examen civique à partir du 1er janvier 2026 |
| Autonomie financière | Vérification de ressources suffisantes pour ne pas dépendre des aides sociales |

Une « rupture » surtout dans le discours
« Cette circulaire, c’est une rupture », mais « pas avec notre droit », a souligné le ministre, en déplacement à la préfecture de Créteil, dans le Val-de-Marne.
Bruno Retailleau a également déclaré : « Devenir Français, ça doit se mériter, et on doit être très très exigeant ». Il a expliqué vouloir faire reposer la nationalité française et la citoyenneté française « non pas seulement sur l’ascendance, mais d’abord sur un sentiment d’appartenance ».
Le ministre de l’Intérieur est formel : sa circulaire est « une rupture ». Mais sur le fond, cette circulaire ne va rien changer, ou presque rien. Un examen de français un petit peu plus dur, mais pas de « rupture ».
Les critères de naturalisation figuraient déjà dans les textes précédents. La nouveauté tient donc principalement au renforcement des consignes adressées aux préfets et à la volonté politique affichée de les appliquer plus strictement.
« La naturalisation est une décision souveraine du gouvernement », martèle Bruno Retailleau.
Une circulaire adressée aux préfets
Bruno Retailleau a envoyé lundi une circulaire aux préfets pour restreindre les conditions de naturalisation des étrangers.
Le document avait été révélé dimanche par Le Figaro et consulté par l’Agence France-Presse. Il a été diffusé à l’ensemble des préfets par le ministre de l’Intérieur.
La circulaire appelle ceux-ci à appliquer de façon stricte les dispositions légales de la procédure de naturalisation en France.
Bruno Retailleau avait déjà révisé en janvier la circulaire Valls sur les conditions de régularisation des étrangers sans papiers en France.
Le contexte politique du durcissement
À défaut d’une nouvelle loi sur l’immigration, comme le réclament la droite et l’extrême droite, le ministre de l’Intérieur « compose sa propre partition », écrit El País.
Bien décidé à « réduire encore plus les droits des immigrés et des étrangers », note le journal espagnol, l’ancien sénateur vendéen puise essentiellement dans le texte porté par son prédécesseur Gérald Darmanin, adopté en janvier 2024, pour mettre en avant sa vision.
Bruno Retailleau tient une ligne dure sur l’immigration et est par ailleurs candidat à la présidence des Républicains.
Un duel politique à droite
Cette situation le met en butte à la surenchère permanente de Laurent Wauquiez.
Le patron des députés LR rêve d’envoyer les étrangers sous OQTF à Saint-Pierre-et-Miquelon ? Bruno Retailleau s’attaque aux naturalisations.
Dans ce duel sans pitié, l’étranger est devenu un épouvantail, ou plutôt un appeau pour attirer les voix des militants LR.
La fermeté est présentée comme un « combo gagnant ». Mais cette surenchère a des conséquences risquées.
La proximité avec les thèmes de l’extrême droite
La droite valide ainsi, une fois de plus, le discours de l’extrême droite.
Le RN cible régulièrement ceux qu’il appelle « les Français de papier », ceux qui seraient, à ses yeux, un peu moins français que les autres.
Dans son programme, le parti lepéniste préconise même d’interdire certains emplois aux binationaux, ce qui en réalité est déjà le cas lorsqu’il y a des risques avérés d’ingérence étrangère.
Le nombre de naturalisations en France
En 2024, 66 745 acquisitions de la nationalité française par décret et par déclaration - mariage, ascendants et fratries - ont été dénombrées.
Ce chiffre représente une hausse de 8,3 % par rapport à 2023. Selon la direction générale des étrangers en France, qui dépend du ministère de l’Intérieur, cette progression s’explique par un rattrapage après une année marquée par des difficultés techniques.
La moyenne annuelle des naturalisations diminue depuis trente ans. Elle se situe désormais autour de 50 000 personnes par an, soit environ 0,05 % de la population française.
| Indicateur | Donnée |
|---|---|
| Acquisitions de la nationalité en 2024 | 66 745 |
| Évolution par rapport à 2023 | Hausse de 8,3 % |
| Moyenne annuelle actuelle | Autour de 50 000 personnes par an |
| Part de la population française | Environ 0,05 % |
Les effets possibles d’un accès plus restrictif à la nationalité
La naturalisation reste un outil d’intégration efficace, d’autant plus utile quand le solde naturel de notre démographie est désormais quasi nul.
Refuser davantage encore la naturalisation de personnes en situation régulière sur le territoire français a un effet mécanique immédiat : cela augmente la proportion d’étrangers vivant en France.
Ce qui n’est pas forcément l’objectif recherché par Bruno Retailleau.
Naturalisation par décret 2026 : étapes, délais réels et pièges à éviter 🇫🇷
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