Chiffres de l’immigration à Poitiers et dans la Vienne

Alors que les parlementaires débattent depuis lundi de la nouvelle politique migratoire en France, dans le Poitou comme ailleurs, l'immigration est une réalité quotidienne.

Pour comprendre les chiffres de l’immigration à Poitiers, il faut distinguer plusieurs notions statistiques. Un étranger est une personne qui réside en France mais qui ne possède pas la nationalité française.

L'Insee précise que : ne sont recensés que les étrangers ayant une résidence permanente en France, ceux qui y travaillent et ceux qui y étudient.

Un immigré est une personne née à l'étranger, dont la nationalité d'origine est étrangère, et qui vit en France.

Un ménage désigne l'ensemble des personnes qui partagent la même résidence principale, sans que ces personnes soient nécessairement unies par des liens de parenté.

La présence étrangère dans la Vienne

La Vienne, terre d’immigration ? La première des réalités est chiffrée : les étrangers représentent moins de 5 % de la population du département et un immigré sur cinq est britannique.

À fin septembre 2023, la Vienne comptait 19.829 étrangers avec un titre de séjour, dont plus de 20 % du Royaume-Uni donc.

Viennent ensuite les Guinéens (9,2 %) et les Algériens (8,45 %).

IndicateurChiffre
Étrangers dans la population de la VienneMoins de 5 %
Étrangers avec un titre de séjour à fin septembre 202319.829
Part des ressortissants du Royaume-UniPlus de 20 %
Part des Guinéens9,2 %
Part des Algériens8,45 %

Depuis le Brexit, environ 2.600 titres de séjour ont été délivrés par la préfecture.

Contrairement aux idées reçues, le nombre de demandes de titres de séjour n'augmente pas : 4.035 à fin août contre 4.947 l’an dernier et 5.954 en 2021, année post-Brexit.

Les demandes d’asile dans le Poitou

À cette immigration régulière ordinaire, s’ajoutent les demandes d’asile : près d’un millier à fin septembre pour les quatre départements de l’ex-Poitou-Charentes, dont environ 70 % sont déboutées.

Les demandeurs d’asile sont principalement Guinéens (un sur quatre depuis le début de l’année), Géorgiens (9,7 %) et Afghans (9 %).

Groupe ou nationalitéPart ou volume indiqué
Demandes d’asile dans les quatre départements de l’ex-Poitou-CharentesPrès d’un millier à fin septembre
Demandes d’asile déboutéesEnviron 70 %
Demandeurs d’asile guinéensUn sur quatre depuis le début de l’année
Demandeurs d’asile géorgiens9,7 %
Demandeurs d’asile afghans9 %

Les obligations de quitter le territoire français

Moins d’une OQTF sur cinq est exécutée.

Un jeune africain originaire de Guinée-Conakry est sous le coup d'une OQTF, obligation de quitter le territoire français.

Désormais majeur (il va avoir 19 ans dans deux mois), il n'a pas obtenu de permis de séjour ni de titre de travail.

Les mineurs migrants à Poitiers

Dans la Vienne par exemple, l'association Min' de rien s'occupe plus particulièrement des migrants mineurs.

On a vu que leur nombre avait explosé il y a trois ans à Poitiers.

Sachant que l'Etat oblige les départements à prendre en charge les mineurs isolés, des réseaux de passeurs clandestins en ont fait un "business" : de plus en plus de jeunes, africains notamment, sont arrivés en ville avec l'espoir d'être pris en charge par l'aide sociale à l'enfance.

Mais le temps de faire reconnaître leur minorité, ces jeunes n'avaient nulle part où aller.

C'est là que l'association Min' de rien s'est créée venant combler un vide au niveau des institutions.

Mineurs migrants accompagnés à Poitiers

Min’ de rien, un réseau citoyen spontané

Min' de rien, c'est un réseau de citoyens qui s'est constitué presque spontanément et qui a très vite mis en place un hébergement dans des familles poitevines volontaires, de la collecte de nourriture pour les jeunes, des cours de français, et même des activités pour éviter de laisser ces mineurs en déshérence.

Un accompagnement quotidien, sur la longueur, y compris pour les jeunes devenus majeurs depuis.

Des migrants mineurs devenus majeurs

Trois ans après leur arrivée à Poitiers, ces migrants mineurs, sont pour certains devenus majeurs.

C'est le cas de ce jeune africain originaire de Guinée-Conakry.

Arrivée en 2016 dans la Vienne, il a été pris en charge par Min' de rien, qui lui a évité de dormir à la rue.

L'association lui a permis d'être hébergé dans quatre à cinq familles poitevines.

"Sans les gens de min' de rien, je ne sais pas ce que je serais devenu", explique-t-il aujourd'hui.

"J'aurais été à la rue..."

Reconnu mineur, il a pu suivre une formation au lycée Raoul Mortier de Montmorillon.

Diplômé, il a un patron prêt à l'embaucher aujourd'hui.

Mais il ne peut plus travailler.

" Je n'y comprends rien. J'ai tout fait les papiers comme il fallait. J'ai même pu suivre ma formation et avoir mon diplôme. j'ai un patron pour m'embaucher, et on me dit que je n'ai pas les bons documents. Je suis perdu. Je ne sais pas ce que devient ma vie..."

Le passage à la majorité et l’accès au travail

Inquiet sur sa chaise, dans le bureau de la permanence juridique de l'association Min' de rien, il essaie de comprendre ce qui lui arrive.

Gérard Gourdot est co-président de Min de rien.

Il fait partie de ceux qui tiennent la permanence juridique.

Il doit donc guider les jeunes dans les méandres du droit administratif français, leur expliquer les incohérences et les contradictions qui font qu'un jeune est reconnu en tant qu'individu, mineur, et que quelques années, on lui redemande de prouver son identité et son âge.

"On a un autre jeune dans le même cas qui a suivi la formation pour devenir installateur de fibre dans le Sud-Vienne, qui a un patron prêt à l'embaucher à 2000 euros bruts par mois.

On a des jeunes formés dans des filières en tension comme la restauration ou le bâtiment qui ne demande qu'à travailler et qui ont tout fait pour s'intégrer et qui n'obtiennent pas leurs papiers"

SituationÉlément indiqué
Formation professionnelleInstallateur de fibre dans le Sud-Vienne
Embauche proposée2000 euros bruts par mois
Autres secteurs citésRestauration et bâtiment

Pour les bénévoles de Min' de rien, ces jeunes ont tout fait pour rester dignes, pour rester dans la légalité malgré leur précarité, ils n'aspirent qu'à une chose travailler et ne plus être une charge pour la société.

"En sachant que la charge a tout de même été minime", insiste Gérard Gourdot, "puisque ces jeunes ont été en grande partie assumés par des citoyens bénévoles, et non pas par les institutions."

Pour le co-président de l'association pictave, il faut que l'administration accorde à ces jeunes le droit de travailler, de manière à ce qu'ils deviennent autonomes.

"Ils ne demandent qu'à participer à l'essor économique de la France !", conclut-il.

Poitiers, une ville universitaire et d’accueil

Poitiers est une commune du Centre-Ouest de la France, chef-lieu et siège de la préfecture du département de la Vienne.

Avec plus de 31 000 étudiants, Poitiers est une ville universitaire majeure depuis la création en 1431 de son université, ayant notamment accueilli René Descartes, Joachim du Bellay ou François Rabelais.

Avec une population de 90 899 habitants en 2025, Poitiers est la commune la plus peuplée de la Vienne.

Son agglomération compte 134 397 habitants en 2021 et constitue le cœur d'une aire d'attraction de 281 789 habitants en 2021.

La communauté urbaine du Grand Poitiers compte, quant à elle, 199 976 habitants en 2025.

L’agglomération de Poitiers, localisée à mi-chemin entre Paris et Bordeaux, accueille sur son territoire le Futuroscope, premier site touristique de Nouvelle-Aquitaine et l'un des parcs de loisirs français les plus fréquentés avec 2 millions de visiteurs annuels.

De faux cadavres sous leur linceul blanc disposés place de la mairie à Poitiers : c'est une action symbolique organisée samedi après-midi par une trentaine d'associations, réunies au sein des États Généraux des Migrations.

Leur objectif : faire de Poitiers une ville accueillante pour les migrants.

Poitiers : des portraits de migrants à la Chapelle Saint Louis

Lire les chiffres avec prudence

Les chiffres de l’immigration à Poitiers et dans la Vienne ne décrivent pas tous la même population.

Les étrangers représentent une catégorie fondée sur la nationalité, tandis que les immigrés sont définis à partir du lieu de naissance et de la nationalité d’origine.

Les données relatives aux titres de séjour concernent les étrangers titulaires d’un document de séjour, alors que les demandes d’asile et les obligations de quitter le territoire français correspondent à des étapes administratives différentes.

Les chiffres départementaux ne doivent donc pas être confondus automatiquement avec ceux de la seule commune de Poitiers.

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