Robert Badinter, réfugié à Cognin et figure de la justice française

Le 9 octobre 2025, la France honore l’un de ses plus grands hommes en faisant entrer Robert Badinter au Panthéon. Avocat, ministre de la Justice, président du Conseil Constitutionnel, il fut surtout celui qui fit abolir la peine de mort en France en 1981.

Une vie de combats, de convictions profondes et de fidélité à des valeurs qui trouvent, à Chambéry, un écho tout particulier. Robert Badinter a tissé un lien personnel fort avec Chambéry et Cognin. Réfugié de la persécution antisémite durant la guerre, il y a trouvé le soutien de la population, une solidarité qu'il n'oublia jamais.

Une famille juive frappée par la persécution nazie

Robert Badinter connaît une adolescence bouleversée par la Seconde Guerre mondiale. La barbarie nazie frappe de plein fouet sa famille juive originaire de Bessarabie : après la déportation de son oncle et l’arrestation de sa grand-mère en 1942, son père est arrêté à son tour par Klaus Barbie, le 9 février 1943, et déporté. Aucun ne survit.

Février 1943, le père de Robert Badinter, juif originaire de Bessarabie, est arrêté à Lyon par la Gestapo. En février 1943, son père Simon Badinter, d’origine juive de Bessarabie est arrêté par la Gestapo lyonnaise lors de la rafle de la rue Sainte-Catherine.

Au printemps de la même année, Robert, sa mère et son frère Claude quittent Lyon et se réfugient à Cognin, ils trouvent alors refuge dans la maison d'un couple de commerçants.

Réfugié à Cognin, en Savoie, celui qui se fait alors appeler Robert Berthet bénéficie, avec sa mère et son frère aîné, de la protection de la population. Robert Badinter trouva alors refuge avec sa mère et son frère à Cognin.

Les années de refuge à Cognin

Robert Badinter, citoyen d’honneur de la ville de Cognin, ancien ministre de la Justice, nous a quitté ce 9 février 2024 à l’âge de 95 ans. Robert Badinter, citoyen d’honneur, n’a jamais oublié les deux années de réfugié passées à Cognin pendant la Seconde Guerre mondiale, avec son frère et sa mère.

Sous une fausse identité, il poursuit alors sa scolarité au lycée Vaugelas jusqu’à la fin de la guerre.

Robert Badinter reviendra à plusieurs reprises à Chambéry, où il avait participé à la liesse de la Libération, mais aussi à Cognin. Jusqu’aux derniers mois de sa vie, il entretiendra un lien tout particulier avec cet établissement.

« Robert Badinter était un Cogneraud d'adoption » se souvient Claude Vallier.

« C'est lui même qui a souhaité témoigner en 1996, sa reconnaissance aux Cognerauds pour l'accueil qui avait été réservé à sa famille dans ses années difficiles » se souvient Claude Vallier, ancien maire de la ville qui connaissait bien l'ancien ministre de la justice.

Lors de sa venue, le 6 juin 1996, il avait d’ailleurs rappelé l’accueil chaleureux qui lui avait été réservé lors de cet épisode dramatique de sa vie : « J’ai toujours voulu revenir à Cognin pour dire ma...

Maison refuge de Robert Badinter à Cognin

Le lycée Vaugelas et la naissance d’une conviction

C'est au lycée Vaugelas qu'un événement crucial a profondément marqué sa vision de la justice : à la Libération, l'un de ses professeurs, qui était milicien, fut condamné à mort avant d'être gracié. Cette certitude fut le moteur de son combat le plus important.

L'origine de son combat en faveur des droits de l'homme puise sa source dans son adolescence, traversée par la guerre.

« L'an dernier, il a reçu trois de nos élèves, chez lui, à Paris, pour échanger sur le thème du Concours National de la Résistance et de la Déportation qui était la Résistance et l'école » explique Claude Desbos, l'actuel proviseur du Lycée Vaugelas.

Devenir avocat et affronter la peine capitale

Diplômé en lettres et en droit, Robert Badinter devient avocat en 1951. A partir de 1965, il enseigne également le droit à l’Université, après avoir obtenu l’agrégation.

En 1972, il est appelé à défendre Roger Bontems, accusé de complicité dans la prise de otage et le meurtre d’un gardien et d’une infirmière à la prison de Clairvaux. En dépit d’une défense résolue, Roger Bontems est condamné à mort.

Le spectacle de la guillotine transforme Robert Badinter, qui fait de la lutte contre la peine de mort en France le combat de sa vie. Ses plaidoiries déterminées permettent à Patrick Henry, mais aussi à cinq autres accusés, d’échapper à la peine capitale à la fin des années 1970.

Ancien président du Conseil Constitutionnel, l'homme de justice est devenu, au fil du temps, une figure reconnue par tous, bien que longtemps critiqué par la droite, et incompris par une aile de la gauche.

L’abolition de la peine de mort

Nommé Garde des Sceaux par François Mitterrand, Robert Badinter prononce, le 17 septembre 1981, un discours historique à l’Assemblée nationale pour demander aux députés de voter l’abolition de la peine de mort.

« Demain, grâce à vous, la justice ne sera plus une justice qui tue » clame-t-il.

Devenu ministre, il mena l’abolition de la peine de mort, promulguée le 9 octobre 1981, un engagement inspiré par ses années savoyardes.

DateÉvénement
9 février 1943Arrestation du père de Robert Badinter par la Gestapo lyonnaise
Printemps 1943Robert, sa mère et son frère se réfugient à Cognin
1951Robert Badinter devient avocat
1972Il défend Roger Bontems, condamné à mort
17 septembre 1981Discours historique à l’Assemblée nationale
9 octobre 1981Promulgation de l’abolition de la peine de mort
6 juin 1996Robert Badinter revient à Cognin pour témoigner sa reconnaissance
28 mai 2005Dévoilement d’une plaque sur la maison où il avait vécu
9 février 2024Décès de Robert Badinter à l’âge de 95 ans
9 octobre 2025Entrée de Robert Badinter au Panthéon

Une reconnaissance durable envers Cognin

Plus tard, en 2005, il participait aux côtés de la commune au rachat de la maison qu'il avait occupé, avec ses proches, afin d'en faire un lieu de mémoire pour les victimes de la guerre.

Le 28 mai de cette année là, une plaque, fixée sur la façade de la bâtisse, est dévoilée, en sa présence. « On était tous impressionnés face l'homme de culture » termine Claude Vallier.

Robert Badinter avait conservé des liens forts avec la Savoie.

Un hommage national hautement symbolique pour la commune savoyarde de Cognin, où l’ancien garde des Sceaux avait trouvé refuge avec sa mère et son frère durant la Seconde Guerre mondiale.

« C’est avec une profonde tristesse que je viens d’apprendre le décès de Robert Badinter, citoyen d’honneur de Cognin. Il ne manquait jamais une occasion de rappeler son fidèle attachement à Cognin auquel l’unissaient tant de liens ! L’inauguration de cette avenue, dont la date avait été récemment arrêtée avec son accord au mercredi 10 avril prochain, sera l’occasion de rendre un ultime hommage non seulement au citoyen d’honneur de notre commune mais aussi, à l’homme politique national exceptionnel qui a marqué l’histoire. Au nom de la commune, j’exprime à son épouse Elisabeth Badinter et à toute sa famille, mes condoléances émues. »

Chambéry rend hommage à l’ancien ministre de la Justice

Après son décès, le 9 février 2024, la Ville de Chambéry lui a rendu un hommage appuyé lors d'une cérémonie rassemblant habitants, lycéens, élus, associations, et membres du monde judiciaire et éducatif.

Le Conseil municipal a également souhaité graver sa mémoire dans l’espace public en renommant la place du Palais de Justice : elle porte désormais le nom de place du Palais de Justice - Robert Badinter.

De Cognin au Panthéon

Ce 9 octobre 2025, jour anniversaire de l’abolition de la peine de mort, des élèves d’une classe de l’école du Biollay, invités par la Présidence de la République, ont représenté Chambéry lors de la cérémonie officielle au Panthéon.

L’Élysée a choisi d’inviter une classe de l’établissement à la cérémonie qui marquera aussi l’anniversaire de l’abolition de la peine de mort, le 9 octobre 1981. Un appel à contribution a rapidement été lancé pour financer le voyage à Paris.

Ce 9 octobre 2025, la France honore l’un de ses plus grands hommes en faisant entrer Robert Badinter au Panthéon.

Robert Badinter entre au Panthéon.

Avocat, ministre de la Justice, président du Conseil Constitutionnel, il fut surtout celui qui fit abolir la peine de mort en France en 1981.

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