Il court pour une famille de réfugiés : le destin d’une famille syrienne à Bréhat

Ahmad et Berivan Sido ont fui la Syrie en 2012. Victimes de la guerre, ils ont traversé de rudes épreuves à la recherche d’une nouvelle vie. La rencontre improbable d’une artiste bretonne a permis au couple et à ses cinq enfants de s’installer sur l’île de Bréhat (Côtes-d’Armor) en septembre 2019.

« J’ai quitté mon pays pour mes enfants. » Ahmad Sido a 35 ans. Kurde, il a fui la Syrie il y a sept ans. Aujourd’hui, il avance d’un pas décidé dans les rues étroites de l’île de Bréhat, dans les Côtes-d’Armor, en Bretagne.

Midi s’apprête à sonner au clocher, il faut vite rejoindre l’école Kérano. Ce père de famille connaît bien le chemin. Cela fait trois mois qu’il a posé ses valises sur l’île aux fleurs. La fin d’un périple interminable, marqué par la guerre, la misère et des malheurs que les mots ne peuvent conter.

Île de Bréhat et école Kérano

Une famille syrienne accueillie sur l’île de Bréhat

La venue d’une famille syrienne sur l’île de Bréhat (Côtes-d’Armor) est une chance pour la petite école de l’île. À l’entrée de l’école, ses cinq enfants s’amusent, rigolent. Ils parlent kurde mais prononcent avec joie quelques mots en français.

« À cet âge-là, on apprend vite », sourit Maud Galant, la directrice de l’école bréhatine.

En raison du nombre d’élèves - 29 cette année, les classes sont regroupées sur l’île. Loin d’être un problème, l’arrivée de cinq nouveaux enfants est perçue comme une chance.

« Cela dope nos effectifs, se réjouit Maud. Et puis c’est très enrichissant pour tout le monde. Ils ont très vite trouvé une place au sein du groupe. »

En voyant ses enfants heureux, Ahmad rayonne. Ce répit qu’il a trouvé à Bréhat, cela fait longtemps qu’il court après. Les enfants se sont très vite acclimatés à la Bretagne.

Une enfance marquée par la guerre et la précarité

Originaire de Ra’s al’Ayn, ville située au nord-est de la Syrie, il a perdu son père à l’âge de cinq ans.

« Je n’ai pas eu une enfance facile. J’ai quitté l’école à 13 ans », confie-t-il en kurde.

Livré à lui-même, il a travaillé sur des chantiers navals ou encore sur des puits de pétrole alors qu’il était encore adolescent.

Tout n’est pas noir pour autant. Lors d’un mariage, son regard croise celui de Berivan.

« On s’est mariés une semaine plus tard. »

Sur son visage, un sourire se dessine. Il évoque la naissance de son premier enfant, une petite fille nommée Delvine. Ils sont jeunes, beaux et amoureux. Ils sont aussi Kurdes, touchés de plein fouet par un conflit qui fait rage.

« Un jour, alors que nous étions sur le marché, des membres de l’Armée syrienne libre m’ont volé ma voiture. Je ne pouvais rien faire », se souvient le père de famille.

La fuite de Syrie après la mort de leur fille

Quitter le pays, fuir, pourrait alors sembler une évidence.

« Ce n’est pas si simple, décrit Ahmad qui a longtemps hésité avant de franchir le pas. En 2012, la ville où nous vivions a été bombardée. Notre fille aînée est morte, nous n’avions plus le choix, nous avions déjà perdu tellement. »

Gagner l’Europe coûte cher.

« Pour rejoindre la Turquie, j’ai payé 8 000 dollars », détaille Ahmad.

Ce sera le double pour un aller vers la Grèce. Pour financer le voyage, la famille a vendu tout ce qu’elle possédait. Le prix d’un aller simple sur un chemin semé d’embûches.

Détroussés, battus, humiliés… Franchir les frontières est périlleux. La famille tente à plusieurs reprises le passage vers la Grèce.

Ce sera finalement par la mer, payant rubis sur l’ongle une place sur un jet boat, qu’Ahmad, Berivan et leurs enfants parviennent à rejoindre l’île de Lesbos.

« Quand on est arrivé, j’étais persuadé que l’on serait enfin en sécurité », évoque Ahmad.

Submergées par l’afflux de migrants, les autorités sont dépassées. La famille syrienne se retrouve confrontée à la misère.

ÉtapeÉpreuve ou événement
SyrieLa ville où vivait la famille a été bombardée en 2012.
Turquie« Pour rejoindre la Turquie, j’ai payé 8 000 dollars »
GrèceLa famille rejoint l’île de Lesbos par la mer.
AthènesLa famille obtient finalement le droit d’asile.
BréhatAhmad, Berivan et leurs cinq enfants s’installent sur l’île en septembre 2019.

La rencontre avec Anaïs Normand dans le camp de Moria

Quand elle n’est pas à Bréhat, Anaïs Normand part en Grèce pour venir en aide aux réfugiés.

La suite de l’histoire, c’est une Bretonne qui la raconte. Artiste peintre et photographe, Anaïs Normand avait 27 ans en 2016.

« Sur un coup de tête, je suis partie en Grèce pour réaliser un travail sur la situation des réfugiés dans le camp de Moria, retrace-t-elle. Je devais rester trois semaines, je suis rentrée au bout de trois mois. »

Ce qu’elle découvre sur place est inimaginable. Les camps destinés à accueillir les migrants sont bondés.

« Les personnes dorment à même le sol. Certains n’ont pas accès à l’eau, pas de couverture. C’est l’anarchie et c’est de pire en pire », se révolte Anaïs, qui retourne régulièrement sur place.

Camp de Moria sur l’île de Lesbos

Elle croise la route de nombreux réfugiés, réalise des portraits, recueille des récits. Ahmad est le seul à accepter de témoigner à visage découvert.

Entre la famille kurde et Anaïs, un lien se forme malgré la barrière de la langue. L’artiste bretonne prend régulièrement des nouvelles d’Ahmad et des siens qui, comme tant d’autres, attendent inlassablement une décision sur le sort qui leur sera réservé.

Trois années d’attente avant le droit d’asile

Trois ans, cela fait plus de mille jours. Mille jours de misère, de faim et d’angoisse. Malgré cela, la famille tient bon et obtient le droit d’asile.

Ils vivent alors à Athènes et les galères s’enchaînent.

« En Grèce, il y a très peu d’opportunités pour les réfugiés. Ils se retrouvent souvent à la rue, livrés à eux-mêmes », dénonce Anaïs.

Mais avec l’asile, la famille peut voyager en Europe. La fuite continue.

Ahmad ne veut pas rejoindre une grande ville. Il craint de retrouver la misère, d’être confronté aux mêmes galères. Son rêve d’une nouvelle vie pour sa famille est ailleurs, mais il ignore où…

Le rêve d’une nouvelle vie à Bréhat

Originaire de Bréhat, Anaïs lui montre quelques photos de l’île aux fleurs. La destination fait rêver la famille, mais le projet de s’y installer semble impossible.

« Les procédures pour changer de pays de résidence sont très compliquées », informe Anaïs.

L’île de Bréhat est située dans les Côtes-d’Armor. Surnommée l’île aux fleurs, c’est un endroit très touristique l’été.

De retour chez elle, Anaïs partage l’histoire avec quelques habitants de l’île. Une question est posée : faire venir des réfugiés à Bréhat, est-ce vraiment si compliqué ?

« Un élan de solidarité s’est formé et le projet est né », s’étonne encore l’artiste.

Avec l’aide de l’association Bréhat vit, qui œuvre pour faciliter l’installation de personnes à l’année sur l’île, l’ambition d’aider la famille syrienne à trouver refuge se dessine.

Sur les 290 ha, le nombre de maisons est limité.

« Il y a très peu de logements sociaux et tous sont occupés », observe le médecin.

Très vite, l’idée de louer un logement privé s’impose. Les recherches démarrent sans tarder avant l’été 2019.

Un peu plus de 300 personnes vivent à l’année sur l’île de Bréhat.

Carte de l’île de Bréhat en Bretagne

Un logement et un emploi pour permettre l’installation

Pour assurer un avenir à la famille, l’enjeu consiste aussi à trouver un employeur susceptible de faire une promesse d’embauche à Ahmad.

Car s’il s’installe à Bréhat avec un visa de touriste, il ne pourra y rester que quelque mois.

Anaïs contacte alors Antoine Tartault, le gérant d’une entreprise de bâtiment.

« J’ai tout de suite accepté », énonce-t-il.

Ce n’est pas qu’une question de solidarité. Sur l’île, comme ailleurs, la main-d’œuvre dans le secteur du bâtiment est rare.

La mobilisation des habitants et l’appel aux dons

Au cœur de l’été, alors que des milliers de touristes visitent l’île, l’arrivée d’une famille syrienne commence à bourdonner.

Un appel aux dons s’organise dans la foulée. Via les réseaux sociaux et le bouche-à-oreille, la poignée de bénévoles parvient à réunir près de 8 000 €.

« Heureusement, la plupart des habitants étaient favorables au projet. Nous avons eu beaucoup de soutiens », remercie Anaïs.

En septembre, après un dernier long voyage, Ahmad, Berivan et leurs cinq enfants débarquent sur la cale de Port-Clos, à Bréhat.

« Je n’oublierai jamais ce moment. Cela faisait deux heures qu’ils étaient arrivés quand des jeunes de l’île ont invité les enfants à jouer au foot », se souvient Anaïs.

Port-Clos est la porte d’entrée de l’île de Bréhat.

Les premiers pas d’une nouvelle vie

Le nouveau départ de la famille est en marche, mais il reste encore beaucoup à faire. Pour surmonter les épreuves, les bénévoles qui portent le projet s’organisent.

Bréhat vit gère le quotidien, Anaïs, de son côté, prend en charge les démarches administratives.

« Un pari dingue », reconnaît-elle.

Logés dans une maison située à l’entrée de l’île, financée grâce aux dons récoltés, Ahmad et Berivan tentent de retrouver goût à la vie.

Pour s’intégrer, le couple a redoublé d’efforts avec enthousiasme. Le quotidien est rythmé par des cours de français, l’école et des sorties.

Ahmad aime aussi aller pêcher.

Cours de français, ateliers divers, découverte des environs… En attendant de pouvoir reprendre une vie normale, les bénévoles accompagnent la famille kurde pour faciliter son intégration.

Localement, la famille est très appréciée.

Pour preuve, lors d’une soirée organisée début décembre pour mettre en avant la gastronomie kurde, une centaine de personnes ont franchi la porte de la salle des fêtes pour goûter les plats concoctés par Berivan et chanter avec les enfants.

Les enfants adorent jouer avec Igloo, le chien de Céline, l’une des habitantes de l’île qui aide la famille au quotidien.

Un peu d’insouciance, une vie « normale ».

Île de Bréhat en famille - Bretagne 2020

Vivre en paix malgré l’inquiétude pour les proches

Pour cela, Ahmad paye le prix fort.

Quand on lui demande s’il a des nouvelles de ses proches restés en Syrie, l’homme hoche la tête.

« Je n’ai pas eu de nouvelles de ma mère depuis des mois… »

Il n’est pas indifférent à ce qui se passe à 4 000 kilomètres de Bréhat. Souvent, il pianote sur son téléphone pour rester informé.

Mais à l’autre bout de la ligne, on ne lui répond pas toujours. Craindre le pire fait partie du quotidien.

Il y aurait de quoi pleurer, de quoi devenir dingue. Ahmad préfère sourire et proposer une tasse de thé à ceux qui viennent le voir.

Il regarde l’avenir, s’impatiente à l’idée de recommencer à travailler. Ceux qui suivent sa situation de près sont optimistes, le visa de travail ne devrait pas tarder.

Une expérience qui pourrait être renouvelée

De son côté, Anaïs Normand a depuis créé une association : Îles solidaires.

Elle réfléchit à l’idée de renouveler l’expérience.

« Si cela a fonctionné à Bréhat, cela peut marcher ailleurs, rêve-t-elle. La vie sur l’île semble plaire aux enfants. L’exemple de l’île aux fleurs montre « qu’il est possible de faire bouger les lignes ».

Des enfants qui s’amusent, qui vont à l’école, qui grandissent. Des parents qui travaillent, qui reçoivent des amis, qui s’aiment. Comme les autres, ils veulent vivre en paix.

D’autres initiatives d’accueil en Bretagne

Un centre d’hébergement pour réfugiés a été aménagé dans un ancien gite de Corlay, commune située près de Loudéac (Côtes-d’Armor).

L'ancien gite de Kerimard, à Corlay (Côtes-d'Armor) accueillera cinq familles de réfugiés à partir du lundi 23 janvier 2023.

Cinq familles de réfugiés ayant quitté la Syrie, le Congo et le Centre-Afrique s’y installeront dans les quinze prochains jours. Ces familles seront accompagnées au quotidien par deux membres de l’association.

« Elles auront les mêmes droits et devoirs que tout citoyen français, à l’exception du droit de vote, indique le maire, futur voisin de ces familles. C’est l’occasion de mettre en avant l’une des devises de la République qu’est la Fraternité, en accueillant notamment des familles dans le malheur.

Olivier Alain s’appuie sur le retour du maire de Gouarec où un centre accueillant 27 réfugiés est en place depuis sept ans : « Il témoigne que cela n’apporte que du positif.

La recherche de logements pour les familles migrantes

Le collectif Cent pour un toit du Pays de Quimperlé (Finistère) recherche en urgence deux logements pour deux couples de migrants, avec trois enfants.

L’appel lancé en décembre est resté vain. Le collectif Cent pour un toit du pays de Quimperlé le renouvelle aujourd’hui.

Il s’agit d’une part d’une famille actuellement hébergée à Arzano. Les propriétaires ont souhaité récupérer leur bien. La date avait été à plusieurs reprises repoussée.

Mais là, « la maison est vendue. Le 7 juillet, ils seront à la rue », relève Fanny Chauffin, membre du collège qui gère l’association.

L’autre famille est, elle, suspendue « à la décision du Centre d’accueil de demandeurs d’asile (Cada) », pour pouvoir continuer à bénéficier d’un hébergement.

Faute de solution de relogement, le collectif en appelle à la solidarité des particuliers.

« On paye un loyer solidaire et on assume les charges. »

La solution peut passer aussi par l’accueil chez l’habitant.

« Cela peut être l’occasion de tester l’habitat intergénérationnel », avec des services rendus au quotidien.

« L’idéal est de disposer d’une entrée indépendante. Encore faut-il parer au plus pressé et assurer un toit tout l’été aux deux familles concernées.

Tous les campings disposant d’emplacements solidaires ont été sollicités. Et l’association recherche « une caravane ou un mobil-home.

Le collectif Cent pour un toit et l’accès aux droits

Le collectif Cent pour un toit du pays de Quimperlé a vu le jour il y a huit ans. Son credo ? « L’humanité n’a pas de frontière » avec l’exigence d’un toit pour tous.

Reconnue d’utilité publique, l’association accompagne un soixante de migrants dont quarante enfants. Les familles sont principalement originaires d’Europe de l’est et de l’Afrique subsaharienne.

Six appartements sont mis à disposition par les municipalités de Quimperlé, Clohars-Carnoët et Arzano.

« Toutes les familles sont engagées dans des procédures pénales. Dès qu’elles sortent du dispositif Cada, elles n’ont plus rien.

Aujourd’hui, il y a le constat d’un droit d’asile de plus en plus restrictif.

« La France régularisait 80 % des réfugiés, il y a dix ans. Elle les refuse aujourd’hui dans 80 % des cas. »

Cent pour un toit avait été à l’initiative d’une pétition, au printemps dernier, enjoignant le gouvernement à accorder le droit au travail aux migrants, pour assumer la charge de leurs familles.

Le projet de loi Darmanin a remis la question sous les feux de l’actualité. L’embauche des demandeurs d’asile ne serait envisagée que dans certains cas.

« Cela va sans doute permettre d’embaucher certaines personnes plus vite qu’auparavant, mais le revers de la médaille sera terrible pour tous les autres en compliquant encore plus leur situation », estime Marie Guillaume.

Hébergement solidaire pour familles réfugiées

Des parcours d’exil marqués par la violence

Sonia partage son logement HLM d'Orvault avec sa famille, arrivée de Syrie. Ils ont fui à pied, en bateau, par la route des Balkans.

Le HLM de 80m2 qu'occupent Sonia, son mari et ses deux petites filles, est plein comme un oeuf. Deux de ses frères, sa soeur, un neveu et son épouse, les ont rejoints, après avoir fui la guerre en Syrie.

Ils vivent à neuf dans l'appartement en haut d'une tour, à Orvault.

« Une amie m'a gentiment proposé de leur donner des cours de français », explique Sonia, en France depuis 2008.

En attendant l'inscription à un cours de français. Tous sont actuellement complets.

Mohamad, 26 ans, tenait une boutique à Damas, avant la guerre. Réfugié en Turquie, il a quitté le pays en décembre.

« Quand je suis arrivé ici, j'ai eu l'impression d'être au paradis. Le chauffage, un luxe », s'enthousiasme-t-il.

Il y a un mois, il a embarqué à bord d'un canot pneumatique, croisant la mort de près.

À l'époque, les réfugiés étaient moins nombreux. Il obtient un laisser-passer pour Athènes, après quatre jours dans un camp.

« Les passeurs m'ont ensuite demandé 5 000 € à 6 000 € pour traverser jusqu'en Italie », confie Mohamad.

Il refuse, n'a pas les moyens. Commence un long périple à travers les Balkans, en train, puis à pied jusqu'à la Macédoine.

« On a réussi à y entrer après quatre tentatives et quelques coups donnés par la police. On a traversé les forêts, sous la pluie.

Le pire restait à venir : « Pour 750 €, un passeur nous a embarqués dans un petit camion, direction la Serbie. On était une trentaine. Après quelques kilomètres, on ne pouvait plus respirer. Le conducteur ne nous entendait pas. C'est la police qui nous a sauvés.

Cet épisode reste son souvenir le plus douloureux du voyage. Il a dû s'échapper pour ne pas être expulsé.

S'en suivent des dizaines de kilomètres de marche à travers la Serbie, la Hongrie, entre forêts et montagnes. Des billets glissés aux policiers pour qu'ils ferment les yeux.

Les images des réfugiés diffusées par Al Jazeera défilent en boucle sur l'écran de télévision.

Et comme s'il fallait une preuve à l'horreur, Mohamar, 28 ans, exhibe celles captées par son portable.

Cet autre frère de Sonia a quitté le pays en avril avec le neveu de son mari, 23 ans, et sa femme, 26 ans. Blessé à une jambe, il n'a pas eu d'autre choix.

Ce déserteur de l'armée, recherché par le régime, a vécu l'horreur en avril 2013, dans un village syrien :

« L'armée du régime a massacré 525 personnes. Ma cousine est morte dans mes bras, tuée par un fragment d'obus. Les pires jours de ma vie.

Le trio s'engage donc pour un mois de parcours du combattant, à trente dont dix enfants dans des coquilles de noix pour traverser la mer Égée.

Et des garde-côtes qui jettent le moteur dans l'eau, frappent les récalcitrants, renvoient vers la Turquie...

La troisième tentative sera la bonne.

« En Grèce, continue Mohamar, on a longé la voie ferrée en haut d'un pont, au-dessus d'un fleuve, avec des marches en bois qui craquaient... Et le train arrivait derrière. »

Frissons.

« On a aidé une fillette de 6 ans, aveugle, à traverser.

En avril, le nombre de réfugiés a gonflé, par rapport à décembre. Plus question de prendre un train.

Le trio parcourt 300 kilomètres à pied en six jours, en Macédoine. Ils sont 300, à marcher dans la forêt.

Tromper le froid et la faim :

« On mangeait les oignons trouvés dans les champs et des feuilles de vigne. »

Ils n'osent pas demander de l'aide, de peur d'être renvoyés à la frontière.

En mai, ils parviennent à Nantes.

« On n'est pas des SDF, pas des voleurs, tient à dire Sonia. On a fui notre pays à cause de la guerre. On avait un métier là-bas.

Les expulsions et la précarité après les demandes d’asile

À l’automne 2025, une quarantaine de personnes se sont réunies devant le tribunal judiciaire de Saint-Nazaire pour soutenir des familles menacées d’expulsion du centre d’accueil de demandeurs d’asile.

La nouvelle leur est parvenue la veille par la voix de l’association Solidarité estuaire, qui gère le logement en question.

À LIRE AUSSI. Le scénario se répète pour cette famille déboutée du droit d’asile et arrivée en France fin 2018 depuis l’Albanie, où elle dit faire l’objet d’une vendetta familiale.

Celle-ci avait déjà été menacée d’expulsion en 2023, puis en 2025.

Selon l’UCIJ, un parrainage civil a même eu lieu en mairie de Saint-André-des-Eaux le 4 mai 2024.

« À la veille de la rentrée scolaire, cette famille ne doit pas être mise à la rue », fustigent les représentants du collectif, qui martèlent à l’envi : « Pas d’expulsion sans relogement. »

Un slogan entendu lors des manifestations contre les expulsions des déboutés du droit d’asile en août 2025, à Saint-Nazaire.

L’accueil et l’accompagnement au quotidien

Depuis début juin 2023, la famille de Marine et Ludovic compte une personne de plus : Sabrina, réfugiée somalienne de 23 ans.

Cette famille de Rennes avait déjà l’habitude d’héberger de jeunes Américaines par le biais d’une association.

La jeune femme de 23 ans s’empresse de montrer son bureau et son placard, qui ne servent qu’à elle. Le lit est bordé d’une couverture.

Sur la table, quelques feuilles d’exercices témoignent de son envie d’apprendre le français.

Elle réside pour trois mois chez Marine et Ludovic, dans le cadre d’un dispositif porté par l’association J’accueille.

Marine et Ludovic avaient répondu à l’appel pour offrir l’hospitalité aux Ukrainiens arrivés en France.

« Comme nous ne pouvons héberger qu’une femme seule, ça n’a pas fonctionné, mais la préfecture nous a recontactés pour nous parler de J’accueille », raconte Ludovic.

Elle se souvient encore des écarts culturels au sujet du ménage et de l’hygiène avec les adolescentes américaines.

L’association accompagne les familles et les personnes réfugiées dans leur quotidien, pour éviter que des incompréhensions ne dégénèrent en crispations.

La jeune femme observe avec attention les habitudes de la famille.

Très vite, elle a demandé quand venait son tour de corvées, puisqu’un tableau liste les tâches de chacun dans la cuisine.

Les règles de vie ont été établies lors de la signature du contrat avec J’accueille.

L’association prend bien soin d’indiquer aux familles qu’elles n’ont pas à s’immiscer dans les choix de vie des personnes accueillies.

Pour le reste, libre aux réfugiés et aux accueillants de passer des moments ensemble ou pas.

Dans la grande maison de Marine et Ludovic, chacun court entre le travail, l’école et les activités.

Le repas du soir constitue le moment de rassemblement de la famille.

La jeune femme l’a bien compris, puisqu’elle n’en manque pas un seul et a proposé plusieurs fois de cuisiner des plats somaliens.

Île de Bréhat en famille - Bretagne 2020

Les difficultés persistantes de l’hébergement

Toute leur vie se trouve là, empaquetée dans une poignée de valises, éparpillées sur le trottoir donnant sur la façade d’un sombre hôtel de la périphérie bordelaise.

Vêtements, souvenirs, jouets, papiers… Vendredi 12 septembre, Artem Vitruk, sa femme Rita Duman et leurs six enfants ne se posent qu’une question à l’horizon bien court : où dormir cette nuit ?

« La veille, nous avons pu leur payer une seule nuit d’hôtel en faisant une petite cagnotte entre nous, mais ce n’est absolument pas durable », se désole Lesya Laroulandie, vice-présidente de l’association Maison ukrainienne.

Réfugiés et ayant obtenu une autorisation provisoire de séjour en France jusqu’en janvier 2026, Artem, Rita et leurs enfants ont quitté la région de Kharkiv, dans l’est du pays dont ils sont originaires, face aux bombardements de l’armée russe en 2023.

Durant deux ans, l’Allemagne aura été leur premier point de chute. Leur petit dernier, prénommé judicieusement German, y verra d’ailleurs le jour.

Croyant que la qualité de leur vie sera meilleure en France, ils débarquent à Paris en mai dernier.

Après une période dans un centre d’hébergement, ils sont expulsés et se retrouvent sans toit.

« On nous a dit que l’on ne respectait pas les règles du centre, mais ce n’est absolument pas vrai, j’ai refusé de signer quoi que ce soit », assure Rita, montrant l’avis d’expulsion.

Leur plus grande fille, âgée de 16 ans, lâche quelques mots, parlant rapidement de la violence dans ces structures et du vol de son téléphone portable.

« Ce n’est pas la première fois que je vois une famille qui fuit la guerre être lâchée par l’État », déclare Lesya Laroulandie.

Ils se sont alors dirigés vers la capitale girondine, laissant leur aîné, majeur, à Paris.

« On nous a dit qu’à Bordeaux, il y aurait peut-être un peu plus d’endroits où nous héberger », explique Artem, qui travaillait auparavant dans une usine de farine.

Ils tentent alors leur chance, avec le résultat que l’on sait.

Seule maigre lueur d’espoir dans leurs yeux fatigués, un rendez-vous avec la Spada (Structure de premier accueil pour demandeurs d’asile) a été trouvé lundi pour tenter de dénouer la situation.

« C’est emblématique de l’accueil des Ukrainiens en France. On dit qu’il y a des dispositifs, des choses mises en place, mais dans la réalité, il n’en est rien. Le peuple ukrainien est un peuple qui souffre, on ne peut pas les laisser ainsi.

Depuis que l’opinion publique s’est détournée de ce problème, c’est beaucoup plus compliqué », s’émeut Lesya Laroulandie, pointant également du doigt la responsabilité étatique et le peu de moyens offerts à leur accueil.

« Quand je vois tous ces drapeaux ukrainiens flotter, je trouve ça hypocrite. Ce n’est pas la première fois que je vois une famille qui fuit la guerre être lâchée par l’État.

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