Le 18 octobre 1685, Louis XIV révoque l’édit de Nantes. Désormais, la « religion prétendue réformée » n’a plus droit de cité en France. L’événement constitue une rupture dans l’histoire des protestants français.
Les persécutions entraînent de nombreux départs vers les pays du Refuge, c’est-à-dire les États protestants qui acceptent de les accueillir, principalement l’Angleterre, les Provinces-Unies, Genève et certains États germaniques de l’Empire.
L’édit de Nantes : un compromis entre deux confessions
Sans l’habileté et le courage politique d’Henri IV, les guerres de Religion auraient pu aboutir à une partition du pays : au nord une France catholique, au sud une France protestante.
Signé le 13 avril 1598, l’édit de Nantes est un compromis imposé aux deux camps épuisés par trente ans de guerres fratricides. L’édit de Nantes signé le 30 avril 1598 met-il véritablement fin aux guerres de religion qui ont ensanglanté le royaume au xvie siècle ? Présentée ainsi, la signature de l’édit semble relever de la toute-puissance d’Henri IV en mesure d’arrêter les conflits religieux par le seul pouvoir de sa signature.
Or les négociations, commencées en 1593, ont été longues et difficiles, ralenties par la détermination du roi et des représentants protestants réunis dans des assemblées politiques.
L’édit de Nantes comprend quatre textes : l’édit proprement dit composé de 93 articles généraux, 56 articles particuliers et deux brevets, c’est-à-dire des actes par lesquels le roi accorde généralement une faveur.
| Disposition | Contenu |
|---|---|
| Liberté de conscience | L’édit accorde aux protestants la liberté de conscience. |
| Liberté de culte | Une liberté de culte limitée car interdite à Paris et dans les villes sièges d’un évêché. |
| Égalité civile | Les réformés ont désormais accès à toutes les charges et emplois publics. |
| Premier brevet | Il autorise le paiement des pasteurs par l’État. |
| Deuxième brevet | Il accorde aux protestants 150 places de sûreté. |
En négociant la signature de cet édit entre les deux confessions, l’État royal instaure une tolérance civile : c’est l’État qui fixe désormais les règles de coexistence entre les deux confessions, la tolérance ecclésiastique - le fait que les deux confessions s’acceptent mutuellement - étant impossible.
En légalisant deux confessions dans un même royaume, l’édit de Nantes fait exception en Europe. Dans l’Europe de ce temps, la règle veut que les sujets pratiquent la religion du prince.
Dans le Saint-Empire, par exemple, par la paix d’Augsbourg de 1555, l’empereur Charles Quint accepte que le prince de chaque État choisisse la confession de son choix entre le catholicisme et le luthéranisme, les habitants devant alors suivre la confession de leur prince.
L’application de ce principe a mis l’Allemagne à feu et à sang pendant trente ans. Elle a provoqué une émigration massive, les protestants fuyant vers les États des princes protestants, et les catholiques vers ceux des princes catholiques.
De la confirmation de l’édit à la disparition des protections protestantes
Les guerres de religion reprennent en 1621, après l’expédition militaire menée en 1620 par Louis XIII pour restaurer le catholicisme dans la province du Béarn, restée jusque-là majoritairement protestante.
L’objectif du cardinal de Richelieu, principal ministre du roi Louis XIII, consiste alors à « ruiner » le parti huguenot.
Un des épisodes les plus célèbres de ces guerres de religion se déroule à partir de septembre 1627 quand les armées royales mettent le siège devant La Rochelle, une place forte protestante qui s’est révoltée contre l’autorité royale. La ville ne se rend qu’en octobre 1628.
Les combats se poursuivent alors dans le sud du royaume. La paix revient quand un nouvel édit est signé à Nîmes en juillet 1629 : l’édit de Nantes est confirmé, mais c’est une défaite militaire et politique pour les protestants qui perdent toutes leurs places fortes et leurs assemblées politiques sont définitivement interdites.
Le « parti huguenot » n’existe plus et les protestants sont désormais sans défense face à l’État royal.
La révocation de l’édit de Nantes est l’aboutissement d’une politique de réunification religieuse qui commence dès le règne de Louis XIII et qui est poursuivie de façon systématique sous Louis XIV.
Dès le ministère de Richelieu commence une reconquête catholique systématique que Louis XIV poursuit et même intensifie.
La politique de conversion sous Louis XIV
Dès 1661, Louis XIV souhaite établir l’unité de foi et demande de faire appliquer strictement l’édit de Nantes « à la rigueur », c’est-à-dire de déterminer si le culte réformé est pratiqué suivant les termes exacts de l’édit : les temples protestants jugés illégaux sont détruits.
Commence alors une période de persécutions et d’encouragements à la conversion marquée notamment par la création en 1676 de la Caisse des conversions par un ancien huguenot, Paul Pellisson, pour récompenser financièrement ceux qui abjurent le calvinisme, appelés les Nouveaux Convertis (NC).
En 1680, les mariages mixtes et les conversions au calvinisme sont interdits. Les huguenots sont progressivement exclus de tous les offices, de l’armée et de nombreux métiers.
Depuis un peu plus de vingt ans, tous les droits des protestants sont grignotés progressivement, par des commissaires qui sont envoyés pour baisser la hauteur d’un temple, enlever une pièce dans un temple, déplacer un cimetière.
Tout ce qui n’était pas spécifiquement autorisé par l’Édit de Nantes était réputé interdit.
Les dragonnades et la contrainte religieuse
L’intendant du Poitou, Marillac, demande en 1681 l’intervention de soldats du roi, les dragons, et leur logement dans les familles protestantes pour obtenir leur conversion : ce sont les dragonnades.
Les soldats sillonnent le Poitou et obtiennent quelques 30 000 conversions.
Pour mater ses sujets rebelles, on fait loger chez eux des troupes de « dragons » autorisés à ne rien respecter chez leurs hôtes, lesquels sont brutalisés, violés et même quelquefois tués en toute impunité.
Ces persécutions vont devenir de plus en plus violentes, avec notamment les dragonnades, qui consistaient à envoyer des soldats dans les familles protestantes pour les contraindre à se convertir.
La révocation de 1685
Le 18 octobre 1685, Louis XIV signe à Fontainebleau la révocation de l’édit de Nantes de 1598.
Les édits de Nantes et de Nîmes sont révoqués, les pasteurs obtiennent le choix entre l’émigration et la conversion, alors que l’exil est interdit pour tous les autres huguenots. Les derniers temples sont démolis.
À cette époque, l’estampe est en effet le meilleur moyen de diffuser une information : elle peut être produite à des milliers d’exemplaires et se vend à un faible prix - de quelques sous à une ou deux livres selon le sujet et le format.
Compte tenu de l’importance de l’événement à célébrer, c’est à la gravure qu’il est fait appel pour en répandre l’annonce.
La lecture de l’édit a lieu dans une immense salle qui ouvre sur la cour du château par trois grandes baies. Couronne sur la tête, le roi est assis à droite sous un énorme dais qui délimite l’espace du prince. Placé sur une petite estrade, son trône disparaît sous une large étoffe fleurdelisée.
Face au souverain s’étend une grande table où sont assis ses conseillers, tête nue. Debout près de lui, un évêque tient en main les feuillets de l’édit. De tous les présents, seuls les gardes, d’ailleurs peu nombreux, et trois ecclésiastiques sont restés couverts.

D’après les informations qui remontent jusqu’à Versailles en 1685, il n’y aurait plus de réformés en France. C’est presque vrai pour certaines provinces, la Normandie par exemple, mais ce l’est beaucoup moins pour la Guyenne et le Languedoc.
Dans les Cévennes, les protestants se réunissent dans les assemblées du « Désert » et continuent à pratiquer leur religion.
Mais pour le roi, à Versailles, l’unification religieuse représente un immense succès en un temps où le religieux est indissociable du politique.
En 1685, mal informé des réalités, Louis XIV décide la révocation de l’édit de Nantes de 1598 devenu, croit-il, sans objet.
La Révocation, célébrée à Versailles comme un grand succès, est, en fait, la plus grande erreur politique du règne.
Saint-Germain-de-Calberte : un village cévenol sous la persécution
Dans un ouvrage de microhistoire, « Un village sous la révocation de l’édit de Nantes », l’historien Patrick Cabanel raconte comment cet événement à la fois tragique et fondateur pour les protestants de France a été vécu à Saint-Germain-de-Calberte, petit bourg réformé, sous Louis XIV.
Patrick Cabanel, qui s’est imposé comme le grand spécialiste de l’histoire du protestantisme français, a choisi, lui, de s’inscrire dans la microhistoire.
Avec Un village sous la révocation de l’édit de Nantes (Passés composés, 2025), il se penche sur l’événement à l’échelle locale.
Saint-Germain-de-Calberte (Lozère), qui compte aujourd’hui 455 habitants, n’a pas été choisi au hasard.
À la veille de la révocation, ce village des Cévennes méridionales est presque unanimement réformé.
Malgré ou pour cette raison, c’est là que l’abbé du Chaila, nommé inspecteur des missions, décide d’établir un séminaire.
Saint-Germain-de-Calberte, dans l’esprit de ce prêtre, sera la citadelle catholique d’où s’opérera la reconquête des âmes hérétiques.
C’est dire si le village fut frappé de plein fouet par la révocation !
L’historien relate donc les dragonnades, les abjurations arrachées, les pendaisons et les condamnations aux galères des protestants opiniâtres.
Face à la persécution, certains acceptent de se convertir, d’autres fuient à l’étranger, d’autres encore continuent de vivre leur foi dans le secret.
Patrick Cabanel fait le portrait de quelques-uns des habitants amenés à faire des choix qui déterminent toute leur existence.
Il livre aussi le récit de certaines journées particulières, comme cette assemblée clandestine qui, découverte par des espions catholiques, sera interrompue à coups de fusil.
Toute cette violence de la révocation s’est finalement avérée contre-productive pour l’Église catholique, estime l’historien.
Face à l’oppression qu’on leur infligeait, la majorité des Cévenols semblent bien s’être raidis dans leur protestantisme.

Abjuration, clandestinité et résistance religieuse
À la suite de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, une partie des protestants va se résoudre à abjurer pour éviter les persécutions, tandis qu’une autre partie décide de s’exiler.
Dans les années qui suivent la révocation de l’Édit de Nantes, l’État royal s’interroge sur la politique à mener à l’égard des Nouveaux Convertis (NC), ces réformés qui ont abjuré leur foi protestante pour se convertir au catholicisme.
Le cardinal de Noailles, archevêque de Paris, est chargé par le roi de consulter les évêques sur l’attitude de ces convertis au catholicisme.
Étienne Le Camus, évêque de Grenoble de 1671 à sa mort en 1707, cardinal en 1686, est un ecclésiastique respecté, attentif à la mise en place de la Réforme catholique dans son diocèse et opposé à l’utilisation de la violence dans la conversion des huguenots du Dauphiné au moment de la Révocation de l’édit de Nantes.
Dans ce mémoire rédigé en 1698, Étienne Le Camus constate avec amertume l’échec des méthodes de conversion prônées par le roi et l’Église catholique : ni les mesures de violence comme les dragonnades, ni « la douceur et la charité » n’ont eu d’effets sur les protestants.
En 1685, les Nouveaux Convertis qui étaient restés dans mon diocèse avaient un véritable dessein d’embrasser la religion catholique ; les instructions qu’on avait faites dans la ville de Grenoble et dans tous les endroits de ce diocèse où ils étaient répandus les avaient convaincus, et le soin qu’on avait pris de les traiter avec douceur et avec charité leur avait donné une entière confiance en moi : ils allaient au sermon, à la messe, aux processions, aux bénédictions du saint sacrement et envoyaient tous les dimanches leurs enfants au catéchisme.
Mais depuis l’année 1686, les choses ont changé de face et, à la réserve d’un petit nombre, dans Grenoble et dans quelques autres villes, les autres sont pires qu’ils n’étaient avant leur abjuration.
Je ne peux attribuer un changement si prompt et si universel aux lettres circulaires que les hérétiques des Cévennes et du Vivarais et les réfugiés à Genève et en Suisse leur ont écrites, les assurant que le prince d’Orange les rétablirait dans le libre exercice de leur religion.
- Que la plupart ne vont ni à la messe ni aux sermons et qu’ils se contentent de lire les sermons de leurs ministres qui sont imprimés et qu’ils ont gardés ; ils font aussi entre eux des prières et des lectures de psaumes dans le temps qu’ils sont assemblés trois ou quatre sous prétexte de se rendre visite.
- Ils font des prières matin et soir comme on les fait à Genève, et comme ils faisaient autrefois avant leur abjuration.
- Ils empêchent leurs enfants de fréquenter les églises et les sacrements et de venir aux catéchismes, et leurs mères mêmes les maltraitent quand ils y vont.
- Ils ne se confessent et ne communient point, pas même à Pâques.
- Quand ils sont malades, leurs parents de leur religion les obsèdent. Ils n’envoient quérir le curé que quand le mourant a perdu la parole.
- Si le curé y veut venir d’office, on lui refuse l’entrée de la chambre, disant que le malade repose.
- Les plus obstinés laissent mourir leurs proches sans appeler le curé et les enterrent la nuit dans leurs jardins à la campagne.
Le témoignage d’Étienne Le Camus nous informe sur les moyens par lesquels certains protestants résistent aux politiques de conversions et se jouent des rites et des obligations liturgiques qui leur sont imposés.
L’évêque insiste en premier lieu sur les liens des Nouveaux Convertis du Dauphiné avec les protestants exilés dans les pays du Refuge - Genève, les Provinces-Unies, l’Angleterre ou le Brandebourg - mais également d’autres provinces du royaume de France, notamment le Vivarais et les Cévennes.
Ces liens sont maintenus par une correspondance active et l’envoi clandestin depuis l’étranger d’ouvrages interdits comme les « lettres pastorales » des pasteurs Pierre Jurieu ou Jacques Basnage qui appellent à la résistance des Nouveaux Convertis contre la législation royale.
L’évêque de Grenoble observe également que les NC ne veulent pas mourir dans le catholicisme, préférant enterrer leurs morts dans des cimetières privés, « dans leurs jardins à la campagne ».
Si le curé est présent au moment de la mort, ces convertis préfèrent subir les peines encourues par les « relaps » - protestants convertis au catholicisme qui retournent au calvinisme - plutôt qu’abjurer leur foi en recevant l’extrême-onction selon le rite catholique.
Car depuis une loi de 1686, les tribunaux sont autorisés à juger le cadavre des relaps dont la sépulture peut être interdite.
Comme le note Étienne Le Camus, ces Nouveaux Convertis refusent parfois le mariage catholique, préférant simplement signer un contrat de mariage chez le notaire, voire se rendre à l’étranger pour faire célébrer leur union par un pasteur, au risque de voir leurs enfants nés de ces unions considérés comme illégitimes par l’État et l’Église catholique.
L’émigration protestante et les pays du Refuge
Les persécutions entraînent de nombreux départs vers les pays du Refuge, c’est-à-dire les États protestants qui acceptent de les accueillir, principalement l’Angleterre, les Provinces-Unies, Genève et certains États germaniques de l’Empire.
Entre 1680 et 1715, 150 000 à 180 000 protestants ont ainsi rejoint ces pays.
On estime aujourd’hui le nombre d’exilés entre 135 et 150 000 individus, soit un peu moins d’1% de l’ensemble de la population française.
La révocation de l’édit de Nantes provoque un exil massif des protestants français, entre 100 000 et 200 000, vers la Suisse, l’Allemagne, les Provinces-Unies et même l’Amérique.
Ces chiffres ne décrivent pas exactement le même périmètre : selon les estimations retenues et la période considérée, le nombre des départs est évalué entre 100 000 et 200 000 personnes, tandis que l’estimation de 150 000 à 180 000 concerne les protestants ayant rejoint les pays du Refuge entre 1680 et 1715.
| Période ou estimation | Nombre de protestants exilés | Principales destinations |
|---|---|---|
| Entre 1680 et 1715 | 150 000 à 180 000 | Angleterre, Provinces-Unies, Genève et certains États germaniques de l’Empire |
| Estimation contemporaine | 135 000 à 150 000 | Pays protestants d’Europe |
| Estimation élargie | Entre 100 000 et 200 000 | Suisse, Allemagne, Provinces-Unies et Amérique |
Dans l’Europe de ce temps, la Pologne mise à part, la règle veut que les sujets pratiquent la religion du prince.
La révocation braque contre la France les États protestants d’Europe.
Le mouvement d’exil relie ainsi les communautés restées en France aux réseaux protestants de Genève, de Suisse, des Provinces-Unies, d’Angleterre, du Brandebourg et de certains États germaniques.

La Prusse dans l’espace du Refuge
Les persécutions entraînent de nombreux départs vers les pays du Refuge, c’est-à-dire les États protestants qui acceptent de les accueillir, principalement l’Angleterre, les Provinces-Unies, Genève et certains États germaniques de l’Empire.
Le Brandebourg appartient à cet espace d’accueil protestant.
L’évêque de Grenoble insiste en premier lieu sur les liens des Nouveaux Convertis du Dauphiné avec les protestants exilés dans les pays du Refuge - Genève, les Provinces-Unies, l’Angleterre ou le Brandebourg.
Ces liens sont maintenus par une correspondance active et l’envoi clandestin depuis l’étranger d’ouvrages interdits comme les « lettres pastorales » des pasteurs Pierre Jurieu ou Jacques Basnage qui appellent à la résistance des Nouveaux Convertis contre la législation royale.
Le prince d’Orange, Guillaume d’Orange, est à la fois le principal chef militaire, stathouder, des Provinces-Unies et, depuis la Glorieuse Révolution anglaise de 1688-1689, le roi d’Angleterre.
La Prusse et le Brandebourg sont ainsi mentionnés dans le cadre plus large des États protestants germaniques susceptibles d’accueillir les réfugiés français et de participer aux réseaux confessionnels, familiaux et intellectuels du Refuge.
Une émigration religieuse, sociale et intellectuelle
À la suite de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685, une partie des protestants va se résoudre à abjurer pour éviter les persécutions, tandis qu’une autre partie décide de s’exiler.
Les protestants français qui partent cherchent à continuer de pratiquer leur foi librement.
L’exil transforme les trajectoires individuelles et familiales : certains habitants font le choix de la conversion, d’autres celui du départ, tandis que d’autres encore continuent de vivre leur foi dans le secret.
Patrick Cabanel fait le portrait de quelques-uns des habitants amenés à faire des choix qui déterminent toute leur existence.
Les liens avec les communautés étrangères ne se limitent pas au déplacement des personnes. Ils passent également par la correspondance, la circulation des sermons, la lecture des psaumes et l’envoi clandestin d’ouvrages interdits.
Ces réseaux contribuent à maintenir une identité religieuse malgré l’interdiction officielle du culte réformé.
Les conséquences politiques et culturelles de la révocation
La Révocation, célébrée à Versailles comme un grand succès, est, en fait, la plus grande erreur politique du règne.
Mais la révocation de l’Édit de Nantes aura bien des conséquences sur le royaume.
La première d’entre elles, selon Jérémie Foa, est le développement des discours critiques envers l’absolutisme.
Louis XIV devient dès lors le symbole de l’absolutisme tyrannique, et cette décision prise en 1685 alimentera largement les discours des Lumières à la fin du 18ème siècle.
La deuxième conséquence majeure identifiée par Jérémie Foa est la diffusion de l’anticléricalisme en France.
Ces dizaines de milliers de protestants qui se convertissent du bout des lèvres font finalement l’expérience du peu d’importance que les prêtres accordent à l’insincérité de la foi.
Paradoxalement, le geste super catholique de Louis XIV va nourrir l’anticléricalisme français.
Pour l’historien Jérémie Foa, ce mouvement d’exil forcé va être utilisé par la suite pour justifier le déclin industriel de la France au 18ème siècle.
Selon ce mythe national, les grands esprits issus de la communauté protestante contraints à l’exil auraient participé à l’essor industriel de pays concurrents, à l’instar de Denis Papin, inventeur de la machine à vapeur exilé à Londres.
D’un point de vue économique, il est certain que le 18ème siècle marque un infléchissement et que la France connaît un retard considérable par rapport à l’Angleterre.
Mais on peut créditer de très nombreuses autres causes que le simple départ des Huguenots.
Selon lui, d’autres facteurs semblent plus pertinents pour expliquer ce retard : la culture étatiste héritée de Colbert, ou encore les nombreuses guerres menées par Louis XIV à la fin du 17ème siècle.
Le chiffre de l’exil doit être considéré humainement, dans sa tragédie, mais il n’est pas en mesure de faire basculer à lui seul le destin du royaume de France.
L’édit de Nantes et sa révocation - Histoire de réviser
Une politique aux effets inverses
Toute cette violence de la révocation s’est finalement avérée contre-productive pour l’Église catholique, estime l’historien.
Face à l’oppression qu’on leur infligeait, la majorité des Cévenols semblent bien s’être raidis dans leur protestantisme.
Dans les Cévennes, les protestants continuent de pratiquer leur culte.
Les témoignages sur les Nouveaux Convertis montrent que l’abjuration imposée ne signifie pas nécessairement l’adhésion au catholicisme.
Les prières domestiques, les lectures de psaumes, les réunions discrètes, les refus de la confession et de la communion, ainsi que les enterrements nocturnes dans des jardins privés témoignent d’une continuité religieuse clandestine.
Dans certains cas, les protestants acceptent publiquement les obligations catholiques tout en conservant leurs pratiques et leurs convictions dans la sphère familiale.
La conversion administrative et la conversion intérieure ne coïncident donc pas toujours.
Cette dissociation explique l’échec constaté par Étienne Le Camus : ni « la douceur et la charité », ni les mesures de violence comme les dragonnades n’ont eu d’effets durables sur les protestants.
La révocation voulait supprimer la présence protestante du royaume ; elle provoque simultanément l’exil vers les États protestants, la résistance clandestine dans les régions françaises et la circulation internationale des idées, des livres et des solidarités religieuses.
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