Au Moyen-Orient, la question de l’accueil des réfugiés est liée à des conflits anciens et récents, aux déplacements palestiniens, à la crise syrienne, aux fragilités politiques des États voisins et aux limites du régime international de protection. La Jordanie, la Turquie, le Liban et l’Irak ont accueilli d’importantes populations déplacées, tandis que les réfugiés palestiniens relèvent d’un dispositif particulier administré par l’UNRWA.
La politique du refuge a toujours constitué un compromis entre les intérêts de l’État et les valeurs humanitaires, « qui protègent l’individu contre un État arbitraire ». Depuis toujours l’asile dans les pays étrangers a été accordé à ceux qui fuient les persécutions et les conflits.
La définition internationale du réfugié
D’après la Convention de Genève de 1951 relative au statut des réfugiés, est considérée comme réfugiée toute personne qui, « craignant avec raison d’être persécutée du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques, se trouve hors du pays dont elle a la nationalité et qui ne peut ou, du fait de cette crainte, ne veut se réclamer de la protection de ce pays ».
Toute personne qui « En raison de la crainte bien établie d'être persécuté pour des raisons de race, religion, nationalité, appartenance à un groupe social particulier ou pour des raisons d'opinion politique, se trouve hors du pays dont il est citoyen ou qui, en raison d'une telle crainte, évite de se prévaloir de la protection de ce pays ; ou encore qui, étant apatride et se trouvant hors du pays de sa résidence habituelle, antérieure, ne peut pas y retourner ou qui, en raison de ses appréhensions, ne souhaite pas le faire ».
Cette définition figure comme une dérogation au principe de fermeture des frontières. La Convention de 1951 relative au statut des réfugiés et son Protocole de 1967 constituent le fondement du régime international des réfugiés, c’est-à-dire les normes juridiques et les institutions compétentes en matière de protection des réfugiés.
Le rôle du HCR et les limites de la protection internationale
Le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) est l’agence des Nations Unies qui vient en aide aux réfugiés. Le HCR a été créé le 14 décembre 1950 par l’Assemblée générale des Nations Unies avec un mandat unique de trois ans. Le 28 juillet de l’année suivante, le cadre juridique pour aider les réfugiés et le statut pour guider le travail du HCR étaient adoptés : il s’agit de la Convention des Nations Unies relative au statut des réfugiés.
L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) assure la protection des réfugiés et des personnes déplacées à l’intérieur du pays. Présent dans plus de 125 pays et territoires, le HCR assure la protection et l'assistance aux réfugiés, aux rapatriés, aux personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays et aux apatrides.
L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés est basée à Genève mais 89 % de ses employés travaillent sur le terrain. La majeure partie des employés du HCR est basée en Asie et en Afrique, les continents qui accueillent et génèrent le plus grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
Le HCR est le chef de file en matière de protection des réfugiés et des déplacés internes. Avec l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), elle dirige la coordination et la gestion des camps.
Les forces du maintien de la paix de l'ONU sont souvent celles qui protègent les camps dans lesquels vivent les réfugiés. Les Nations Unies, à travers leur mécanisme d’action humanitaire, fournissent l’accès aux besoins de première nécessité tels que nourriture, eau et soins de santé.
La majeure partie des nations du monde entier ont signé ou ratifié cette Convention et son Protocole, et pourtant, un grand nombre des pays qui accueillent le plus de réfugiés au monde ne l’ont pas fait : 149 États-membres de l’ONU sont actuellement parties à la Convention, à son Protocole de 1967 ou aux deux, tandis que 44 ne le sont pas.
Ces États non signataires se trouvent principalement au Moyen-Orient et en Asie du Sud et du Sud-Est. Dans la région du Moyen-Orient, seul l’Iran, Israël, l’Égypte et le Yémen sont parties à la Convention, tandis que des États tels que l’Irak, le Liban et la Jordanie, de même que la plupart des États du Golfe n’en sont pas signataires.
Le HCR est en opération dans de nombreux États non signataires depuis plusieurs dizaines d’années, apportant à la fois une protection internationale et une assistance directe aux réfugiés et aux demandeurs d’asile. Selon le statut du HCR, sa compétence est de nature universelle pour les questions relatives aux réfugiés, sans limitation géographique.
Ainsi, le mandat du HCR lui permet, avec le consentement de l’État hôte concerné, de superviser les réfugiés, tant dans les États signataires que dans les États non signataires.
La coopération entre le HCR et les États hôtes non signataires peut revêtir la forme spécifique d’un Protocole d’accord bilatéral. En définissant les conditions de la coopération et en réitérant les principes essentiels de la protection des réfugiés, ces protocoles peuvent créer un lien important entre les États non signataires et la Convention relative aux réfugiés.
Toutefois, il n’existe pas d’approche universelle pour sceller de tels accords, dont le contenu varie considérablement. Le protocole signé en 1998 entre le HCR et la Jordanie, étudié dans l’article de Clutterbuck et de ses coauteurs dans ce dossier, constitue un bon exemple de protocole adoptant une définition du terme « réfugié » semblable à celle de la Convention.
Il garantit l’engagement de la Jordanie à respecter les normes internationales de protection des réfugiés, y compris le principe de non-refoulement.
Malgré la croyance répandue et profondément enracinée selon laquelle la protection des réfugiés est mieux garantie dans les États signataires que dans les États non signataires, il n’existe en fait aucune étude comparative et systématique corroborant l’hypothèse selon laquelle une adhésion à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés implique automatiquement une meilleure protection.
Au contraire, dans de nombreux États, qu’ils soient signataires ou non, la limitation de l’accès des réfugiés à l’asile est devenue de toute évidence un objectif politique de plus en plus commun, et dans certains cas, la protection apportée par les États non signataires pourrait même être meilleure que celle des États signataires.
Les déplacements forcés et les nouvelles causes d’exil
À la fin de l’année 2025, on estimait à 117,8 millions le nombre de personnes déplacées de force dans le monde en raison de persécutions, de conflits, de violences, de violations des droits fondamentaux et d’autres événements perturbant gravement l’ordre public.
Bien qu’un plus grand nombre de réfugiés et de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays aient pu rentrer chez eux en 2025 par rapport aux années précédentes, les solutions durables restent insuffisantes par rapport aux besoins.
Outre les persécutions et les conflits, les catastrophes naturelles, parfois provoquées en raison des changements climatiques, peuvent contraindre les populations à chercher refuge dans d’autres pays. Ces évènements - inondations, tremblements de terre, ouragans, glissements de terrain - sont de plus en plus fréquents et intenses.
Ils provoquent des déplacements internes mais poussent également les populations à franchir les frontières. Les déplacements engendrés par les manifestations lentes occasionnés par les changements climatiques ont lieu, le plus souvent, à l’intérieur des pays.
Des catastrophes causées par l’homme, comme des événements socio-économiques par exemple, incitent également les populations à franchir les frontières. Alors que certains cherchent à fuir les persécutions, nombreux sont ceux qui partent par manque de raisons valables de rester.
La plupart des réfugiés proviennent désormais de pays très vulnérables au changement climatique. Les effets du changement climatique aggravent de plus en plus les conflits, la pauvreté et l’instabilité, prolongeant ainsi les situations de déplacement et réduisant les chances d’un retour durable.

La Jordanie, principal État hôte dans le contexte syrien
La Jordanie est frontalière de la première région à s’être soulevée, au Sud de la Syrie. La problématique des réfugiés syriens montre combien les civils sont devenus des cibles désignées de la violence du régime.
On estime que 8000 Syriens par jour quittent leur pays, et que l’exode concerne aujourd’hui 1,3 million de personnes. Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) s’attend à ce que le nombre de réfugiés atteigne 1,2 million fin 2013, soit un 1/5 de la population jordanienne.
Ces chiffres correspondent à la situation décrite au début de la crise syrienne et ne doivent pas être confondus avec les estimations mondiales établies à la fin de l’année 2025. Ils illustrent toutefois l’ampleur exceptionnelle de la pression exercée sur la Jordanie par l’arrivée de réfugiés en provenance d’un pays voisin.
Dans le camp de Zaatari, construit en plein désert, l’hiver a été rude pour des populations qui ont fui avec pour seuls vêtements ceux qu’ils portaient.
Par ailleurs, la fragile situation politique et économique du royaume semble mise en péril. Indésirables, ils représentent une main d’œuvre moins chère, et contribuent à l’augmentation des prix des loyers dans les villes du Nord (Ramtha, Irbid).
Les débats au Parlement jordanien illustrent ces inquiétudes. La députée jordanienne Maysar al-Sardia a récemment souligné que le pays accueillait des réfugiés depuis 1948 et déploré l’apparition des « mariages de plaisir » de jeunes femmes syriennes avec des hommes des pays du Golfe, contre de fortes dots versées aux familles en difficulté.
Le protocole signé en 1998 entre le HCR et la Jordanie garantit l’engagement de la Jordanie à respecter les normes internationales de protection des réfugiés, y compris le principe de non-refoulement.
Les réfugiés palestiniens en Jordanie
À la suite de la guerre israélo-arabe de 1948, près de 750 000 Arabes de Palestine ont quitté leurs foyers pour fuir les combats, principalement vers les pays voisins.
En septembre 1949, on dénombrait 280 0000 réfugiés en Cisjordanie, 70 000 en Transjordanie, 190 000 dans la bande de Gaza, 100 000 au Liban, 75 0000 en Syrie, 7000 en Égypte et 4000 en Irak.
C’est la Nakba pour les Palestiniens : la Catastrophe. Pendant la guerre de 1967, près de 500 000 Palestiniens ont été à nouveau déplacés.
En décembre 1949, l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) succède à l’ANURP afin de répondre plus efficacement aux besoins économiques et sociaux de l’ensemble des réfugiés palestiniens.
Le Royaume hachémite est quant à lui le seul pays à avoir octroyé pleinement la citoyenneté jordanienne aux réfugiés palestiniens après les guerres israélo-arabes de 1948.
Cette situation distingue la Jordanie de plusieurs autres pays hôtes du Moyen-Orient, où les réfugiés palestiniens sont restés soumis à des régimes de résidence et de protection plus restrictifs.
La Turquie face à l’afflux des réfugiés syriens
Pour l’ambitieuse Turquie d’Erdogan, la question des réfugiés syriens sonne la fin de la stratégie de « zéro problème » avec les voisins.
À ce jour, 17 camps ont été construits, majoritairement gérés par le Croissant rouge. Outre les civils, Ankara a très tôt accueilli une partie de l’opposition militaire, la proximité des zones de combat du Nord entraînant l’arrivée de nombreux déserteurs.
Mais la récente saturation des camps côté turc entraîne également l’installation de nombreux déplacés en territoire syrien, contre les postes de frontière.
La Turquie constitue ainsi un État hôte majeur dans la crise syrienne, mais son accueil s’inscrit dans un contexte de forte pression sur les infrastructures, les camps et les zones frontalières.
Le Liban : accueil sans ouverture de camps
Le Liban, lui, a fait le choix de ne pas ouvrir de camps, notamment à cause du précédent des camps palestiniens et de la guerre civile de 1975.
Notons que beaucoup de réfugiés, au Nord du Liban, sont logés chez des proches.
En effet, partir pour le Liban, c’est quitter un pays en guerre pour un pays instable, dans lequel les équilibres, notamment démographiques, sont précaires.
Le Liban a vu sa population grossir de 10% avec l’afflux des réfugiés, dans des régions où la pression sur les ressources est déjà importante.
Par ailleurs, Damas a parfois mené des incursions en territoire libanais, pour poursuivre des insurgés. Dans ce pays dont les lignes de démarcation politiques sont intimement liées à la question syrienne, le dossier des réfugiés est un enjeu politique.
Le ministre de l’Énergie, Gebran Bassil (Courant patriotique libre), craint que les camps ne se transforment « en camps militaires pour entraîner les révolutionnaires syriens », alors que le Hezbollah, allié également de la Syrie, adopte une position intermédiaire : Nasrallah refuse la fermeture des frontières et déclare, qu’il faut « aborder l’affaire des réfugiés d’un point de vue strictement humanitaire ».
Cette absence d’action politique du gouvernement libanais entraîne une confessionnalisation de l’aide, majoritairement issue de sunnites ou d’associations islamistes. Elle est aussi responsable de dérives comme la location de terrains aux réfugiés.
Les réfugiés palestiniens au Liban
Les réfugiés palestiniens sont sous l’assistance de l’UNRWA depuis 1949.
Pour Jalal Al-Husseini, chercheur à l’IFPO à Amman : « l’un des traits les plus marquants du statut des réfugiés palestiniens vivant au Proche-Orient a été leur exclusion des deux instruments fondamentaux du système juridique mis sur pied par la communauté internationale pour rechercher des solutions permanentes aux problèmes rencontrés par les réfugiés : le statut du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et la Convention relative au statut des réfugiés de juillet 1951 ».
En effet, alors que l’ensemble des réfugiés dans le monde dispose d’une protection juridique garantie par « le régime international des réfugiés », les Palestiniens sont soumis à régime juridique différent puisqu’ils sont rattachés à un office distinct : l’UNRWA.
La spécificité de ce statut juridique a plusieurs conséquences. Il assure une meilleure visibilité politique et symbolique aux réfugiés palestiniens puisqu’ils sont considérés comme différents de l’ensemble des réfugiés. En revanche, ils ne disposent pas d’une protection juridique optimale.
Contrairement au régime de protection internationale du HCR, le statut juridique des réfugiés palestiniens est défini de façon discrétionnaire par les États d’accueil en fonction de leurs propres intérêts nationaux.
Ainsi, un réfugié palestinien qui vit au Liban n’a pas le même régime de protection juridique qu’un réfugié qui réside en Jordanie.
Cette différence de traitement a non seulement été largement soutenue par les États arabes mais aussi par les réfugiés palestiniens qui ont vu dans la reconnaissance de cette spécificité l’assurance du maintien de leur droit au retour sur leurs terres.
A contrario, l’octroi d’un statut de réfugié permanent signifiait pour les Palestiniens leur installation définitive dans les pays d’accueil et l’abandon de leur droit à retourner dans leur pays.
Les pays d’accueil sont les « principaux décideurs » du statut de réfugié palestinien. Ces régimes juridiques très différents selon les pays ont pour ambition commune de préserver au mieux le droit au retour des Palestiniens.
Le 11 septembre 1965, la Ligue arabe établit plusieurs recommandations dans le protocole de Casablanca à destination des États arabes sur le traitement des réfugiés palestiniens.
L’objectif est d’assurer l’égalité de traitement entre Palestiniens et nationaux dans les domaines de l’accès à l’emploi et la liberté de circulation, tout en préservant le droit au retour.
Ratifié pleinement par l’Égypte, l’Irak, la Jordanie et la Syrie, cet accord fait l’objet de réserves par le Liban et le Koweït qui craignent, en assurant l’égalité face à l’accès à l’emploi, des distorsions sur le marché du travail.
La Syrie a été le pays qui a respecté le plus fidèlement le protocole en accordant aux Palestiniens une pleine égalité dans le domaine de l’emploi et du commerce.
Cette exclusion est beaucoup plus marquée au Liban où plus de 416 000 Palestiniens, enregistrés par l’UNRWA, font face à de sévères difficultés économiques et sociales.
Plus de 60 ans après leur arrivée, 2/3 des réfugiés palestiniens vivent dans des camps dans des conditions très difficiles. La majorité d’entre eux enregistrés par l’UNRWA sont encore aujourd’hui considérés comme des ressortissants étrangers disposant d’un droit de résidence temporaire.
Seule une minorité de palestiniens chrétiens a obtenu la nationalité libanaise en 1950 et ce afin de maintenir l’équilibre confessionnel entre chrétiens et musulmans dans le pays.
Les réfugiés palestiniens du Liban sont ceux qui connaissent le plus de difficultés en matière d’intégration économique, sociale et politique.
Ils font face à des restrictions dans quasiment tous les domaines en matière d’emploi, d’accès à la propriété et à l’ensemble des services sociaux.
A titre d’exemple, les Palestiniens sont exclus de plus de 20 professions principalement dans le domaine du droit, de la médecine ou de l’ingénierie où la préférence nationale est de rigueur.
Cette exclusion a notamment été institutionnalisée par un décret datant de septembre 1962 qui consacre la préférence nationale pour plus de cinquante professions principalement libérales.
En 2010, selon un rapport des Nations unies, le taux de chômage des réfugiés palestiniens s’élevait à plus de 60 %.
C’est d’ailleurs cette marginalisation que craignent les 45 000 réfugiés palestiniens de Syrie enregistrés par l’UNRWA au Liban.
De nombreuses institutions internationales au premier rang desquels l’Union européenne ont fortement condamné les discriminations systématiques et les abus portés à l’encontre des réfugiés palestiniens résidant au Liban, mais sans effet concrets.
En effet, le régime juridique des réfugiés palestiniens ne leur garantit aucune protection humanitaire internationale face aux inégalités de traitement dont ils font l’objet dans les pays d’accueil.
L’Irak et le Kurdistan irakien
Enfin, dans l’Irak issu de la guerre de 2003, où le régime ne parvient pas à contenir la violence, l’éclatement de la crise syrienne est source d’inquiétude.
La problématique des réfugiés dans le contexte irakien est intimement liée à celle des Kurdes. De nombreux Syriens, fuyant le Nord-Est de la Syrie sont arrivés en Kurdistan irakien.
Ainsi, le camp de Domiz, ouvert en avril 2012, et désormais surpeuplé. Mais contrairement à d’autres camps, il est ouvert, et il est possible d’en sortir pour chercher du travail.
Là aussi, on trouve des hommes seuls, près de 2000, dans une zone à part : ce sont des déserteurs.
De nouveaux camps seront ouverts, à proximité de Souleymanieh et d’Erbil.
L’UNRWA et la particularité palestinienne
En 1949, l’Assemblée générale des Nations Unies a chargé l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche Orient (UNRWA) de fournir des services aux réfugiés de Palestine au Moyen-Orient enregistrés.
Aux termes du mandat de l’UNRWA, par réfugiés de Palestine on entend les personnes qui résidaient de façon normale en Palestine entre le 1er juin 1946 et le 15 mai 1948 et qui ont perdu à la fois leur habitation et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948.
En novembre 1948, l’Assemblée générale des Nations unies crée l’Aide des Nations unies aux réfugiés de Palestine (ANURP) afin de fournir et de coordonner les aides d’urgence aux réfugiés palestiniens.
En parallèle, le 11 décembre 1948, l’Assemblée générale décide par la résolution 194 : « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés qui le désirent de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible et de vivre en paix avec leurs voisins, et que des indemnités doivent être payées à titre de compensation pour les biens de ceux qui décident de ne pas rentrer dans leurs foyers et pour tout bien perdu ou endommagé lorsque, en vertu des principes du droit international ou en équité, cette perte ou ce dommage doit être réparé par les gouvernements ou autorités responsables ».
Désormais, l’URNWA devient le seul garant par défaut du statut international du réfugié palestinien.
Dès lors, est considéré comme réfugié palestinien « une personne qui a eu sa résidence normale en Palestine pendant deux ans au moins avant le conflit de 1948 et qui, en raison de ce conflit, a perdu à la fois son foyer et ses moyens d’existence, et a trouvé refuge, en 1948, dans l’un des pays où l’UNRWA assure ses secours ».
En d’autres termes, sont réfugiés palestiniens les personnes qui sont arrivées entre 1948 et 1949 et qui se sont inscrites auprès de l’office dans l’une des cinq zones où elle opère, à savoir, la Bande de Gaza, la Cisjordanie, la Jordanie, la Syrie et le Liban.
Mais ces chiffres approximatifs ne comptabilisent que les réfugiés enregistrés auprès de l’agence de l’ONU et excluent de facto les réfugiés de 1948 qui n’ont pas voulu s’inscrire auprès de l’URNWA, ceux qui ne répondent pas aux critères d’éligibilité, les déplacés après 1967 ou encore les déplacés internes.
En vertu du droit international et du principe de l’unité familiale, les enfants de réfugiés et leurs descendants sont eux aussi considérés comme des réfugiés jusqu’à ce qu’une solution durable soit trouvée.
La situation des réfugiés de Palestine n’est pas différente des autres situations de réfugiés de longue date, originaires par exemple d’Afghanistan ou de Somalie, où plusieurs générations de réfugiés coexistent, toujours considérés et aidés comme tels par le Haut-Commissariat.
Crée en 1949 pour faire face aux besoins des Palestiniens, l’organisme n’a cessé d’étendre son mandat et par récurrence son budget pour faire face aux besoins économiques, éducatifs et sociaux des réfugiés palestiniens.
Le budget annuel pour la période 2012-2013 s’élevait à plus de 1,93 milliards de dollars. Les États-Unis, l’Union européenne et le Royaume-Uni constituent les principaux contributeurs.
Face à cette lourde charge qui perdure depuis près de 60 ans, l’UNRWA peine à trouver un équilibre entre l’assistance et l’impératif d’émancipation à terme.
Mais cette autonomie est difficilement envisageable puisque les réfugiés palestiniens sont enfermés dans un statut perpétuel d’apatridie qui se transmet de génération en génération.
Le statut de réfugié est en effet accordé aux descendants par l’UNRWA.

Des besoins humanitaires communs
Malgré la profonde diversité des situations politiques, les réfugiés ont les mêmes besoins humanitaires quel que soit le pays hôte.
Arrivés à l’issue d’une fuite, souvent longue et ardue, ils restent traumatisés par ce dont ils ont été témoins, et ce alors que plus de 50 % des réfugiés ont moins de 18 ans.
Les conditions de vie dans les camps sont ensuite extrêmement précaires : situation sanitaire, promiscuité, humidité.
Par ailleurs, comme dans tout contexte de misère et de détresse, on note le développement de comportements violents, et notamment d’agressions sexuelles.
Finalement, alors que l’exode donne l’illusion que les frontières s’estompent, c’est au contraire un sentiment d’enfermement qui emplit les réfugiés.
Michel Agier reprend le terme anglais d’« encampment » pour mettre en évidence « l’idée de la mise en camp comme choix politique ».
La dimension protectrice des camps laisse peu à peu place à une volonté de contrôle des populations.
Dans ce milieu clos, la sensation d’être prisonnier est fréquente.
En effet, « Le souci d’exercer un contrôle étroit sur ces flux de populations conduit habituellement les autorités qui en ont la charge à envisager des solutions qui, dans la pratique […] visent à restreindre la mobilité et la liberté d’action des réfugiés ».
Les Nations Unies, à travers leur mécanisme d’action humanitaire, fournissent l’accès aux besoins de première nécessité tels que nourriture, eau et soins de santé.
Le retour, l’intégration et la durée de l’exil
En définitive, comme pour le conflit en lui-même, c’est l’inscription dans la durée qui fera difficulté.
La question des réfugiés met en évidence l’incapacité ou le manque de volonté des puissances à participer à une résolution de la crise syrienne dans son ensemble, et fait écho à la problématique bien connue du lien entre l’assistance humanitaire et la perpétuation des conflits armés.
Or une partie de la future génération syrienne sera marquée par la violence et l’exil.
Les personnels des camps notent déjà des régressions dans les comportements des enfants.
Toutefois, dans ces environnements clos, une culture se développe.
Pour la majorité, un retour est envisagé, plutôt qu’un nouvel exode ou que l’installation dans le pays hôte.
Ces réfugiés savent qu’ils ne sont pas les habitants d’un pays disparu, mais en guerre.
On assiste alors à une recomposition sociale, dans laquelle vaut le prestige des combattants.
L’identité du réfugié palestinien reste intimement liée à sa patrie d’origine : la Palestine est vécue « d’avantage à travers la recréation d’un entre-soi culturellement rattaché à la notion de Palestine que par une implication directe dans les processus en cours en Palestine ».
Si les réfugiés palestiniens sont mobilisés pour conserver leur identité culturelle, ils ne sont pas pour autant tous engagés dans le mouvement politique national palestinien.
L’attachement affectif au pays se traduit davantage par une relation nostalgique et psychique avec la terre perdue.
L’exil et le statut d’apatride qui perdurent depuis plus de 60 ans sont au fondement même de cette relation fidèle à la patrie.
La coopération internationale et le Pacte mondial sur les réfugiés
Le 17 décembre 2018, l’Assemblée générale des Nations Unies a approuvé la résolution pour le Pacte mondial sur les réfugiés.
On estime à 2,2 milliards de dollars les nouveaux engagements financiers annoncés par les États et d'autres acteurs, dont quelque 250 millions de dollars promis par le secteur privé.
Le comité exécutif (ExCom) du HCR a été établi en 1958 ; il comprend aujourd’hui 107 États, parmi lesquels un grand nombre n’ont pas adhéré à la Convention relative aux réfugiés.
Toutefois, en participant à ce forum, les États non signataires participent activement au développement de la substance même du droit des réfugiés en rédigeant les conclusions annuelles de l’ExCom.
Plus récemment, les États non signataires ont participé aux négociations ayant abouti à l’adoption de la Déclaration de New York de 2016 pour les réfugiés et les migrants et au Pacte mondial sur les réfugiés en décembre 2018, et ont également participé au premier Forum mondial sur les réfugiés fin 2019, où des engagements ont été pris pour mettre concrètement en œuvre le Pacte mondial.
Le plus notable de ces processus est probablement le Pacte mondial sur les réfugiés, qui a été adopté par 181 États membres, parmi lesquels un grand nombre d’États non signataires.
Bien qu’il prenne la Convention de 1951 comme point de départ et réaffirme un grand nombre de ses principes essentiels, le Pacte dépasse aussi, à bien des égards, les engagements juridiques inscrits dans cette convention.
Ces exemples démontrent que la distinction entre les « membres » et les « non-membres » est souvent floue lorsqu’il s’agit de la participation des États non signataires aux processus mondiaux formels.
Par leur participation au niveau international, les États non signataires participent indubitablement à créer des obligations de droit souple qui s’appuient sur le droit contraignant, la Convention, auquel ces États ont pourtant formellement refusé de souscrire.
Une hiérarchie difficile entre les États hôtes
La Jordanie apparaît comme le principal État hôte dans le contexte de la crise syrienne lorsque l’on considère le poids des arrivées par rapport à sa population et la proximité immédiate de la frontière avec le sud de la Syrie.
La Turquie a toutefois accueilli une population syrienne considérable et a construit 17 camps, tandis que le Liban a reçu un afflux équivalant à 10% de sa population sans ouvrir de camps officiels.
L’Irak, notamment le Kurdistan irakien, a également accueilli des Syriens dans le camp de Domiz et dans de nouveaux camps situés à proximité de Souleymanieh et d’Erbil.
Pour les réfugiés palestiniens, la comparaison obéit à une autre logique : la Jordanie a pleinement accordé la citoyenneté jordanienne à ces réfugiés, tandis que le Liban leur a imposé des restrictions économiques, sociales et professionnelles particulièrement fortes.
Le principal État hôte ne peut donc pas être désigné uniquement par le nombre absolu de réfugiés. Il faut aussi prendre en compte la taille de la population nationale, la durée de l’accueil, le statut juridique accordé, l’accès au travail, la liberté de circulation, la possibilité de sortir des camps et la capacité des institutions à fournir une protection durable.
| État ou territoire hôte | Caractéristiques de l’accueil | Principales difficultés |
|---|---|---|
| Jordanie | Frontière avec le sud de la Syrie ; camp de Zaatari ; protocole d’accord avec le HCR signé en 1998 | Pression politique et économique ; hausse des loyers ; poids de l’afflux sur la population |
| Turquie | 17 camps construits, majoritairement gérés par le Croissant rouge | Saturation des camps ; installation de déplacés près des postes-frontières |
| Liban | Absence de camps officiels ; accueil chez des proches dans le Nord | Instabilité politique ; pression sur les ressources ; confessionnalisation de l’aide |
| Kurdistan irakien | Camp de Domiz ouvert ; possibilité de sortir pour chercher du travail | Surpeuplement ; arrivée de déserteurs ; nécessité d’ouvrir de nouveaux camps |
| Liban pour les réfugiés palestiniens | Présence de plus de 416 000 Palestiniens enregistrés par l’UNRWA | Restrictions professionnelles, économiques, sociales et politiques ; chômage supérieur à 60 % en 2010 |