Danemark : une politique d’immigration stricte au cœur du modèle social

Imaginez, le Danemark, un pays souvent perçu comme une sorte d'incarnation du bonheur et de l'égalité sociale. Le Danemark, c'est le pays du "hyyge", ce sentiment de bien-être qui parcourt la société. C'est aussi le pays qui incarne l'État-providence, des impôts élevés et un système social qui fait office de modèle. Bref, le rêve scandinave.

Mais, derrière cette façade attrayante, se cache l'une des politiques d'immigration les plus strictes d'Europe. Pour comprendre cette contradiction, il faut remonter aux années 2000.

De notre envoyé spécial à Copenhague,Et bonne année bien sûr ! Le 1er janvier dernier, pour son premier discours de 2026, la Première ministre danoise, Mette Frederiksen, a présenté, entre autres résolutions, une loi permettant d’expulser plus rapidement les étrangers coupables de crimes. Un texte qui vient ajouter une nouvelle pierre à l’édifice anti-immigration construit par la cheffe d’Etat depuis bientôt 10 ans.

Sauf que, particularité nordique, la « dame de fer » et sa politique « zéro migrant » ne sont pas issues d’un parti d’extrême droite, pas même de droite, mais des sociaux-démocrates danois, catalogués bien à gauche.

Le virage des sociaux-démocrates face à l’extrême droite

L'extrême droite monte dangereusement dans le pays, elle est incarnée par le Parti Populaire Danois et ça fait peur aux partis traditionnels car le discours prend dans la population. L'immigration menacerait l'équilibre culturel et financier du pays.

En 2015, le Danemark a vécu son 21 avril 2002 : le Dansk Folkeparti (DF, Parti populaire danois, d’extrême droite) a obtenu 21,1 % des voix aux élections législatives, devenant ainsi la deuxième force politique du pays. Conséquence : la Première ministre social-démocrate de l’époque, Helle Thorning-Schmidt, fait une « Lionel Jospin » et annonce son retrait de la vie politique.

Mette Frederiksen arrive alors pour prendre la tête du parti. Elle fait de l’autoflagellation son credo et reconnaît une erreur en n’ayant pas écouté la préoccupation des classes populaires au sujet de l’immigration et « avoir eu tort sur l’intégration ».

C’est là que les sociaux-démocrates opèrent un virage idéologique. C’est le début d’une politique de "tolérance zéro" contre l'immigration non européenne. Le parti historique de la solidarité adopte une ligne dure par pur pragmatisme politique.

Le succès politique est sans appel : son parti s’impose en 2019 puis en 2022, avec cinquante sièges raflés cette année-là, son plus haut score depuis vingt ans. Le DF lui est balayé : seize sièges en 2019 et seulement cinq en 2022.

« Il fallait bien qu’un parti traditionnel se salisse les mains, au lieu de se draper de vertus en laissant les populistes gagner », commente Johann en vidant sa bière. Et d'évoquer la montée du Rassemblement national en France, de l’AFD en Allemagne, de Reform UK chez les Britons…

« Peut-être que le reste du continent va sombrer, comme l’ont fait les Etats-Unis. Ce qu’a fait Frederiksen, c’était un mal nécessaire, pour éviter pire. La lutte contre l’immigration ferait gagner n’importe quel parti, alors autant que ce soit un parti qui défend l’Etat de droit. »

Des mesures parmi les plus strictes d’Europe

Paradoxe politique : pour bouter l’extrême droite hors du pays nordique, les sociaux-démocrates n’ont pas hésité à faire passer des lois parmi les plus radicales d’Europe.

  • Accès à la citoyenneté durci - il faut désormais vivre douze ans sur place ;
  • limite du pourcentage d’immigrés dans un même immeuble ;
  • prestation sociale de plus en plus restreinte pour les étrangers ;
  • regroupement familial quasi impossible ;
  • externalisation des demandes d’asile.

Il nait là le modèle danois sur l'immigration. Il se symbolise par ce qu'on appelle la "loi ghetto". Une loi avec des mesures radicales.

On demande même aux Danois qui vivent dans ces quartiers d'envoyer leurs enfants à la crèche pour leur assurer une bonne éducation aux valeurs danoises.

Les chiffres suivent. En 2015, 10.849 demandeurs d’asile ont été accueillis. Il n’y en avait plus que 860 en 2025, au plus bas depuis vingt ans.

Depuis la crise migratoire de 2015-2016, le Danemark, qui bénéficie d'une clause d’exemption qui l'exclut de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne, a durci sa politique d'asile pour dissuader les nouveaux arrivants et entraver leur accès aux garanties juridiques.

Une politique soutenue par une large majorité

« Il existe une très large majorité, tant dans l’opinion publique danoise qu’au Parlement, en faveur d’une politique d’immigration stricte », confirme Lawand Hiwa Namo, consultant en politique danois.

Certains partis situés plus à gauche que les sociaux-démocrates ont même conclu que « pour défendre les plus vulnérables, ils doivent accepter une ligne dure sur l’immigration. »

Car il y a une chose que la population redoute plus que tout : la fin du modèle social, socle du pays et fierté nationale.

« Nous sommes un petit bout de paradis, mais un paradis fragile et rapidement menacé », défend Mikkel, banquier de 32 ans en bon Picsou.

C’est une idée communément admise au Danemark, désespère Jamal, kiné soixantenaire et surtout maroco-danois : « Ils sont persuadés d’avoir le meilleur pays de la planète, et que tout le monde veut en abuser. Tout étranger sur place devient un suspect… et forcément un profiteur ! »

Le modèle social et la peur de l’immigration

Alors d'où ça sort le modèle danois sur l'immigration ? Eh bien de cette peur de perdre l'État-providence face à la droite dure.

Kaare Dybvad, ministre danois de l’Immigration, invite ses homologues européens à s’inspirer du modèle danois. "L'immigration est souvent un fardeau pour les électeurs. Les communautés de la classe ouvrière ont assumé la plus grande partie de la tâche d'intégration des personnes dans les communautés locales et sur le marché du travail", explique-t-il.

Ce parti défend de nombreuses idées communes à la gauche européenne, telles que l'action climatique, l'égalité des sexes, les droits des LGBTQ et un État-providence fort. Sur la question de l'immigration, il a cependant choisi de nettement s'écarter de l'agenda progressiste et d'adopter une ligne dure.

Ce virage a renforcé la stature de Mette Frederiksen, l’une des rares dirigeantes de gauche à avoir résisté au récent virage à droite en Europe.

Une intégration encadrée sur plusieurs années

Dans cette note, la Fondation IFRAP analyse les politique d'immigration entre la France et le Danemark. Les principales différences qui en ressortent est que le suivi d'intégration s'étale sur une période plus longue et que l'ouverture des droits à des aides sociales est conditionnée à un temps de séjour et/ou de travail beaucoup plus long au Danemark.

Le système danois est décentralisé pour s'adapter au mieux à la situation locale.

Une signature d’un contrat établi entre les municipalités et les réfugiés permet la mise en place d’un programme d’intégration d’une année pour favoriser l’intégration sur le marché de l’emploi des personnes immigrées : cours de danois, formation, amélioration des compétences professionnelles.

La mise en place d’un programme d'autosuffisance complète ce dispositif, tandis que le contenu des programmes diffère selon la situation personnelle des immigrés.

Le programme d’intégration est extensible à 5 années pour renforcer le suivi et aider à une meilleure insertion professionnelle et sociale.

Dans le cas des migrants entrés sur le territoire par une procédure de regroupement familial, les aides sociales sont conditionnées au respect du contrat. Le non-respect de ce contrat peut entraîner l’impossibilité d'obtenir un titre de séjour permanent.

Travail, chômage et accès aux prestations sociales

Une rigueur de la politique d'immigration qui explique une partie de l'écart entre les taux de chômage danois et français, respectivement : 4,5% et 7,1%.

IndicateurDanemarkFrance
Autorisation de travailPossible au bout de 6 mois en respectant un certain nombre de critèresAutorisation de travail au bout de 6 mois sur le territoire
Allocations chômageRésider au Danemark depuis au moins sept ans sur les douze dernières années pour toute personne travaillant au DanemarkAvoir cotisé pendant une période de minimum 130 jours ou 910 heures pendant les 24 derniers mois
Aides socialesVivre 9 années au Danemark et avoir travaillé au moins 2,5 ans au Danemark pour obtenir une aide au taux maximumUn temps de résidence de 5 années est nécessaire pour bénéficier du revenu de solidarité active

Pour pouvoir travailler, il est nécessaire d’avoir un permis de résidence et de travail. Les demandeurs d’asile doivent attendre 6 mois à partir de leur demande avant d’être éventuellement autorisés à travailler.

Un grand nombre de critères doivent être également respectés concernant le lieu de résidence, la situation personnelle, un cadre juridique.

Pour bénéficier d’allocations chômage, il est nécessaire de résider au Danemark depuis au moins sept ans sur les douze dernières années pour toute personne travaillant au Danemark.

Pour obtenir une aide au taux maximum par la sécurité sociale, il faut vivre 9 années au Danemark et avoir travaillé au moins 2,5 ans au Danemark.

Pour les personnes qui ne respectent pas ces critères, une procédure a été mise en place pour assurer un minimum vital à travers les programmes d'autosuffisance et rapatriement qui permettent de recevoir la moitié des aides offertes par rapport au taux maximum de la sécurité sociale danoise.

À cela peut s’ajouter un “bonus” de 1620 kr (217 euros) par mois pendant 6 mois si la personne réfugiée passe le test de langue Éducation danoise 2.

Le taux de chômage 2021 était moins important au Danemark avec 7,3% de chômage pour les personnes immigrées nées à l’étranger comparé à 5,06% pour le taux national.

Comparaison avec la France

Dans un contexte où la question du modèle d’immigration est de plus en plus abordée en France ces dernières années, ce tableau présente une synthèse des différences législatives entre la France et le Danemark concernant l’intégration et le travail dans le cadre de l’immigration étrangère.

ThèmeFranceDanemark
Contrat d’intégrationContrat d'intégration républicain composé d’une formation civique d’une durée de 4 jours, d’une formation linguistique variant entre 100 à 600 heures visant à une progression vers le niveau A1, et d’un entretien de fin du contratSignature d’un contrat établi entre les municipalités et les réfugiés, avec programme d’intégration d’une année, cours de danois, formation, amélioration des compétences professionnelles et programme d'autosuffisance
Après contratD’autres formations et aides existent mais elles sont optionnellesProgramme d’intégration extensible à 5 années
Sanction en cas de non-respectPeut empêcher l’obtention d’une carte de séjour pluriannuelle après une année de séjour régulierPeut entraîner l’impossibilité d'obtenir un titre de séjour permanent
Allocations chômageMinimum de 130 jours ou 910 heures pendant les 24 derniers moisRésidence au Danemark depuis au moins sept ans sur les douze dernières années
Aides socialesCertaines aides sont conditionnées à un temps de résidence de 5 annéesVivre 9 années au Danemark et avoir travaillé au moins 2,5 ans au Danemark pour bénéficier du taux maximum

Le modèle danois semble apporter une réponse plus constructive sur le plan de l’intégration avec de nombreuses politiques publiques qui présentent un suivi plus important des personnes qui immigrent.

Par exemple, la mise en place d’un programme d’intégration extensible à 5 années offre une meilleure chance d’intégration des populations immigrées.

Les politiques publiques françaises existent mais elles ont souvent du mal à être correctement appliquées et manquent de cohérence au regard du contexte migratoire actuel.

Il semble également que l’accès à de nombreuses prestations sociales est rendu plus difficile au Danemark. Il est certain que la France peut apprendre de certains aspects de la politique migratoire danoise.

Enfin, cette comparaison entre les deux pays souligne le fait que la réussite de la politique d’intégration est conditionnée par la mise en place d’une politique migratoire cohérente au niveau national.

La citoyenneté danoise, un parcours particulièrement contraignant

À 25 ans, Bhupas n’a toujours pas obtenu la résidence permanente au Danemark, valable dix ans - une étape obligatoire dans le parcours administratif vers la nationalité.

Parce qu’il a fait des études universitaires, il ne remplit pas le critère professionnel, soit avoir travaillé trois ans et demi sur les quatre dernières années.

Naître au Danemark ne suffit pas non plus à acquérir la nationalité, à la différence du Canada ou des États-Unis.

Pour « devenir danois », il faut remplir une série de critères professionnels, linguistiques et légaux contraignants.

Le nom des candidats approuvés est ensuite inscrit dans un texte de loi, puis voté au Folketing, le Parlement danois.

Le processus législatif est sensible aux échéances électorales, à l’actualité, et peut s’étendre sur plusieurs années.

Le resserrement des voies d’accès à la nationalité s’est fait progressivement, depuis le début du siècle. En 2021, une énième réforme est impulsée par le gouvernement de la première ministre sociale-démocrate, Mette Frederiksen, réélue pour un troisième mandat lors des élections législatives anticipées du 24 mars dernier.

Sous sa coupe, le parti de gauche a durci sa ligne sur l’immigration, arguant des mesures nécessaires pour protéger l’État providence.

Résultat : en 2025, seul un immigrant sur cinq détient la nationalité. La même année, les deux tiers des personnes nées au Danemark de parents immigrants étaient danois.

Dérogations et arbitraire politique

Des dérogations sont prévues pour réduire les inégalités d’accès à la nationalité, particulièrement importantes pour les enfants scolarisés au Danemark, les réfugiés peu éduqués ou les personnes vivant avec un handicap.

Pour être dispensés de l’un des critères, les candidats doivent entrer directement en contact avec l’un des 17 parlementaires du « comité de naturalisation », l’Indfødsretsudvalget.

« Ce processus est complètement réduit à l’arbitraire des politiciens », tranche Eva Ersbøll, chercheuse rattachée au Danish Institute for Human Rights.

La citoyenneté est « vulnérable » aux alternances politiques et au « climat » plus ou moins favorable à l’immigration, explique-t-elle au Devoir.

En témoigne, par exemple, le taux de rejet des demandes de dérogations, passé de 3 % en 2014 à 98 % en 2019, d’après les données de l’Institut.

« Ton avenir dépend de ce qu’ils ont mangé au petit déjeuner », dit avec ironie Amal Amin Elme, née il y a 22 ans dans la petite commune de Holstebro, à 350 kilomètres de Copenhague, de parents somaliens.

« J’ai dû leur fournir une lettre de motivation pour montrer à quel point je suis “exceptionnelle”.

Des habitants durablement privés de certains droits

Le regard penché sur ses mains vallonnées, creusées par trois décennies de déracinement, Lok Maya Rai, 57 ans, demande timidement de répéter la question.

Une première fois, puis une deuxième. « Elle ne connaît pas le concept de maison », précise à ses côtés Bhupas Gautam, président de la Société bhoutanaise du Danemark, une association qui lutte contre l’apatridie et pour les droits des réfugiés, comme Lok Maya.

Issue de la minorité népalaise du Bhoutan, Lok Maya est expulsée de force par les autorités du pays au début des années 1990.

Déboutée de sa citoyenneté par un changement de loi, la communauté Lhotshampas devient apatride et entame un exil prolongé dans les camps de réfugiés, au Népal.

C’est dans ce contexte que le « petit garçon des camps » et sa famille quittent les sommets du Népal, en 2011, pour les plaines sans aspérités du royaume scandinave, suivant une promesse des autorités danoises : ils ne seront bientôt plus apatrides.

Lok Maya, pour sa part, s’y installe en 2013.

Malgré son parcours impeccable, la bachelière est privée de certaines choses : sans passeport danois, impossible d’envisager de partir à l’étranger pour un échange universitaire ou en voyage, durant une année sabbatique, rituel chez les jeunes du pays.

En janvier 2026, l’épée de Damoclès s’est encore alourdie : son père, chauffeur pour personnes à mobilité réduite, a vu sa demande de naturalisation annulée et suspendue pour une durée de quatre ans et demi, après avoir reçu une amende de 3000 couronnes danoises (645 dollars canadiens) pour excès de vitesse.

« Avec la citoyenneté, je me sentirais protégée », dit Shahi, le regard droit et l’amertume au bout des lèvres, héritage d’un « parcours éprouvant émotionnellement ».

En attendant, elle préfère prendre les transports en commun.

Un paradoxe habite chacun de ces exilés de la citoyenneté.

Amal, qui milite au sein du collectif Youth for Citizenship (« Jeunes pour la Citoyenneté »), l’illustre ainsi : « On nous demande constamment de prouver que nous sommes danois, mais, quand nous utilisons notre droit à la liberté d’expression, on veut nous faire taire. »

Sa demande de dérogation, en cours de traitement, a été suspendue à l’annonce des élections législatives anticipées.

« La démocratie bloque mon droit de prendre part à la démocratie », déplore celle qui n’a pas pu se rendre aux urnes, le 24 mars, comme 11,5 % de la population en âge de voter au Danemark.

Une identité nationale marquée par les crispations culturelles

Si la guerre en Ukraine a un peu adouci les âmes, le royaume nordique se situe dans la moyenne basse européenne d’accueil (23e place sur 27).

Surtout, les réfugiés ukrainiens ont, à leurs dépens, accentué les critiques envers l’immigration musulmane, épicentre des crispations identitaires.

« Je veux bien que des gens viennent chez nous mais pas s’ils ne s’intègrent pas », insiste Kirsten (prénom modifié), 51 ans.

Elle renvoie dos à dos « les réfugiés ukrainiens » et leur « culture européenne » aux « femmes voilées » ou aux « musulmans qui se plaignent quand il y a du porc au restaurant ».

Pour les nuances, on repassera…

Johann pointe la taille ridiculement petite de son pays. « Ici nous faisons 300 kilomètres par 300, nous sommes six millions. Dans ce petit espace, il n’y a pas la place que pour une culture et une religion. L’islam n’est pas la bienvenue ici, elle n’a rien à faire ici. »

Carte du Danemark et de ses régions

Jamal ressent ces dernières années « un racisme décomplexé ». « Les gens y sont moins éduqués à la différence qu’ailleurs », insiste le kiné.

Les anecdotes s’enchaînent. Sa fille qui a ramené de l’école un cours où une personne de couleur noire était désignée comme « nègre ». « La maîtresse n’y a rien trouvé à redire », insiste-t-il.

Ou la nouvelle femme de son oncle qui a comparé un chauffeur de taxi noir à un singe sans choquer l’assistance.

Il évoque également ces Coran brûlés ostensiblement en manifestation « pour le plaisir de choquer et de faire mal ».

Le contre-exemple suédois

Accusés d’être un brin paranoïaque, les Danois aiment brandir l’exemple de la Suède.

Moins de 30 kilomètres et un pont séparent Copenhague de Malmö, mais vous ne trouverez pas plus grand écart dans la politique migratoire qu’entre ces deux voisins.

La Suède se rêve en « superpuissance humanitaire », selon les mots de l’ancien Premier ministre.

En 2015, le pays enregistrait 162.0000 demandes d’asile pour 10 millions d’habitants, en faisant le premier pays au monde en matière de proportion d’accueil.

Or, ces dernières années, la criminalité a connu une hausse sans précédent.

Les homicides ont augmenté de 26 % depuis 2010, on estime à plus de 200 le nombre de gangs violents dans le pays, les fusillades ont connu une forte hausse en dix ans…

Il n’en fallait pas plus à Copenhague pour faire un lien avec la politique migratoire alors que les causes de cette augmentation sont multiples.

Asile externalisé et « changement de paradigme »

En 2019, Copenhague a franchi un cap avec l’adoption d’une loi de "changement de paradigme" instaurant la protection temporaire comme nouvelle norme.

Le Danemark est ainsi devenu le premier pays européen à désigner certaines zones de la Syrie comme "sûres", estimant que la situation s’y était "améliorée de manière significative".

En 2021, Copenhague a signé un protocole d’accord avec le Rwanda pour y transférer les demandeurs d’asile pendant l’examen de leur dossier.

Pour la première fois, un État membre de l’UE assumait ouvertement une stratégie d’externalisation.

L'idée danoise n'a pas eu d'écho immédiat.

En 2024, l'UE a négocié le nouveau pacte sur l'immigration et l'asile, vaste réforme visant à établir des règles communes et prévisibles pour l'accueil et la répartition des demandeurs d'asile.

Les États membres ont finalement trouvé un compromis.

Le 14 mai 2024, cinq règlements interdépendants ont été adoptés, malgré l’opposition de la Pologne et de la Hongrie.

Une étape saluée comme une percée historique.

Copenhague ne s'est cependant pas arrêté là.

Le contexte européen semble favorable à l’ambition danoise : le groupe de 15 pays qui a soutenu la lettre de 2024 s'est élargi.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Friedrich Merz, l’Allemagne a rejoint l’initiative.

Cette évolution inquiète les organisations humanitaires.

L'externalisation reste à ce jour un concept largement abstrait.

Ni le Danemark, ni ses alliés, ni la Commission européenne ne précisent à quoi ressembleraient ces installations externes.

Le protocole italo-albanais, qu'Ursula von der Leyen a salué comme un modèle, reste loin des ambitions initiales.

Les autorités danoises admettent ne pas avoir encore mené d’évaluation approfondie de leur propre projet.

Un modèle qui inspire l’Europe et inquiète les humanitaires

Alors que l’Europe durcit sa politique migratoire, le Danemark, précurseur d’une ligne plus stricte, limite la protection des réfugiés, restreint le regroupement familial et l’accès à la nationalité, et externalise l’asile.

Certains pays l’imitent, d’autres s’y opposent.

Le contexte européen semble favorable à l’ambition danoise.

Si la stratégie de Mette Frederiksen est pour l’instant un incontestable succès politique, la gauche pourrait bien, à nouveau, se faire dépasser par l’extrême droite à force d’avoir ouvert la boîte de Pandore.

« Le débat s’est déplacé vers un terrain où même les Sociaux-démocrates ne peuvent plus suivre. La discussion porte à présent sur la ''ré-immigration', l’idée d’expulser du pays des personnes qui ont obtenu la nationalité danoise », alerte Lawand Hiwa Namo.

L’immigration a été au centre de la brève campagne électorale, « en dépit du nombre très faible de nouveaux arrivants et de l’intégration très réussie », analyse Michala Bendixen, fondatrice de l’association Refugees Welcome.

En privant de droits civiques une partie de sa population, le Danemark « fabrique l’exclusion », estime la sociologue Emma Gedbjerg Sørensen.

À l’instar de plusieurs observateurs, elle regarde d’un œil inquiet la montée en puissance des discours anti-immigration portée par une grande partie de la classe politique danoise, de l’extrême droite aux sociaux-démocrates.

En décembre 2025, Mette Frederiksen a déclaré vouloir modifier la Convention européenne des droits de l’homme, « afin de garantir l’expulsion des étrangers reconnus coupables de crimes graves ».

Le resserrement autour de la citoyenneté témoigne de « l’ampleur des changements survenus dans notre société et à l’échelle de l’Europe », croit la sociologue.

tags: #danemark #immigration #politique