Droit de rétention des étrangers en France : procédure, durée et droits des personnes retenues

La rétention administrative est une mesure utilisée en France dans le cadre de la politique migratoire. Elle permet de retenir temporairement des personnes étrangères en situation irrégulière, généralement en vue de leur expulsion ou de leur éloignement du territoire.

Bien que prévue par la loi, cette procédure soulève de nombreuses questions, tant sur les conditions de rétention que sur les droits des personnes concernées.

Qu’est-ce que la rétention administrative ?

La rétention administrative est une mesure privative de liberté visant à retenir une personne étrangère en situation irrégulière, habituellement dans l’attente de son éloignement du territoire français.

Elle est encadrée par le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA).

La rétention administrative consiste à maintenir dans un lieu fermé un étranger qui ne peut pas quitter immédiatement la France.

Un étranger est placé en Centre de rétention administrative (CRA) le temps nécessaire pour qu’il soit renvoyé dans son pays d’origine ou de dernier transit.

L’article L741-3 du Ceseda (Code d’entrée et du séjour et du droit d’asile) stipule qu’« un étranger ne peut être placé ou maintenu en rétention que pour le temps strictement nécessaire à son départ. L’administration exerce toute diligence à cet effet ».

Les retenus ne sont pas des détenus au sens pénal, mais leur liberté de mouvement est restreinte.

Les objectifs de la rétention administrative

Cette mesure a plusieurs objectifs principaux :

  • Préparer l’éloignement : Elle permet de maintenir une personne à disposition des autorités jusqu’à son expulsion ou son transfert vers un autre pays.
  • Empêcher la fuite : La rétention administrative vise à éviter que la personne concernée ne quitte le territoire ou ne se soustraie à la procédure d’éloignement.
  • Garantir une application des décisions administratives : Elle s’inscrit dans le cadre de la politique migratoire et du respect des règles sur le séjour des étrangers en France.

La rétention est décidée par l’administration. Elle peut être prolongée par le juge quand le départ immédiat de l’étranger est impossible.

Les personnes susceptibles d’être placées en rétention

Vous pouvez être placé en rétention si vous présentez un risque de fuite par rapport à l’exécution d’une des décisions suivantes dont vous êtes l’objet :

  • Obligation de quitter la France (OQTF) de moins de 3 ans ;
  • Interdiction de retour sur le territoire français (IRTF) ;
  • Décision d’expulsion ;
  • Interdiction de circulation sur le territoire français ;
  • Interdiction judiciaire du territoire français (ITF) ;
  • Mesure d’éloignement dans le cadre de l’Union européenne.

Un comportement menaçant l’ordre public peut être considéré comme constituant un risque de fuite.

Vous pouvez également être concerné par un placement en rétention administrative si vous êtes dans l’une des situations suivantes :

  • Vous n’avez pas quitté la France dans les 7 jours après la fin d’un 1er placement en rétention.
  • Vous n’avez pas quitté la France dans les 48 heures après la fin d’un 1er placement en rétention, et des éléments nouveaux sont intervenus dans votre situation.
  • Vous êtes revenu en France malgré une mesure d’éloignement.

Un étranger mineur ne peut pas être placé en rétention.

Cette procédure ne concerne pas un étranger ressortissant d’un pays européen, ni les membres de sa famille vivant en France avec lui.

Les conditions légales du placement

Une personne peut être placée en rétention administrative si plusieurs conditions sont réunies :

  • Absence de titre de séjour valide : La personne est en situation irrégulière sur le territoire français.
  • Décision d’éloignement en cours : Une obligation de quitter le territoire français (OQTF) ou une mesure d’expulsion a été prononcée.
  • Risque de fuite : La rétention est justifiée pour empêcher la personne de se soustraire à la procédure d’éloignement.
  • Épuisement des autres possibilités : Le placement en rétention doit être utilisé en dernier recours, après avoir envisagé des solutions moins contraignantes, comme l’assignation à résidence.

Ces critères doivent être clairement établis par l’autorité préfectorale pour justifier la rétention.

Le placement en rétention peut survenir à l’occasion d’un contrôle d’identité par la police ou à la suite du dépôt d’une demande de régularisation, lorsque la préfecture a examiné la situation et a estimé que la personne n’avait pas le droit de rester en France.

La préfecture prend alors une décision d’éloignement.

La décision initiale de placement

La décision initiale de placement en rétention est prise par le préfet.

Elle prend en compte votre état de vulnérabilité et tout handicap.

Sa durée est de 4 jours.

Elle a lieu après votre interpellation par la police, éventuellement à la suite d’une mesure de retenue pour vérification du droit au séjour.

La décision initiale de placement en rétention peut également être prise à la fin d’un emprisonnement.

Il s’agit d’une décision écrite et argumentée.

Elle doit vous être notifiée.

Le procureur de la République doit être immédiatement informé de votre placement en rétention.

À savoir : si vous avez déjà été placé en rétention, la nouvelle décision de placement doit intervenir au minimum 7 jours après la fin de votre précédente rétention.

Ce délai peut être ramené à 48 heures en cas d’éléments nouveaux intervenus dans votre situation.

Les documents nécessaires à l’éloignement

La personne peut avoir un document de voyage valide : soit elle a été arrêtée avec son passeport valide sur elle, soit elle a été arrêtée sans document de voyage valide.

Dans ce dernier cas, la préfecture doit alors saisir le consulat ou l’ambassade du pays d’origine pour obtenir un laissez-passer consulaire.

Les centres de rétention administrative

Les centres de rétention administrative (CRA) sont des lieux spécifiques où sont retenues les personnes en situation irrégulière, dans l’attente de leur éloignement du territoire français.

Ces centres sont strictement encadrés par la loi, mais leur fonctionnement et leurs conditions de vie font l’objet de débats récurrents.

Répartition et fonctionnement des CRA

Les CRA sont répartis sur tout le territoire français et peuvent accueillir un grand nombre de personnes en même temps.

Les principaux CRA se trouvent dans des zones stratégiques, notamment près des frontières ou des aéroports, par exemple à Mesnil-Amelot, Vincennes et Marseille.

En 2021, la France comptait 25 CRA, dont 4 en Outre-mer.

Chaque centre de rétention ne peut excéder 140 places.

Le nombre de places en CRA et en métropole s’élevait à 1 762, contre 1 814 places en 2019 selon la Cour des comptes.

Avec la création de nouveaux CRA à Lyon, Bordeaux, Olivet, près d’Orléans, ou Mesnil-Amelot, les capacités de retenue ne cessent d’augmenter.

Les CRA sont sous la responsabilité de la police aux frontières.

Chaque centre dispose d’un nombre limité de places, ce qui peut entraîner une saturation dans certains cas.

Ces centres sont surveillés en permanence pour éviter les évasions et assurer le maintien de l’ordre.

Centre de rétention administrative en France

Conditions de vie dans les CRA

Les conditions de vie dans les CRA varient selon les centres et la gestion locale.

  • Logement et hygiène : Les retenus sont logés dans des chambres collectives, avec des installations sanitaires souvent limitées.
  • Accès aux services : Les retenus ont droit à des repas, des soins médicaux de base et un espace pour leurs activités quotidiennes.
  • Surveillance constante : La présence policière est permanente, ce qui peut accentuer le sentiment de détention.

Ces installations sont aménagées pour répondre aux besoins des retenus, mais elles ressemblent souvent davantage à des lieux de privation de liberté qu’à des espaces d’accueil.

Les retenus ont droit à des repas, des soins médicaux de base et un espace pour leurs activités quotidiennes.

Les conditions de vie dans les CRA doivent respecter la dignité humaine.

Encadrement des centres

Les CRA sont soumis à des règles strictes pour garantir un équilibre entre les nécessités administratives et le respect des droits fondamentaux.

Les visites des familles, des avocats et des associations sont autorisées pour préserver un minimum de lien social.

Les CRA représentent ainsi une interface complexe entre politique migratoire, droits de l’homme et administration.

La durée de la rétention administrative

La durée de la rétention administrative est strictement encadrée par la loi.

La rétention est limitée à 90 jours, sauf en cas d’activités terroristes.

La durée maximale de rétention est donc de 90 jours, sauf exceptions très spécifiques.

La rétention peut donc durer 90 jours au total, ou jusqu’à 210 jours en cas d’activités terroristes.

La durée maximale de rétention est passée de 7 jours en 1981 à 12 jours en 1998, à 32 jours en 2003, à 45 jours en 2011 et à 90 jours en 2018.

Le déroulement des prolongations

La décision initiale de placement en rétention prise par le préfet peut être suivie d’une ou plusieurs décisions de prolongation qui devront être prises par le juge.

La première prolongation

Si votre éloignement n’a pas pu intervenir dans les 48 heures après votre placement en rétention, celle-ci peut être prolongée une première fois de 26 jours francs.

Le préfet doit alors saisir le magistrat du siège du tribunal judiciaire.

Le juge a 48 heures pour statuer.

Il vous auditionne, ou votre avocat si vous en avez un.

Le préfet est également auditionné.

Un interprète peut être présent.

Le juge peut prolonger ou refuser la prolongation.

Il peut aussi décider, à titre exceptionnel, que vous serez assigné à résidence.

La deuxième prolongation

Le préfet peut demander au magistrat du siège du tribunal judiciaire une deuxième prolongation de 30 jours francs dans les cas suivants :

  • Urgence absolue, par exemple en cas de risque de fuite ;
  • Menace pour l’ordre public ;
  • Perte ou destruction volontaire du passeport ;
  • Dissimulation de l’identité ;
  • Obstruction à l’éloignement ;
  • Absence de laissez-passer délivré par le consulat du pays d’origine ;
  • Absence de moyens de transport.

Le juge peut soit ordonner la prolongation de la rétention, soit la refuser.

Les prolongations supplémentaires

Le préfet peut demander au magistrat du siège du tribunal judiciaire une nouvelle prolongation de 15 jours francs si, dans les 15 derniers jours de rétention, la personne se trouve dans l’une des situations suivantes :

  • Obstruction à l’exécution de la mesure d’éloignement ;
  • Présentation dans le seul but de faire échec à la mesure d’éloignement d’une demande de protection contre l’éloignement en raison de l’état de santé ;
  • Présentation d’une demande d’asile ;
  • Non-exécution de la mesure d’éloignement en raison de l’absence de délivrance des documents de voyage par le consulat ;
  • Urgence absolue ou menace à l’ordre public.

La demande a lieu avant la fin du délai de 30 jours.

Une prolongation de 15 jours francs peut être demandée au magistrat du siège du tribunal judiciaire si, dans les 15 derniers jours de rétention, la personne a compromis la mise en œuvre de la mesure d’éloignement pour les mêmes raisons, ou en cas d’urgence absolue ou de menace à l’ordre public.

Le régime exceptionnel lié au terrorisme

À titre exceptionnel, la rétention d’un étranger interdit de territoire pour terrorisme ou frappé d’un arrêté d’expulsion pour activités terroristes peut être prolongée pour 1 mois.

De nouvelles prolongations peuvent avoir lieu pour 18 mois maximum.

Le JLD près le tribunal de grande instance de Paris peut ordonner la prolongation de la rétention pour une durée de trente jours qui peut être renouvelée jusqu’à atteindre 210 jours, soit 7 mois.

Une durée maximale qui ne régularise pas le séjour

À la fin de cette quatrième période, la préfecture est obligée de libérer la personne, sans pour autant que sa situation ne soit régularisée.

Elle est alors remise en liberté, l’obligation de quitter le territoire français lui est rappelée et elle doit en principe exécuter par elle-même cette décision.

Les autorités compétentes

Le préfet

Le préfet est responsable de la décision initiale de placement en rétention.

Il doit motiver cette décision en démontrant que la rétention est nécessaire et proportionnée.

L’administration exerce toute diligence afin d’organiser le départ de l’étranger pendant la durée de la rétention.

Le juge des libertés et de la détention

Le juge des libertés et de la détention (JLD) intervient pour contrôler la légalité de la mesure.

Il vérifie si la rétention est justifiée et respecte les critères légaux.

Il peut auditionner la personne retenue pour évaluer les arguments présentés.

Il peut décider de prolonger la rétention ou, au contraire, de libérer la personne retenue si la mesure est jugée disproportionnée ou injustifiée.

En cas d’irrégularités, il peut ordonner la libération immédiate.

Ce contrôle judiciaire garantit une surveillance indépendante de l’administration préfectorale.

La distinction avec la garde à vue

Pour comprendre la différence entre une mesure administrative et une mesure judiciaire, il est utile de distinguer la rétention administrative de la garde à vue, qui concerne les enquêtes pénales et non les situations administratives.

Bien que toutes deux privatives de liberté, la rétention administrative et la garde à vue diffèrent sur plusieurs points :

ÉlémentGarde à vueRétention administrative
ObjetEnquêtes judiciairesÉloignement d’une personne étrangère en situation irrégulière
DuréeLimitée à 48 heures, sauf exceptionPlusieurs jours, avec des prolongations possibles
Autorité compétenteAutorités judiciairesAutorités préfectorales, sous le contrôle du JLD

Exemple concret : une personne sans titre de séjour est arrêtée lors d’un contrôle.

Après une décision préfectorale, elle est placée en rétention administrative pour organiser son expulsion vers son pays d’origine.

La rétention administrative est donc une mesure administrative distincte des procédures judiciaires classiques, mais avec des implications importantes pour les droits des personnes concernées.

Les droits des personnes retenues

Malgré leur situation de rétention, les étrangers placés en centres de rétention administrative bénéficient de droits fondamentaux garantis par la loi française.

Ces droits visent à protéger leur dignité et à leur permettre de contester la mesure prise à leur encontre.

Le droit à l’information

Les personnes retenues doivent être informées de manière claire et détaillée sur les raisons de leur placement et leurs droits.

Lors de votre placement en rétention administrative, vous bénéficiez d’un certain nombre de droits qui doivent vous être notifiés dans une langue que vous comprenez.

Dès votre arrivée en rétention, vous recevez un document vous rappelant l’ensemble de vos droits.

Ce document doit être traduit par un interprète si vous le demandez.

La décision de rétention doit être communiquée dans une langue que la personne comprend, avec l’assistance d’un interprète si nécessaire.

Le retenu peut consulter les documents relatifs à son éloignement, ce qui est essentiel pour préparer sa défense.

Le droit à l’assistance d’un avocat

La personne retenue a le droit d’être assistée par un avocat à tout moment de la procédure.

Vous avez droit à un avocat dès votre arrivée en rétention.

La personne peut consulter un avocat en droit pénal ou obtenir l’aide juridictionnelle.

Elle a le droit d’accéder à un avocat en permanence et l’administration met à sa disposition un local spécifique pour assurer la confidentialité des échanges.

Ce droit est essentiel pour garantir une défense équitable et prévenir les abus.

Le droit à une aide associative

Certaines associations assurent des permanences juridiques dans les lieux de rétention.

Ces associations aident les étrangers durant la procédure d’éloignement.

La présence d’une seule permanence juridique est autorisée par centre ou local de rétention.

D’autres associations peuvent intervenir pour défendre les droits des étrangers ou pour une assistance médicale ou sociale.

Ces associations doivent bénéficier d’un agrément individuel.

Les associations présentes dans les CRA, notamment Forum réfugiés-Cosi, France Terre d’Asile, Groupe SOS Solidarités, Assfam, La Cimade et Solidarité Mayotte, se fixent plusieurs objectifs :

  • Garantir les droits des personnes retenues ;
  • Les conseiller et les assister pour saisir le JLD ;
  • Informer l’opinion publique ;
  • Dénoncer les conditions de détention ;
  • Soutenir et relayer les luttes et revendications des étrangers retenus.

Le droit aux soins médicaux

Vous pouvez demander à être examiné par un médecin de l’unité médicale du centre de rétention.

Au besoin, il assurera votre prise en charge médicale durant la rétention.

Les retenus peuvent consulter un médecin en cas de besoin.

Les personnes retenues disposent également du droit d’accéder à un service médical et de rencontrer des infirmières qui peuvent saisir le médecin en cas de besoin.

La prise en compte de la vulnérabilité

Des agents de l’Ofii présents sur place peuvent vous apporter des informations et vous aider à préparer votre départ, notamment pour la récupération des bagages et les formalités administratives.

Vous pouvez aussi demander aux agents de l’Ofii l’évaluation de votre état de vulnérabilité.

Elle peut être complétée par le médecin de l’unité médicale du centre de rétention.

Les résultats de cette évaluation peuvent amener l’agent de l’Ofii et le médecin à formuler un avis concernant l’adaptation des conditions de votre rétention.

Cet avis peut également porter sur votre maintien en rétention s’il est incompatible avec votre état de vulnérabilité.

Le droit de communiquer avec l’extérieur

Les retenus ont le droit de maintenir des liens avec leurs proches et de recevoir des visites.

Vous pouvez librement communiquer avec l’extérieur.

Vous pouvez recevoir des visites aux heures prévues par le lieu de rétention.

Vous avez notamment le droit de communiquer avec vos proches, votre avocat et le consulat de votre pays d’origine.

Les CRA mettent à disposition des téléphones pour permettre aux retenus de communiquer avec leur famille, leur avocat ou des associations.

Le centre de rétention doit avoir un téléphone en libre accès pour 50 étrangers retenus.

Les visites des proches sont possibles sous réserve de respecter les règles du centre.

Le droit de contacter son consulat

La personne retenue a le droit de contacter son consulat.

Elle peut communiquer avec le consulat de son pays d’origine.

Le droit à l’aide matérielle

Un ou des agents de l’OFII interviennent au CRA pour assurer un soutien matériel et éventuellement organiser les conditions du retour dans le pays d’origine des personnes retenues.

Ils peuvent notamment récupérer des bagages, fermer des comptes bancaires et récupérer des salaires.

Le droit de demander l’asile

La personne retenue a le droit de déposer une demande d’asile dans les 5 jours qui suivent son arrivée si elle craint des persécutions en cas de retour dans son pays d’origine.

En cas de craintes graves dans le pays d’origine pour sa vie, sa sécurité ou son intégrité, la personne peut demander une protection auprès de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (Ofpra).

Lorsqu’une personne introduit une demande d’asile depuis le centre de rétention, le préfet doit prendre une décision sur le maintien de la personne dans le centre.

Il peut alors décider de mettre fin à l’enfermement, ce qui est très rare, ou de laisser la personne dans le CRA.

Les recours contre la rétention administrative

Les personnes placées en rétention administrative ont le droit de contester cette mesure par différents recours juridiques.

Ces mécanismes permettent de garantir que la rétention respecte les lois et les droits primordiaux des étrangers concernés.

Le recours devant le tribunal administratif

Lorsque la décision d’éloignement est notifiée le jour-même, la personne a 48 heures pour déposer un recours devant le tribunal administratif territorialement compétent.

Le recours contentieux contre la décision préfectorale de placement est celui qui a le plus de chances d’aboutir.

Mais pour cela, il faut respecter un délai serré et très strict.

Au-delà de ce délai, le recours peut ne plus être examiné.

Le recours devant le tribunal administratif permet de contester la légalité de la décision d’éloignement, comme une obligation de quitter le territoire français.

Le tribunal peut annuler la décision si des erreurs de procédure ou des violations des droits sont constatées.

La personne ne peut en principe pas être éloignée tant que le juge n’a pas donné sa réponse.

Le juge donne une réponse dans les 96 heures, à l’occasion d’une audience publique à laquelle est convoquée la personne.

Le recours devant le JLD

Depuis 2016, la personne a le droit de faire un recours devant le juge des libertés et de la détention contre la décision du préfet de l’enfermer dans le centre de rétention, toujours dans un délai de 48 heures.

Ce recours ne suspend pas la procédure d’éloignement.

Le JLD examine si la mesure est légale et proportionnée.

Il vérifie la régularité de la procédure qui a précédé l’enfermement dans le centre de rétention, notamment le contrôle d’identité, l’interpellation, la garde à vue, le transfert au centre de rétention et la notification des droits au centre de rétention.

Si le juge estime que la décision initiale de placement en rétention était illégale ou que la procédure d’interpellation est irrégulière, la personne est libérée.

Le juge peut décider de prolonger la rétention, de libérer la personne ou d’imposer une autre mesure, comme une assignation à résidence.

Le JLD joue ainsi un rôle central dans le contrôle de la rétention administrative.

L’assignation à résidence

Lorsque la personne justifie de garanties de représentation suffisantes, notamment un passeport en cours de validité et une adresse stable, le juge peut également l’assigner à résidence.

Le juge peut aussi décider, à titre exceptionnel, que la personne sera assignée à résidence.

Les délais d’appel

La personne a la possibilité de faire appel sous 24 heures si le juge des libertés et de la détention décide de prolonger son placement en rétention de 28 jours ou s’il rejette le recours contre la décision de placement en rétention.

Le procureur de la République a le droit de faire appel de la décision de libération dans un délai de 10 heures.

La personne reste donc privée de liberté dans ce délai.

Le contrôle judiciaire de la rétention

La procédure de placement en rétention administrative est encadrée par des contrôles successifs pour limiter les abus et garantir le respect des droits des étrangers.

Les recours devant le JLD aboutissent parfois à une libération en raison d’un non-respect des délais ou d’une procédure incorrecte.

Les recours devant le tribunal administratif sont souvent plus complexes et nécessitent un accompagnement juridique pour réussir.

Un retenu a été libéré par le JLD après que son avocat a démontré que la rétention avait été prolongée au-delà du délai légal sans justification.

Pour maximiser leurs chances, les retenus doivent être accompagnés par un avocat spécialisé en droit des étrangers.

Il peut identifier les failles dans la procédure et défendre efficacement la personne concernée.

Des associations agréées fournissent des conseils et un soutien administratif pour déposer les recours dans les délais impartis.

Les audiences judiciaires et la visioconférence

L’installation de salles d’audience à l’intérieur des centres de rétention depuis 2006 a provoqué un débat au sujet du non-respect du principe de la séparation des pouvoirs, les centres de rétention étant soumis au ministère de l’Intérieur.

Un avis de la Cour de cassation du 16 avril 2008 interdit la tenue d’audiences judiciaires dans l’enceinte même des centres de rétention.

Les nouvelles salles sont dès lors installées dans une enceinte séparée mais à proximité des centres de rétention.

Depuis 2003, les audiences peuvent se tenir en visioconférence.

L’étranger retenu se trouve alors dans un local géré par les forces de police et le magistrat siège à distance.

📚 Le juge et la hiérarchie des normes - Entretiens du Conseil d'État 2025 - Contentieux

Quelques données sur la rétention administrative

Durée moyenne et répartition des périodes de rétention

IndicateurDonnée
Durée moyenne de rétention en 202122 jours
Durée moyenne de rétention en 201612,7 jours
Personnes retenues de 0 à 10 jours en 202150 %
Personnes retenues de 60 à 90 jours en 202110 %
Personnes retenues de 60 à 90 jours en 20194 %

Profil des personnes retenues

95 % des personnes retenues sont des hommes, pour 4,5 % de femmes et 0,5 % d’enfants accompagnant leur ou leurs parents.

En 2021, le nombre de familles retenues s’élevait à 41, pour 76 enfants, âgés en moyenne de 6,5 ans et retenus durant 1,9 jour en moyenne.

NationalitéPartNombre de personnes
Albanaise11,5 %1 687 personnes
Algérienne10,3 %1 521 personnes
Tunisienne9,4 %1 387 personnes
Marocaine8,6 %1 262 personnes
Afghane6,8 %1 001 personnes
Roumaine6,1 %899 personnes

52,7 % des personnes retenues sont albanaises, algériennes, tunisiennes, marocaines, afghanes ou roumaines.

Suivent les nationalités géorgienne, guinéenne, ivoirienne et moldave.

Devenir des personnes retenues

Issue de la rétentionPart
Personnes libérées51,1 %
Libérations par décision judiciaire40,07 %
Libérations par décision préfectorale7,39 %
Personnes effectivement éloignées42,5 %
Renvois vers un pays hors de l’Union européenne19,55 %
Renvois vers un pays membre de l’Union européenne ou de l’espace Schengen22,82 %

Selon la Cimade, 51,1 % des personnes retenues ont été libérées et 42,5 % ont été effectivement éloignées.

Les évolutions législatives et les débats

La rétention administrative est un sujet au cœur des débats sur la politique migratoire en France.

Les récentes évolutions législatives et les critiques formulées par les associations et les instances internationales mettent en lumière les tensions entre gestion migratoire et respect des droits humains.

Renforcement des capacités

Ces dernières années, la France a renforcé ses infrastructures pour la rétention administrative.

Plusieurs centres ont été agrandis ou construits pour répondre à un nombre croissant de placements en rétention.

Ces changements traduisent une volonté politique de renforcer le contrôle des flux migratoires, mais ils soulèvent également des interrogations sur leur impact humain.

Modification du cadre légal

Le cadre légal de la rétention administrative des étrangers est renforcé, c’est ce que prévoit la loi 2026-667 du 27 juillet 2026 visant à renforcer la sécurité, la rétention administrative et la prévention des risques d’attentat, articles 8 à 11.

Cette fiche est en cours de mise à jour.

Critiques des associations

Plusieurs organisations, comme la Cimade et Amnesty International, dénoncent régulièrement les conditions de vie dans les CRA.

Les associations critiquent notamment l’accès aux soins médicaux, les conditions matérielles de rétention et les effets de l’allongement de la durée de privation de liberté.

La rétention administrative demeure ainsi au croisement de la politique migratoire, du contrôle juridictionnel et de la protection des droits fondamentaux.

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