Politique migratoire des États du Sud face au changement climatique

Le changement climatique a eu, et continuera d’avoir, de profondes répercussions sur les populations vivant dans la région Pacifique. Avec l’élévation du niveau de la mer, l’acidification des océans, les tempêtes tropicales et les cyclones ont gagné en intensité et les lentilles d’eau douce sont affectées par l’intrusion d’eau salée; les personnes dont les maisons ou les moyens de subsistance ont été considérablement affectés voire détruits peuvent être contraintes de déménager ou choisir de migrer volontairement en quête de meilleures conditions de vie.

Dans les États du Sud, la politique migratoire ne peut donc pas être dissociée des enjeux climatiques, économiques et sociaux. Malgré la perspective de cette évolution spectaculaire des migrations dans le Pacifique, les cadres politiques et réglementaires en matière de migration sont insuffisants - les données sur les migrations manquent de disponibilité, d’exactitude, de couverture et de précision, les politiques migratoires nationales sont rares, tout comme la planification nationale sur la manière de gérer les futurs effets du changement climatique sur les migrations.

Les effets du changement climatique sur les migrations dans le Pacifique

Les transformations environnementales affectent directement les conditions de vie, les ressources naturelles et les possibilités d’emploi. L’élévation du niveau de la mer menace les habitations et les infrastructures, tandis que l’acidification des océans fragilise les activités liées aux ressources marines. L’intrusion d’eau salée dans les lentilles d’eau douce réduit l’accès à une ressource essentielle et peut rendre certaines zones moins habitables.

Les tempêtes tropicales et les cyclones ont gagné en intensité. Lorsque les maisons, les terres agricoles ou les moyens de subsistance sont considérablement affectés voire détruits, les populations peuvent être contraintes de déménager. Elles peuvent aussi choisir de migrer volontairement en quête de meilleures conditions de vie.

Cette mobilité peut prendre différentes formes. Elle peut être interne, lorsque les personnes se déplacent vers les centres urbains, ou internationale, lorsqu’elles recherchent des possibilités d’emploi et de résidence dans d’autres pays. Elle peut également être temporaire ou durable, selon l’évolution des dommages environnementaux, des revenus disponibles et des perspectives offertes par les pays de destination.

Des cadres politiques et réglementaires encore insuffisants

La réponse des États du Sud est limitée par le manque d’informations fiables. Les données sur les migrations manquent de disponibilité, d’exactitude, de couverture et de précision. Cette situation complique l’évaluation des besoins, l’anticipation des déplacements et la conception de politiques publiques adaptées.

Les politiques migratoires nationales sont rares, tout comme la planification nationale sur la manière de gérer les futurs effets du changement climatique sur les migrations. L’absence de stratégies coordonnées peut accroître les risques pour les personnes déplacées et rendre plus difficile la protection de leurs droits.

Une politique migratoire efficace doit tenir compte à la fois des déplacements provoqués par les catastrophes, de la migration économique et des mouvements liés à la dégradation progressive de l’environnement. Elle doit également associer les autorités nationales, les collectivités locales, les travailleurs migrants, les employeurs, les chercheurs et les autres acteurs concernés.

Planifier la migration pour réduire les risques

En veillant à ce que la migration soit planifiée et bien gérée, les gouvernements des îles du Pacifique vont pouvoir prendre des précautions afin de minimiser les risques, notamment les effets d’une «fuite des cerveaux», les déplacements internes vers les bidonvilles urbains (qui sont souvent des zones vulnérables sur le plan environnemental), les conflits portant sur les droits fonciers et d’autres risques.

La planification permet d’éviter que les personnes déplacées ne soient confrontées à de nouvelles vulnérabilités. Les déplacements internes vers les bidonvilles urbains peuvent exposer les populations à des risques environnementaux supplémentaires, notamment lorsque ces zones sont déjà vulnérables aux inondations, aux cyclones ou au manque d’accès aux services essentiels.

La question des droits fonciers constitue également un enjeu majeur. Les déplacements de population peuvent provoquer des conflits lorsque les règles d’accès à la terre, de propriété ou d’utilisation des ressources ne sont pas clairement définies. Une politique migratoire prévoyante doit donc intégrer la gouvernance foncière et la protection des personnes déplacées.

La «fuite des cerveaux» représente un autre risque. Le départ de travailleurs qualifiés peut affaiblir les capacités nationales dans des secteurs essentiels, alors même que les pays concernés doivent renforcer leurs institutions et leur résilience face au changement climatique.

Une migration planifiée peut toutefois produire des effets positifs. Cela permettra aussi de stabiliser les moyens de subsistance et d’augmenter le volume des envois de fonds. Dès lors, il devient impératif de s’appuyer sur une meilleure base de connaissances pour élaborer des stratégies holistiques et coordonnées au niveau national et régional: elles définiront un cadre pour gérer la hausse des migrations, en améliorant la participation des pays du Pacifique à des schémas de mobilité régionale et bilatérale des travailleurs.

Les États insulaires les plus vulnérables

Le projet s’est fixé des objectifs au niveau régional comme national. En ce qui concerne les pays ciblés, le projet s’adresse aux pays les plus vulnérables face au changement climatique - Kiribati, Tuvalu et Nauru - et leur vient en aide pour élaborer des outils et renforcer les capacités qui leur permettront de mieux anticiper et gérer les problèmes posés par le changement climatique et son impact sur les flux migratoires.

Pays cibléEnjeu principalOrientation de l’action
KiribatiVulnérabilité élevée face au changement climatiqueÉlaboration d’outils et renforcement des capacités
TuvaluVulnérabilité élevée face au changement climatiqueAnticipation et gestion des flux migratoires
NauruVulnérabilité élevée face au changement climatiqueRenforcement des capacités nationales

Reconnaissant que les Kiribati, Tuvalu et Nauru sont les pays de la région les plus vulnérables aux effets du changement climatique, et vu les ressources et les capacités institutionnelles limitées dont ils disposent, le projet consacrera se activités de renforcement des capacités à ces trois pays, mobilisant l’expertise de la CESAP, du PNUD et de l’OIT, ainsi que l’expertise régionale.

Enfin, les activités entreprises dans le cadre de ce projet s’articuleront avec d’autres programmes d’adaptation et d’atténuation du changement climatique afin d’offrir aux habitants des régions vulnérables aux effets du changement climatique la possibilité de rester (grâce à une meilleure résistance aux impacts du changement climatique) ou de leur offrir une solution viable pour émigrer, s’ils le souhaitent.

Carte des migrations climatiques dans le Pacifique

Les trois objectifs de la politique migratoire

Le projet poursuit trois objectifs interdépendants:

Construire une base de données régionale

Objectif 1: Construire une base de données sur les flux migratoires, les politiques et les pratiques dans la région, et les effets prévus du changement climatique sur les migrations, y compris la migration économique;

Cette base d’information doit permettre de mieux comprendre les évolutions en cours et de distinguer les différentes causes de la mobilité. Elle doit également servir à évaluer les besoins des populations, les capacités des institutions et les possibilités de coopération entre les pays.

Renforcer les capacités nationales

Objectif 2: Renforcer les capacités nationales à gérer les impacts du changement climatique sur les migrations dans les Etats insulaires du Pacifique les plus vulnérables aux effets du changement climatique;

Le renforcement des capacités concerne notamment la production de statistiques, l’élaboration de politiques publiques et la mise en place de mécanismes capables d’anticiper les déplacements. Il doit permettre aux administrations de mieux planifier les réponses nationales et de protéger les personnes concernées.

Améliorer la coopération régionale

Objectif 3: Améliorer le partage de connaissances et la coopération au niveau régional sur la question des migrations induites par le changement climatique et celle de la migration économique.

La coopération régionale est essentielle pour les États insulaires dont les ressources et les capacités institutionnelles sont limitées. Elle peut faciliter l’échange d’informations, la coordination des politiques et la création de voies de mobilité adaptées aux besoins des travailleurs et des pays concernés.

La constitution d’une base d’information

Les activités du projet vont commencer par la constitution d’une base d’information sur les répercussions du changement climatique sur les migrations dans la région Pacifique, sur les politiques et les pratiques actuelles en matière de migration, et une évaluation de la capacité du cadre qui régit actuellement les migrations à faire face aux changements actuels et futurs en matière de climat dans chacun des pays ciblés.

Cette démarche doit rapprocher les données environnementales, démographiques, économiques et migratoires. Elle doit aussi permettre d’identifier les lacunes des cadres existants et de déterminer les instruments nécessaires à une meilleure gestion de la mobilité.

Une telle base de connaissances peut contribuer à améliorer la précision des prévisions, à orienter les investissements publics et à adapter les politiques aux réalités propres à chaque pays. Elle peut également servir à prévenir les déplacements désordonnés et à favoriser des décisions mieux informées.

Le renforcement des connaissances et la mise en œuvre des politiques

Ces activités de renforcement des connaissances et la mise en œuvre des politiques aux Kiribati, à Tuvalu et Nauru, ne permettront pas seulement de forger une meilleure compréhension des migrations induites par le changement climatique dans les Etats insulaires du Pacifique, mais elles contribueront aussi à lancer une discussion régionale sur le thème des migrations liées au changement climatique parmi les responsables politiques, les chercheurs, les travailleurs migrants, les employeurs et les autres acteurs concernés par le biais des communautés de pratique et d’une plateforme numérique de partage d’informations.

Les communautés de pratique peuvent faciliter le dialogue entre les institutions et les acteurs directement concernés par la mobilité. La plateforme numérique de partage d’informations peut, quant à elle, soutenir la circulation des données, des expériences et des outils entre les pays de la région.

La participation des travailleurs migrants et des employeurs est particulièrement importante pour relier les politiques migratoires aux besoins du marché du travail. Elle permet aussi de prendre en compte les conditions concrètes de recrutement, d’emploi et de mobilité.

Migrations climatiques, le défi du XXIe siècle | Décod'Actu | Lumni

Le rôle de l’Organisation internationale du Travail

L’OIT va jouer un rôle essentiel dans le projet en apportant son expertise technique pour renforcer la connaissance des cadres réglementaires sur les migrations, pour résoudre les problèmes de capacités des pays concernés à élaborer des statistiques et des politiques sur les migrations de main-d’œuvre, et pour faciliter le développement de mécanismes bilatéraux et multilatéraux relatifs à la mobilité des travailleurs, fondés sur les droits.

La mobilité des travailleurs doit être organisée dans un cadre fondé sur les droits. Les mécanismes bilatéraux et multilatéraux peuvent offrir des voies régulières de migration, améliorer la prévisibilité des déplacements et contribuer à réduire les risques associés à la migration irrégulière.

L’expertise technique de l’OIT porte également sur les statistiques et les politiques relatives aux migrations de main-d’œuvre. Ces instruments sont nécessaires pour évaluer les besoins économiques, suivre les flux migratoires et garantir une meilleure protection des travailleurs.

La migration économique dans les politiques des États du Sud

La migration économique fait partie intégrante de la réflexion sur les déplacements liés au changement climatique. Lorsque les possibilités de subsistance diminuent dans les territoires exposés, l’accès à un emploi dans une autre région ou dans un autre pays peut devenir une stratégie d’adaptation.

Les États du Sud doivent donc élaborer des politiques capables de relier adaptation climatique, mobilité professionnelle et protection sociale. L’objectif est de permettre aux populations de rester lorsque les conditions peuvent être améliorées, mais aussi de leur offrir une solution viable pour émigrer lorsqu’elles le souhaitent.

Des schémas de mobilité régionale et bilatérale des travailleurs peuvent contribuer à stabiliser les moyens de subsistance et à augmenter le volume des envois de fonds. Ils doivent toutefois être accompagnés de garanties fondées sur les droits et d’une coopération institutionnelle durable.

Le contrôle des frontières et la migration irrégulière

Depuis 2022, il y a eu une augmentation constante du nombre de personnes tentant de traverser la frontière terrestre du Canada vers les États-Unis, entre les points d'entrée officiels. Le Canada a adopté des mesures de contrôle supplémentaires pour les clients de l’AVE présentant un risque plus élevé, comme le partage automatisé d'informations avec les États-Unis, afin de soutenir la prise de décision.

L'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) et la Gendarmerie royale du Canada (GRC) sont responsables de la gestion des frontières. La lutte contre la migration irrégulière vers le sud est une priorité pour le Canada, et nous la suivons de près avec les États-Unis.

L'arrêt de ce mouvement protège également les personnes qui tentent de franchir clandestinement la frontière entre le Canada et les États-Unis. Le contrôle des frontières est ainsi présenté comme un instrument de régulation des mobilités et de protection des personnes exposées aux dangers du franchissement clandestin.

Les effets de la levée de l’exigence de visa pour le Mexique

La levée de l'exigence de visa pour le Mexique en 2016 a généré des avantages culturels et économiques considérables pour le Canada. Parallèlement, cela a également généré des défis, notamment une augmentation significative des demandes d’asile non authentiques, et des impacts sur les États-Unis sous la forme d’une migration irrégulière vers le sud.

Le Canada reste préoccupé par le nombre toujours croissant d'arrestations mexicaines en provenance du sud. Cette évolution illustre la difficulté de concilier l’ouverture des mobilités, les avantages économiques et culturels de la circulation des personnes, ainsi que les impératifs de contrôle et de protection des systèmes d’asile.

Les expériences de contrôle des frontières peuvent compléter la réflexion sur les politiques migratoires des États du Sud, à condition de tenir compte des différences de contexte. Dans le Pacifique, les enjeux concernent principalement la vulnérabilité climatique, la mobilité des travailleurs, les capacités institutionnelles limitées et la nécessité de créer des solutions régulières et viables pour les populations exposées.

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